LA GUERRE HORS DE FRANCE
L'Allemagne a besoin d'une victoire sur le front russe.
Après sa défaite dans les Flandres, l'Allemagne s'efforça de prendre une revanche capable de faire oublier à ses populations tant d'humiliations et de pertes.
D'abord, elle s'en prit aux villes françaises qu'elle avait à portée de son artillerie, en visant surtout les monuments qui étaient la gloire de ces villes et faisaient partie du patrimoine moral de la civilisation.
Elle bombarda Reims, Soissons, Compiègne, Arras, Ypres. A Arras, le délicieux Beffroi ; à Ypres, laHalleaux Drapiers, précieuse comme une châsse, sont anéantis. La cathédrale de Reims, véritable Parthénon chrétien, est irréparablement mutilée.
Sublimes monuments d'art, transformés en poignants témoignages de barbarie.
Pendant les derniers jours de 1914, les
armées françaises travaillèrent à organiser leurs tranchées et à assurer leurs communications. Que de choses il y avait à faire pour les protéger un peu! Achaque instant, leur travail était interrompu par des attaques et des contre-attaques. Depuis la mer du Nord jusqu'à la frontière de Suisse, se succédèi ent des opérations, étroites mais si nombreuses, rapides mais si sanglantes! C'est surtout en Argonne que le sang coula. En Argonne, nos tranchées, à peine ébauchées dans la boue, connurent alors des tortures et des martyres sans nom.
Quant à la presse allemande, elle ne cessait de crier victoire. Elle annonçaitdes succès également prodigieux en Argonne, sur l'Aisne, en Artois, sur la Somme.
Si l'Empereur n'était pas entré à Paris, c'est qu'il préférait châtier d'abord l'Angleterre. S'il n'avait pas installé son quartier général à Calais, c'est qu'il voulait, pour y faire son entrée, que la saison des inondations fûtfinie. Il conviait l'AHe-