‹ 1914 (volume 2)Chapitre 138 sur 161 · UN DES SOUS-MARINS ENVOYES PAP I. ALLEMAGNE A LA TURQUIE · texte numérisé non relu

UN DES SOUS-MARINS ENVOYES PAP I. ALLEMAGNE A LA TURQUIE

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ment curieux sur l'origine de sa blessure. Nous nous trouvions* près de lui, en Champagne, avec M. l'abbé Wetterlé. Pendant toute la journée, en visitant des ambulances, M. l'abbé Wetterlé avait parlé à des blessés et, à tous, il avait posé la même question: « Au moment de votre blessure, qu'avez-vous ressenti?» Cette question lui vint naturellement aux lèvres devant le général, qui répondit en souriant : « Oh! moi, je ne me rappelle pas grand'chose de l'accident. Je sais seulement que j'ai été projeté par-dessus un mur et que je me suis retrouvé dans un lit. Mais nos soldats connaissaient bien la pièce qui m'avait touché. C'était un gros canon allemand qui battait tout le rivage. Comme son projectile cheminait dans l'air avec un gros bruit prolongé, ils l'appelaient : Côte d'Azur exwess. C'est ce train-là qui a failli m'emporter. Mais, Dieu merci! j'ai pu, en cours de route, remettre pied à terre. »

Ferdinand de Bulgarie passe à l'ennemi.

Dansla presqu'île de Gallipoli, le général Gouraud fut remplacé par le général Bailloud, chet énergique qui avait commandé à Nancy et à Alger. Cependant tous les efforts de nos troupes, bien que soutenus avec un absolu dévouement par le général Hamilton, commandant des forces britanniques, continuaient à coûter plus qu'ils ne rapportaient.

Ce fut alors que les Turcs, qui perdaient aussi beaucoup de monde et qui voyaient s'épuiser le matériel de guerre que l'Allemagne leur avait fourni, demandèrent avec insistance des renforts et des munitions. Or la voie ferrée de Berlin à Constantinople était barrée par la Serbie.

En octobre 191 5, l'empereur d'Allemagne résolut de mettre la Serbie hors de combat. Il concevait d'ailleurs la nécessité de regagner la confiance du peuple allemand qui, après tant de pavoisements et d'illuminations, voyait l'armée russe aussi orte que jamais sojs les ordres du Tsar, et l'armée allemande encore si loin de Pétrograd.

Tout d'abord, à l'àme molle et fourbe du roi Ferdinand de Bulgarie, il fit sentir le poids également lourd des promesses et des menaces. Ce misérable, qui devait tout à la Russie et qui s'était engagé à tout envers la France, se fit le valet de l'Allemagne. Cessant d'être Orléans, il redevint Cobourg. Il détestait l'Angleterre. A vrai dire, la reine Victoria et le roi Edouard VII lui montraient si peu d'estime ! Il a toujours détesté la Russie, même au moment où, avec tant de bassesse, il suppliait le Tsar de servir de parrain à son fils aîné qui se convertissait à la religion russe. Il a toujours détesté la France, tout en lui prodiguant ses démonstrations de piété filiale. A Paul Bourget, il disait, sous les ormes de Chantilly : « Je suis le dernier prince français. » Il tirait vanité d'une conversation politique avec Camille Pelletan et, dans sa chambre coucher, plaçait os tensiblement le portrait de M. le Président Loubet. Mais, au fond, il ne comprenait rien au pays de sa mère, ignorait tout de notre littérature et préférait les journaux de Berlin à ceux de Paris.

La presse allemande, par toutes les voix innombrables de sa propagande, en faisant connaître au monde l'alliance indissoluble de la Bulgarie et de l'Allemagne, annonça que le maréchal Mackensen, le vainqueur de la Dunajec, prenait le commandement des lorces bulgares, allemandes, austro-hongroises et turques.

Quelques jours après, avec le même éclat, elle annonça qu'une nouvelle armée germano-turque, pourvue des engins de guerre les plus perfectionnés, allait porter, •en Asie, un coup décisif aux forces russes et britanniques.

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Salonique et la Grèce.

La France et la Grande-Bretagne avaient mis à profit la sévère leçon des Dardanelles et de Gallipoli. Elles organisèrent une armée, en ajoutant, à ce qu'elles avaient de soldats à Gallipoli, toutes les forces dont elles pouvaient disposer, et en lui donnant pour base Salonique, en territoire grec.

De son vrai nom, Salonique s'appelle Thessalonique. Le jour où nous y avons débarqué pour la première fois, un ami nous disait, presque à chaque pas : « Voici la place d'où Xerxès prit la mer pour attaquer la Grèce; la place où Alexandre établit son arsenal maritime ; la place où habita Cicéron exilé par César ; la place que saint Paul choisit pour sa retraite. »

Aujourd'hui, Salonique, sur 200.000 habitants, compte 70.000 israélites. Chassés d'Espagne au temps •des persécutions, ils s'y sont établis, enrichis et adaptés. Pour arriver à des situations et à des grades, beaucoup d'entre eux ont adhéré à l'islam. Ce sont ceux-là qui ont contribué le plus à la révolution pour laquelle a été mis sur le trône le sultan actuel.

On sait comment le Comité Union-Progrès s'est créé à Salonique.

Dès le début de la guerre, presque toute la ville avait pris parti contre les Allemands. Tous ses journaux, qu'ils

fussent grecs, judéo-espagnols ou français, soutenaient sans réserve Venizelos. Seuls, les israélites convertis à l'islam lui firent quelque opposition. Ilstriomphèrentquand il fut remplacé au pouvoir par Gounaris. A mesure que la propagande allemande se développa, ils laissèrent percer leurs sympathies pour Berlin. Enfin ils fondèrent, avec l'argent allemand, un nouveau journal français, l'Écho de Salonique, lequei n'était qu'un écho de l'agence Wolff.

Salonique, c'est la ville classique des coups de théâtre. Ces masses de maisons musulmanes, de souks, de minarets, ces longues rues tortueuses au pied de l'Olympe, de quelles scènes sang! an tes n'ont-elles pas été témoins? Les Jeunes-Turcs en sont sortis pour renverser le sultan rouge Abdul-Hamid, et l'y ont ramené prisonnier. Le roi de Grèce, Georges, père de Constantin, y est tombé, assassiné par un maître d'école féru de l'Allemagne. Les troupes françaises y ont défilé, sous les yeux des consuls ennemis qui comptaient fusils et canons. Enfin, lesdits consuls ont été arrêtés, puis nos soldats, de leur pas dégagé, sont allés par ces rues, décrochant avec méthode les insignes de deux empereurs, d'un sultan et d'un roi : le roi télon de Bulgarie.

Pour les Alliés, dans toute la région de Salonique, d'étranges difficultés venaient du gouvernement grec. Certes, la Grèce n'existait que par la grâce de la France, de la

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