‹ 1914 (volume 2)Chapitre 132 sur 161 · EN BELGIQUE. — LES HALLES DYPRES APRÈS UN PREMIER BOMBARDEMENT · texte numérisé non relu

EN BELGIQUE. — LES HALLES DYPRES APRÈS UN PREMIER BOMBARDEMENT

|es plus grands chefs qu'on puisse rencontrer. Il juge une situation militaire avec da clairvoyance la plus brusque et l'exploite avec la plus souple habileté. Dans l'expression de son visage, on lit son énergie. Son mot d'ordre constant : « Attaque I « Attaque ! », reflète toute son âme. »

De son côté, Foch nous a dit de French et de ses troupes : « A Ypres, l'ennemi était dans l'obligation de vaincre, sinon sa manœuvre échouait définitivement sur le Iront occidental. Les Alliés reçurent le choc avec des eftectils restreints, des munitions comptées et rares, une faible artillerie lourde. Toute re.ève leur était interdite par la pénurie de troupes. Pour ne citer qu'un exemple, le Ier corps britannique resta engagé du 20 octobre au i5 novembre, au milieu des plus violentes attaques et malgré d'effroyables pertes. Mais, à cette dernière date, la bataille était gagnée. Les Alliés avaient infligé un retentissantéchec à l'ennemi, sauvé lescommunications de la Manche et fixé l'avenir de leur coalition. Si l'union étroite du commandement allié et la valeur des troupes ont permis ces glorieux résultats, c'est que le maréchal French a déployé la plus entière droiture, la plus complète confiance, la plus grande énergie. La Grande-Bretagne a trouvé en lui un grand soldat. Il a maintenu ses troupes à la hauteur de celles de Wellington.»

roi

Pour le salut d'Ypres et de Calais.

Le Ier novembre, la lutte reprit avec fureur. Un corps d'armée bavarois s'empaia de Messines, à 9 kilomètres au sud d'Ypres. Foch lança de ce côté le général Mazel, avec un peu de cavalerie, un peu d'artillerie et des cyclistes.

Le lendemain, l'attaque en masses était dirigée par l'ennemi entre la Lys et Dixmude. Pendant quinze jours, elle se renouvela sans interruption, en se renforçant toujours. Cinq corps d'armée et une division de la Garde finirent par s'y épuiser.

Même attaque sur Ypres, àpartirdu 3. Fochy envoie notre admirable 20e corps, dans des camions automobiles. Pas un moment de repos. Il faut que nos fusiliers marins, notre 89e division territoriale, notre 32e corps, si impatiemment attendus,noscavaliers, nos cyclistes, écartent à coups répétés les réserves allemandes qui se ruent sur Dixmude, le château de Woummem, Merckem, Bixschoote.

Dixmude avait coûté à l'ennemi des flois de sang ; Bix-

choote, un déluge d'acier. Nos fusiliers marins reprirent D.xmude en perdant la moitié de leurs effectifs et presque tous leurs officiers.

Mais l'ennemi était sur le point de tourner le saillant d'Ypres que notre 16e corps défendait avec tant d'opiniâtreté. Foch lança de ce côté notre 22e brigade, avec deux corps de cavalerie.

Nous étions forcés d'attaquer sans relâche toutes les armées allemandes, pour les empêcher de faire bloc contre Ypres. Au nord et au sud de la ville, les troupes d'Urbal, pour donner de l'air au saillant d'Ypres, combattaient jour et nuit.

Dans un des combats les plus durs, vers Driegrachten, l'ennemi avançait, dissimulé par un bouclier formé de prisonniers français, dont un zouave. En voyant nos troupes trompées par ce lâche stratagème, le zouave cria : « Tirez donc, au nom de Dieu ! » Echo sauvage et superbe du mot de d'Assas : « A moi, Auvergne, ce sont les ennemis ! »

Dans cette même bataille se passa une scène à la fois si dramatique et si pittoresque qu'elle semble un chef-d'œuvre de notre vieux théâtre héroï-comique. L'ennemi avait percé la ligne anglaise et allait entrer à Ypres. Le général Moussy prit tous les hommes disponibles et en forma un détachement. Ces hommes, c'étaient des sapeurs, des sentinelles, des soldats d'escorte, des ordonnances, des soldats du train, des cuisiniers. Beaucoup d'entre eux étaient sans armes. Ils s'armèrent comme ils purent, qui d'un lusil, qui d'un revolver, qui d'un sabre de cavalerie. L'homme

LES INOND'vTIONS DE LYSEP.

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au revolver disait à l'homme au sabre, qui était un cuisiniei : « Tu vas les embrocher: cela te connaît. » En route, on ramassa les fusils et les cartouches des morts. Le détachement augmentait en forces dans son élan contre l'ennemi. L'ennemi le vit arriver comme une trombe. En vain il s'efforça de l'anéantir homme par homme. Il fut culbuté et cloué sur place. Cohue sublime ! Cette poignée de braves nous apparaît comme le symbole de la France entière, surgissant contre l'envahisseur, en une magnifique frénésie d'abnégation et de foi.

Ypres était sauvée. Réduit à l'impuissance, l'ennemi quittait la place en abandonnant des cadavres par centaines de mille. Un Belge s'écriait : « Il y avait devant les lignes françaises autant de cadavres gris vert qu'il y a de pommes de terre dans nos plaines, aux jours de l'arrachée. »

Foch n'avait pas assez de cavalerie, pas assez d'artillerie, et même pas assez d'infanterie, pour la poursuite de l'ennemi vaincu. Mais notre victoire n'en est pas moins significative. Notre front s'était solidement organisé de La Bassée à la mer.

L'ennemi, en dépit de ses sacrifices sans précédent, ne parvenait pas à déborder notre gauche. Guillaume II manquait Calais, comme il avait manqué Nancy et Paris

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