DANS LES DUNES
(Photo Meurisse )
— Aussi, je vous amène celles que j'ai voie. Prenez-les.
— Je les prends. Comptez sur nous !
huit bataillons que le général Joffre m'en-
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Le lendemain, la résistance britannique déployait une énergie nouvelle, grâce à cette aide imprévue. Mais les renforts que recevait l'ennemi étaient éerasants. Il s'empara de Gheluvelt et pénétra jusqu'à Hooge. Vers quatorze heures, les plus vaillants bataillons lâchaient pied. Etait-ce donc la retraite irréparable?
Le général Dubois mesura tout le danger que courait son corps d'armée. Il se fit conduire à toute vitesse près du général d'Urbal, établi à Vlamertynghe, à 4 kilomètres à l'ouest d'Ypres.
Là, par bonheur, il trouva Foch qui l'interrogea comme il avait interrogé d'Urbal.
Avant tout, Foch veut voir clair. Des renseignements précis qui lui sont donnés, il conclut :
— Pour que le 16e et le 32e corps aient le temps de nous arriver, nous devons tenir vingt-quatre heures, atout prix.
Au moment où il prononce ces mots, l'automobile du maréchal French, très heureux hasard, passe à Vlamertynghe. Le maréchal, apprenant que Foch souhaite le voir, descend de voiture. Son front se courbe au poids des plus terribles pre'occupations.
Une de ses divisions vient d'être fauchée. Le général Douglas Haig a tout essayé pour rétablir la résistance, en se mettant à la tête d'une brigade de la garde. Autour de lui, ses hommes sont tombés par milliers, et presque tout son état-major a péri.
— Monsieur le Maréchal, s'écria Foch, vous n'allez pas ordonner la retraite ?
— Général, elle est inévitable. L'ordre est signé. Le voici.
— Si vos deux corps d'armée se replient, c'est le débordement de ma gauche. Quoi! l'armée anglaise ferait ce qu'elle n'a jamais fait dans l'histoire, elle se déroberait! Et si vous vous retirez en pleine bataille, à quoi vous exposerez-vous ? A la poursuite, la pire des catastrophes. Ce qu'il faut, c'est tenir, tenir, tenir. Nous tiendrons ensemble. C'est le devoir. Ce sera le salut!
Tout en parlant ainsi, Foch avait pris l'ordre de retraite signé de French et, au verso, il écrivait des indications pour la suprême résistance, indispensable, acharnée, victorieuse. Il remit ce qu'il venait d'écrire à French, en lui disant :
— Si la vieille et illustre infanterie de Wellington ne peut plus tenir à l'abri de ses tranchées, les petits soldats de France iront se faire tuer à sa place.
French reprit la feuille de papier, biffa d'un trait ce qu'il avait signé et ajouta au-dessous de ce que Foch avait écrit : « Obéir aux ordres du général Foch. »
Les ordres nouveaux furent portés aux lignes. On tint. Une brigade française arriva avant la nuit. Ce fut la victoire.
Ainsi, sous le feu de l'ennemi, Foch avait ébauché cette unité de commandement qui ne devait être constituée que quatre ans après, pour la victoire définitive.
A ce moment, l'unité manquait, même dans le commandement particulier de la Grande-Bretagne. French n'a pas hésité à révéler ses malentendus avec Kitchener. Reproduisons les termes dont il s'est servi : « Le ministre de la Guerre, dans son désir passionné d'intervenir dans les opérations, me transmettait par le télégraphe toutes sortes de directives pour des situations que, de Londres, il ne pouvait pas juger. Sans cesse, il insistait pour que je fisse au général Joffre des propositions inexécutables. Je décline donc toute responsabilité pour les événements qui ont pu se passer dans le Nord. Rien de plus dangereux quede réunir dans une même main les rôles de ministre de la Guerre à Londres et général en chef en France. Puisse cette leçon profiter à l'avenir ! On a eu si grand tort d'oublier la leçon de Sedan, désastre dû en partie à l'ingérence de Paris dans les opérations de l'armée, et la leçon
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Iq»4 — La guerre du dr^iî.
delà guerre de Sécession, laquelle se prolongea pendant des années par suite de l'intrusion répétée du secrétariat d'État dans le commandement ! »
A propos des entrevues tragiques de Saint-Omer et de Vlamertynghe, sur lesquelles nous possédons enfin des renseignements complets, French nous trace ce portrait saisissant de Foch : « Je l'ai connu dans un de ses voyages en Angleterre. Entre nous deux se noua tout de suite une fidèle et solide amitié. C'est un