ECOLE DE GUERRE A BERLIN
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l'ancienneté. Un avantage est assuré aux anciens élèves de l'Académie de Berlin ou de celle de Munich qui ont été admis au service d'état-major.
La plupart des officiers de réserve se recrutent parmi les anciens volontaires d'un an. Quelques-uns d'entre eux sont des officiers de l'armée active qui ont demandé une retraite proportionnelle après dix ans de service. Il y a des volontaires refusés pour le grade d'officier qui exercent les fonctions de suppléants-officiers. Dans la landivehr, le grade de Feldivebel-Leutenant peut être accordé aux anciens sous-officiers. Ni les uns ni les autres ne font partie du corps des officiers.
L'armée allemande demeure nobiliaire, du moins en pratique. Aucune loi n'en exclut les plébéiens. Mais, pour être officier, il faut être accepté dans le corps d'olficiers d'un régiment, comme dans un cercle. Malgré les plus puissantes interventions,-aucun israëlite n'y a pénétré. Nous ne parlons pas des officiers de réserve. La plupart des régiments écartent les candidats qui ne remplissent pas certaines
a^a 10 14 — LA GUERRI D Dl >IT.
conditions de fortune. Quelques régiments, particulièrement dans la cavalerie, exigent des quartiers de noblesse authentiques. Ce -ont ces nfgiments sans mélange de roturiers qui, malgré leur petit nombre. donnent le ton. L'aimée se plaît à paraître une caste. Le moindre sous-lieutenant, par le fait seul qu'il porte la dragonne, acquiert ses entrées à la cour, et un simple chef d'escadron a le pas sur un député.
Le grand état-major allemand était, depuis longtemps, préoccupé de ce que coûterait la guerre à laquelle il se préparait. Il avait calculé le prix de la nourriture des armées en campagne, d'après la ration journalière du soldat allemand : 75o grammes de pain ou 5oo grammes de biscuit; 3;5 grammes de viandefraîche ou 200 grammes de viande fumée ou salée; 12b grammes de riz, ou ~25o grammes de légumes secs, ou r.5oo grammes de pommes de terre; 25 grammes de sel ; 25 grammes de café ou 3 grammes de thé; 17 grammes de sucre.
En juin I0i3, il avait pris à son compte la publication d'un important travail du capitaine Henke, sur « les frais de la prochaine guerre européenne ». En supposant que la guerre durât environ un an et en évaluant à 12 marks par jour le coût de l'entretien pour chaque soldat de l'armée allemande, 3 millions d'hommes, le capitaine Henke arrivait à un total de 45 millions de francs par jour (i6.5oo.ooo 000 par an). Afin de n'effrayer personne, il n'inscrivit que 14 milliards. Encore, n'envisageait-il que les dépenses sur terre. Il ne prévoyait aucune dépense navale. Il ne prévoyait pas davantage la guerre aérienne. D'après ces calculs, l'Allemagne établissait ce tableau pour le conflit européen, en une année de guerre :
Soldais Francs
Allemanne 3. 000. 000 14.000.000.000
France 3. 000. 000 14.000.000.000
Russie 4.000.000 19.000.000000
Autriche 2.000.000 9. 000. 00 >■ 000
Angleterre (armée et flotte) 14.000.000.000
Remarquons que les dépenses navales sont envisagées ici uniquement pour l'Angleterre; que l'Italie, le Japon, la Turquie, la Bulgarie, la Serbie, la Belgique, le Portugal, la Roumanie n'y figurent pas; qu'on fait tort à la Russie en lui accordant seulement 4 millions d'hommes, alors qu'elle en a vite armé plus du double; enfin que Henke limitait la guerre à un maximum d'une année. Selon lui, « les trois premières semaines de la guerre devaient représenter le huitième du total annuel ».
Le Trésor de guerre allemand est placé dans la Juliusturm de Spandau, à : 2 kilomètres de Berlin. Cette tour, crénelée et sombre à souhait, est le débris romantique des anciens remparts. Au-dessous de la tour se développe l'ancienne petite ville forte qui, devenue grande cité industrielle, compte aujourd'hui près de 72.000 habitants. Trois portes donnent accès dans la Juliusturm. Pour les ouvrir, il faut la présence de trois personnes, munies de trois clefs différentes. Au rez-de-chaussée, 45o caisses de vieux chêne, d'une forme oblongue, munies de solides serrures, portant chacune six cachets rouges apposés par l'administration du Trésor. Au premier étage auquel on accède par un étroit escalier en spirale, on voit 730 autres caisses semblables. Chacune d'elles renfermait 100.000 marks répartis en huit sacs de cuir pleins de pièces de 20 marks et en deux sacs pleins de pièces de 10 marks. Toutes ces pièces étaient frappées au millésime de 1873 ou à celui de 1873. De minutieuses visites officielles se faisaient plusieurs fois par mois : on vérifiait les cachets, on ouvrait des caisses et on pesait des sacs au hasard. Chacun de ces sacs devait avoir comme poids 3k«,q825. Le poids de l'or contenu dans les sacs était de 47.790 kilogrammes Avec le cuir des sacs et la cire des cachets, les 1.200 caisses pesaient 52.01 3 kilogrammes. Les autorités militaires calculèrent que le Trésor serait absorbé
dès les premiers jours de la mobilisation. Aussi, en i g r 3, te Reichstag avait-il décidé la constitution d'un nouveau Trésor de guerre de 240 millions de marks, obtenu en retirant 24.0 millions de la circulation et en les remplaçant par des bons provisoires. Ce ou .-eau Trésor lut placé dans les caveaux de la Reichsbank, à Berlin.
L'enti tie 1 de l'armée, son équipement, son instruction, son développement ininterrompu, étaient la constante pensée du gouvernement de Berlin.
Tous les ans, depuis plus de vingt années, nous avons pu étudier l'armée allemande non seulement en Alsace-Lorraine et sur le Rhin, mais à l'intérieur de l'Allemagne et à Berlin même.
A l'Alsace-Lorraine, l'Allemagne réservait ses troupes les meilleures, les mieux entretenues et entraînées.
Soldats de haute taille, défilés imposants, parades et pas de parade à n'en plus finir! Le voyageur qui ne poussait pas plus loin son enquête rentrait dans sa patrie, tout interdit et tout inquiet. C'était ce que l'Allemagne voulait. Avant tout et en toutes choses, elle soigne la façade. Elle la fait massive, superbe, démesurée. Tel monument officiel bâti à la prussienne dresse devant vous ses moellons cyclopéens. Si vous tournez autour et surtout si vous y pénétrez, vous y découvrez force matériaux des plus médiocres et maçonnés à la diable.
L'armée de l'intérieur ne ressemblait guère à celle delà frontière. Danstels régiments, les volontaires d'un an étaient fort nombreux et, comme l'engagement peut être contracté à dix-huit ans, ces régiments avaient l'air de pensionnats en promenade. A Berlin, en juin iqi3, nous regardions l'un de ces régiments revenir delà manœuvre : en un costume de treillis ignoblement malpropre, les soldats marchaient d'un pas mou et traînant, cigare au bec. Notre compagnon de voyage, Louis Ripault, professeur au lycée Louis-le-Grand, ancien élève de l'école militaire de La Flèche, nous disait : « Le moindre de nos bataillons les bousculerait ». Hélas! en 1914, ils ont eu trop d'avance sur nous.
Dans tous les régiments allemands sans exception, il y a des brimades, des persécutions, des châ'.iments immondes et atroces. Tous les jours sous cette rubrique : « Mauvais traitements dans l'armée allemande », les journaux enregistraient des laits qui soulevaient le cœur. Un conscrit était forcé de lécher le plancher de la chambrée, un autre d'avalerle contenu d'uncrachoir, unautre de sesuspendre parles poignets à une barre de fer pendant un quart d'heure, un autre de se coucher nu dans la neige. De là, tant de désertions. De là, tant d'engagements dans notre légion étrangère.
Ainsi traités et conduits par des officiers qui les méprisent, beaucoup de soldats allemands ne marchent que sous le coup de lamenaceou en état d'ivresse. Entre les officiers et les soldats, nul lien Chez les soldats, nulle initiative. L'armée allemande est une machine redoutable par l'énormité de sa masse et la régularité de son fonctionnement. Mais ceux-là même qui l'admiraient le plus étaient forcés d'avouer : « Cette machine ne pourrait supporter aucun accident grave. Un brusque recul la condamnerait à la défaite ». En attendant, maintenue par la discipline comme dans un cadre de fer, elle a gardé une force de résistance dont seuls d'héroïques adversaires pouvaient avoir raison.
Le début des hostilités sur mer.
C'est contre la France que la flotte allemande dirigea ses premiers efforts. Comme notre 19e corps devait se rendre d'Algérie en France, le commandant de un- forces navales dans la Méditerranée, l'amiral Boue de Lapeyrière, ancien
LA GUnRRIC DU DROIT.
ministre de la Marine, avjit pris des mesures pour assurer cette traversée. L'entente franco-.inglaise impliquait qu'en temps de guerre, les forces franco-britanniques de la .Méditerranée seraient placées sous les ordres de l'amiral français.
Deux de nos cuirassés, la France et le Jean-Bart, qui avaient servi au voyage du Présidentdela République en Russie, regagnèrent la Méditerranée. D'autre part, des cuirassés anglais de la Méditerranée, le Dreadnought, le Bellerophon, ['Indomi table, le Téméraire, l'Invincible, regagnaient la Manche.
L'Allemagne avait dans la mer du Nord dix-sept dreadnoughts, cinq cuirassés de type plus ancienet quatre croiseurs- irea lnoughts. Mais les vingt-un dreadnoughts
SUPERDREAG.NOUGIIT
anglais, qui venaient de t:rminer brillamment leurs grandes manœuvres, se trouvaient en meilleur état que les bateaux allemands.
Sur mer comme sur terre, l'Allemagne affichait toutes les ambitions : son ancien généralissime von der Goltz avait écrit : « Un débarquement de forces allemandes en Grande-Bretagne n'a rien de chimérique. Il suffit d'une bonne flotte et d'un chef résolu » Les amiraux allemands étalaient leur plan : « Tenir la flotte de haute mer à l'abri dans la Baltique ; affaiblir les escadres de l'ennemi par les torpilles dessous-marins; ruiner le commer:e anglais par les courses continuelles des croiseurs allemands dans tous les océans. » Les Allemands se persuadaient que, le jour où la flotte anglaise n'aurait plus sur leur flotte qu'une faible supériorité numérique, la victoire leur appartiendrait à l'instant.
— Nos vaisseaux, répétaient-ils, ont six tubes lance-torpilles ; le- vaisseaux anglais, quatre. Nos canons peuvent tirer plus de deux cents coups sans se détériorer; les canons anglais, à peine soixante; nos canons touchent le but à onze kilomètres; à cette distance, les canons anglais sont impuissants.
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bans la Méditerranée, l'Allemagne avait un de ses meilleurs croiseurs cuirassés dreadnoughts. le Gœben (14.000 tonnes, vitesse de 3o -nœuds, dixcanons de 2S0, 1.020 hommes d'équipage), et un de ses meilleurs croiseurs protégés, le Breslau (4-55o tonnes, 28 nœuds, 12 canons de 105,480 hommes d'équipage). On sait que ces deux bâtiments s'étaient rendus à Pola, sous prétexte d'appuyer le prince de Wied sur le trône d'Albanie.
Une dépêche du 2 août signala leur présence devant les côtes d'Algérie. L'ennemi croyait que les troupes du 19e corps s'embarqueraient dans des ports secondaires. Il laisait erreur. Elles étaient dirigées par terre vers Alger et Oran.
Le 4 août, à 3 h 5o du matin, le Gœben bombarda la ville ouverte de Philippeville. Il s'était avancé à bonne distance, sous le couvert du pavillon russe. Pendant dix minutes, ses projectiles tombèrent sur le port, l'usine à gaz, la gare, et tuèren;
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LE « JEAN-BAHT ».
(Photo Rul.)
plusieurs personnes. Les canons des forts le contrai. n r nt à prendre la fuite. Il s'éloigna brusquement en s'enveloppant d'un épais nuage de fumée.
Presque à la même heure, devant Bône, le Breslau commençait son tir : il le continua jusqu'à ce que le soleil se fût élevé au-dessus de l'horizon. La ville et le port reçurent 144 obus. Les coups portèrent sur l'hôpital civil, le parc aux lourrages, l'usine à gaz, les gares et sur un vapeur du Havre, le Saint-Thomas. Le bataillon du 3e tirailleurs qui, musique en tète, allait à la gare prendre le train pour Alger, ne fut pas atteint. Il n'y eut dans la ville qu'un mort et une douzaine de blessés.
Gêné par le grand jour, le Breslau partit à toute vapeur vers le nord pour retrouver le Gœben. Ni l'un ni l'autre n'avaient rencontré dans les ports ce qu'ils cherchaient : des baieaux pleins de troupes. Quant à attaquer les grands bâtiments transportant le 19e corps, les deux pirates n'en avaient ni les moyens ni le courage.
Ils avaient résolu de fuir par l'ouest. Le même jour, à 11 heures du matin, on les découvrit près des Baléares. Alors, ils rebroussèrent chemin, gagnèrentiMessine, tournèrent autour de la Sicile, puis se dirigèrent vers la mer Egée. Tout à coup, ils rencontrèrent deux: redoutables bâtiments anglais, le dreadnought Indomitable et le
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destroyer Glocesler. Etait-ce lechàtiment ? Non. Les canons anglais restèrent muets.
— Nous n'avions pas d'ordre, déclara plus tard l'amiral Melne, dans un rapport à l'amirauté britannique.
Sauvés par ce malentendu, le Gœben et le Breslau pénétrèrent dans les Dardanelles, au mépris des traités de [866 et de 187] qui fermaient les détroits en temps de guerre. Ils arrêtèrent deux paquebots français dont ils brisèrent les appareils de télégraphie sans fil, enfin entrèrent à Constantinople où on les attendait. Incomparable renfort pour la marine ottomane!
A leur sujet, le gouvernement turc joua une comédie depuis longtemps concertée', il affirma les avoir achetés et changea leur nom. Le Breslau s'appela Mytilène et le Gœben, Sultan-Selim-J avu-. L'opinion accueillit comme il convenait un si grossier artifice de complicité. Cette comédie rappelait le geste du moine gourmand baptisant carpe le poulet du carême : te bapti-o carpam.
Au commandant allemand du Sultan-Selim-Javu^ le gouvernement turc confia le commandement de toute sa flotte et licencia la mission anglaise de l'amiral
PHILIPPFVIU.E
Kuhn, éditeur.)
Lippus. L'Angleterre, qui achevait alors de construire deux navires de guerre pour. la Turquie, les confisqua et « baptisa » l'Osman, A\incourl, et le Reshadie, Érin.
En l'estime du monde musulman, la Triple Entente perdit beaucoup le jour où ses vaisseaux ne s'élancèrent pas, à travers les Dardanelles, dans le sillage du Gœben et du Breslau. La conquête de l'Orient était pour l'Allemagne un des enjeux les plus importants, par conséquent une des causes les plus profondes de cette guerre. Dans la suite, grâce à l'action énergique exercée sur tous les Océans par l'Angleterre unie à la France, la faute du début se répara.
A propos du bombardement de Bône et de Philippeville, notre ami M. Albert Lebrun, ancien ministre des Colonies et de la Guerre, nous dit :
— Certes, les deux navires allemands auraient bien voulu troubler la traversée du 19e corps, laquelle fut aussi allègre que rapide. Mais soyez sur que l'objet principal de leur mission était de frapper l'esprit du monde musulman. Ces coups de canon, voilà un signal que l'Allemagne savait guetté de toutes parts. L'année précédente, dans un voyage d'étude au Maroc, en Algérie et en Tunisie, j'avais pu constater partout la propagande de l'ennemi. Au moment de mon départ, un petit Arabe, d'esprit très éveillé, qui me servait de porteur, me dit : « Hé, bien ! Monsieur, est-ce pour bientôt la guerre? — Quelle guerre? — Celle de l'Allemagne contre .4
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France. » Comme je répondais que rien ne faisait prévoir une guerre de ce genre, mon petit Arabe murmura tout bas : « Il est pourtant certain qu'on se battra et que l'Allemagne sera encore la plus fuite ». Je feignis de ne pas avoir entendu. Ce qui augmentait encore ma mauvaise humeur, c'était la nouvelle que je ne trouverais pas de place sur le bateau : tout était pris par une troupe de touristes allemands.
En ce qui concernait les colonies françaises comme en ce qui concernait la France, l'Allemagne se trompait grossièrement. Elle avait affirmé à toute occasion : « Dès la déclaration de guerre, les colonies musulmanes de la France se révolteront ». Ce ne fut pas un mouvement de rébellion, mais un élan de patriotisme qui les souleva.
Le 3i juillet 1914, on comptait déjà 33. 000 Sénégalais sous les drapeaux. En novembre 1914, on compta i5. 000 tirailleurs indigènes enrôlés volontairement en Algérie. En novembre 191 5, 28.000. LaTunisie envoya 3o. 000 tirailleurs. Le Maroc,
trois divisions d'infanterie, seize escadrons, huit batteries, cinq compagnies dû génie.
De très nombreux Marocains enrégimentés dans les nouveaux corps auxiliaires, tirailleurs et spahis, demandaient à combattre pour la France contre l'Allemagne. Leurs offres ne furent pas acceptées. Mais elles méritent de compter comme des preuves de loyalisme.
L'administration du protectorat supprima « la protection allemande », système d'exception par lequel l'Allemagne parvenait à soustraire les indigènes à la juridiction française. Cette décision et la capture des navires allemands sur la côte marocaine, impliquèrent l'abolition de l'acte de la Conférence d'Algésiras, du moins en ce qui touchait l'Allemagne, acte qui, depuis 1900, entravait les destinées de la France au Maroc.
Le sultan du Maroc fit remettre leurs passeports au représentant de l'Allemagne et à celui de l'Autriche. Chez un commerçant allemand de Casablanca, on saisit d'énormes caisses pleines de boîtes à sardines prêtes à partir pour l'intérieur : chacune de ces boites contenait six cartouches pour fusil de guerre.
Quelques tribus attaquèrent noscolonnes de ravitaillement. Les plus turbulents
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étaient les Chleuchs, les Zaians, les Beni-M' Guid. La colonne Claudel fut quelques1 jours en péril chez les Zaians. l)ans un seul combat contre les Riattas, le général Gouraud perdit 1 38 hommes, dont 5o morts. Les Allemands avaient excité et soutenu ces tribus sauvages en lutte contre la France et la civilisation. Ils espéraient déterminer ainsi le soulèvement de l'Islam. Au Maroc, c'était l'Allemagne que nos soldats avaient à combattre. Leur chef, le général Lyautey, résident général, un Lorrain clairvoyant et résolu, sut dès le premier jour le leur faire comprendre.
Pour empêcher la rébellion de s'étendre, des régiments de territoriaux furent envoyés de ce côté, à la place des régiments de l'active et des tirailleurs appelés au Iront français
Le général Lyautey avait l'ordre d'évacuer l'intérieur pour défendre la côte, s'il jugeait cette évacuation utile. Il la jugea dangereuse. Se replier, c'était s'exposera des massacres; c'était surtout réduire à néant l'autorité française. Avec ses territoriaux et ses Sénégalais, il tint bon partout.
Les Allemands avaient juré aux indigènes que les Français seraient tout de suite battus en Europe et jetés à la mer en Afrique. Aussi, les indigènes lisaient-ils avec une attention extrême les communiqués officiels. Ils pouvaient constater une fois de plus ce que valait la parole de l'ennemi.
Bientôt arrivèrent nos premiers prisonniers allemands. Quatre mille débarquèrent à Casablanca, pour être répartis dans tout le Maroc occidental. En voyant ces Allemands qui hier encore se proclamaient « les seigneurs delà terre », travailler à nos voies ferrées militaires et au terrassement de nos routes, les indigènes se disaient : « Ils sont en esclavage. La France l'empoite ».
Cette « guerre sainte » que l'Allemagne prétendait faire proclamer par l'Islam : rêve extravagant et cruellement bouffon, guerre sainte de fabrication allemande, made in Germany ! Pour prêcher cette guerre, l'Allemagne avait depuis dix ans organisé une propagande sans relâche dans le monde de l'Islam, de Fez à Java, de Kazan au Darfour. Des brochures écrites en toutes les langues orientales, voire en chinois, étaient répandues par milliers pour appeler aux armes. En réalité, l'unité de l'Islam n'a jamais été qu'une chimère. Sans doute, le monde musulman garde son caractère propre : une foi imperturbable, une noble poésie, de singulières aptitudes économiques, un idéal de justice patriarcale. Mais ce caractère propre lui rend l'Allemagne odieuse, dès qu'il la connait.
Sur mer aussi bien que sur terre, l'Allemagne prouvait dès le premier jour qu'elle était décidée à fouler aux pieds les conventions de La Haye où elle avait pourtant apposé sa signature.
Tandis que les alliés se conformaient au texte : « Ne pas placer de mines pouvant porter atteinte à la navigation commerciale; munir les mines flottantes d'un appareil les rendant inoffensives si elles rompaient leurs amarres; les fabriquer de telle sorte qu'elles explosent après deux heures au plus », l'Allemagne et l'Autriche plaçaient des mines de durée sur toutes les côtes de la Mer du Nord et de l'Adriatique.
Le 5 août, un bateau de commerce allemand, Kcenigin Luise, de la compagnie Hamburg-Amerika, était surpris mouillant des mines dans la Tamise. Dès lors, des chalutiers anglais furent chargés d'opérer de perpétuels dragages.
La flotte allemande s'était abritée dans la Baltique. L'amiral anglais Jellicoe disposa avec des bateaux anglais, un barrage à la hauteur de Cotentin. Ainsi, le Pas-de-Calais fut gardé. «
« L'avenir de l'Allemagne est sur les mers », répétait Guillaume II. Le Ier août 914, l'Allemagne avait en cours de route 636 navires de commerce à vapeur jau-
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géant 2.940 non tonnes et représentant une valeur de cinq milliards. Les puissantes compagnies allemandes comptaient : la Hamburg-Amerika-Linie i53 navires, un million de tonnes; le Norddeutscher Lloyd, 120 navires. 600.000 tonnes; Hansea, 63 navires, 290.000 tonnes; Deutsch-Australische, 4b navires, 222.000 tonnes; Hamburg-Sudatnerikanische, 46 navires, 23o.ooo tonnes; Deutsche- Levante- Unie, 43 navires, i35.ooo tonnes; Déutsche-Amerikanisehe Petroleum, 3o navires, 120.000 tonnes ; Woermann-Linie, ib navires, io5. 000 tonnes.
L'Autriche, au Ier août, avait en cours de route i5o vapeurs jaugeant un million de tonneaux et représentant une somme d'un millard et demi.
Pour ces navires allemands et autrichiens représentant plus de sept milliards, il n'y eut qu'une seule voie de salut : se réfugier, coques en détresse, dans des ports neutres.
Dès le début des hostilités, les vaisseaux de commerce allemands furent saisis par centaines dans les ports d'Angleterre et des colonies anglaises, dans les ports de France et de Belgique, dans la Baltique, dans la Méditerranée, dans l'Océan. Les paquebots allemands qui transportaient des hommes de la réserve en Allemagne furent arrêtés dans les ports ou saisis en mer.
Au 16 août 1914, étaient déjà capturés près de deux cents navires jaugeant un million de tonnes et représentant à peu près un milliard et demi. Ces chiffres sont tirés des indicateurs de route officiels publiés par les principales compagnies de navigation, ainsi que des documents fournis par le Bureau Veritas et le Lloyd anglais.
L'Amirauté britannique put dire : « Chaque jour qui passe voit s'étendre la surveillance exercée parla Grande-Bretagne sur les voies commerciales maritimes ».
Cependant, des croiseurs allemands commençaient à menacer les communications de l'Angleterre avec la République argentine, le Brésil, le Chili et l'Uruguay, D'autre part, des sous-marins ennemis croisaient le long de la côte orientale de l'Angleterre et de l'Ecosse, jusqu'aux îles Sutherland. Double péril quel'Angleten e allait tâcher de conjurer!
Quant à la France, elle n'oubliera plus que, pendant des sièc'es, le pavillon français a occupé la seconde place. Ne doit-elle pas s'appliquer à reprendre cette place pour retenir la clientèle qui, après la guerre, lui est assurée!
Les armées françaises.
Avant le vote de la loi de trois ans, la France avait comme troupes métropolitaines et coloniales 620.000 hommes et 34.200 officiers. Ses forces mobilisables étaient de quatre millions cinq cent mille hommes. La loi de trois ans, votée le 7 Août 1913, augmenta les effectifs de 210.000 hommes.
L'infanterie comprenait 1 63 régiments à trois bataillons de quatre compagnies; 3o bataillons de chasseurs à six compagnies; 4 régiments de zouaves à cinq bataillons de quatre compagnies; 4 régiments de tirailleurs algériens dont trois à six bataillons; deux régiments étrangers. Chaque régiment disposait de quelques sections de mitrailleuses, trois au plus.
Les corps de l'armée active, en temps de mobilisation, complétaient les régiments par les plus jeunes réservistes; les réservistes plus âgés formaient des régiments de réserve. Aux corps actifs s'unissaient 143 régiments territoriaux, 7 régiments de chasseurs territoriaux, douze bataillons de zouaves territoriaux.
La cavalerie comprenait 12 régiments de cuirassiers, 32 de dragons, 23 de chasseurs, 14 de hussards, 6 de chasseurs d'Afrique, 4 de spahis. Au total : 91. Les
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nents de la métropoli Iroi i actifs cl : on de dépôt; les
régiments de spahis avaient cinq escadrons actifs. Les brigades de cavalerie étaient pourvues de sections de mitrailleuses.
L'artillerie, qui comprenait 62 régiments de campagne ayant trois ou quatre groupes de trois batteries (chacune de quatre pièces'), comptait 634 batteries montées, r.6 batteries à cheval et -:i batteries lourdes. Ajoutons deux régiments d'artillerie de montagne coTnptant 18 batteries. 11 régiments d'artillerie à pied comprenant r- batteries de place et 32 de cote. Notre canon de campagne, c'était l'incomparable 73. L'artillerie lourde était armée du 120 court et du i55 court à frein hydraulique et récupérateur pneumatique. En vain,onavait rappelé à la France les avantages que les Allemands attendaient de leur artillerie lourde : dissimulés dans
BEiil.ULNI D IM-'AN I EB
(Photo Mcurissc.)
des tunnels, leurs gros canons pouvaient de très loin exécuter des tirs plongeants très dangereux. Les mérites du -S avaient réponse à tout. Le général Langlois luimême déclara l'artillerie lourde inutile et encombrante. L'Allemagne parut une fois de plus victime de sa mégalomanie. Cependant, on aurait dû être frappé par cet argument irréfutable : « Puisque les Allemands ont une artillerie lourde, ils s'en serviront. Allons-nous les laisser tirer sur nous comme à la cible ? »
Le génie avec les pontonniers, les aérostiers, la télégraphie, la télégraphie sans nl,e/c„ formait 8 régiments. Le train formait 20 escadrons et 8 compagnies. Ajoutons les commis, les ouvriers, les infirmiers, les secrétaires d'état-major, 28 légions de gendarmerie, la légion de la Garde républicaine, le régiment des sapeurspompiers.
Les troupes co'oniales comptaient 16 régiments d'infanterie coloniale, un régiment de tirailleurs annamites, 4 de tirailleurs tonkinois, quatre de tirailleurs sénégalais (à 8 bataillons), 3 de tirailleurs malgaches, 2 escadrons de spahis sénégalais, 3 d'artillerie coloniale ayant 3(î batteries en France.
Le territoire français, qui comprend l'Algérie et la Tunisie, se divisait en deux
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gouvernements militaires, Paris et Lyon, et en 21 régions de corps d'armée. Ajoutons les S divisions de cavalerie à trois brigades.
Aux premiers jours de la guerre, les armées françaises furent disposées entre la frontière belge et la frontière suisse, regardant l'Allemagne vers le nord-est.
La Première Armée, entre Belfortet la ligne de Mirecourt, était commandée par le général Dubail. En 1870, Dubail, de Belfort, avait combattu comme sous-lieutenant à Forbach et à Borny. Capitaine en 1878, il fut nommé professeur d'an militaire à l'École de Saint-Cyr, dont il prit le commandement après avoir commandé le icr zouaves. Son armée comprenait le 8e corps (général de Castelli), composé de Berrichons, de Nivernais, de Bourguignons, d'Auvergnats; le 14e corps (général Pouradier-Dutheil), composéde Savoyards et de Dauphinois ; le 21° corps (général Legrand , composé de Champenois, de Francs-Comtois, de Lorrains, particulièrement de Vosgiens. A Belfort, un détachement d'armée (général Bonneau'1 comprenait le 7e corps '(de Besançon), une division de cavalerieet un groupe de division de réserve. Le 19° corps, venu d'Algérie, allait le rejoindre.
La Seconde Armée, entre la ligne de Mirecourt et la Moselle, était sous les ordres du général Curières de Cas t e I na u . Né dans l'Aveyron. à Saint-Affrique, Castelnau, capitaine à
vingt ans dans les armées qu'improvisait Gambetta, en 1870, a fait la campagne delà Loire avec Chanzy. Huit ans après, il entra à l'École de Guerre et, déjà vieux soldat, apprit le métier de chef.
En 1896, nommé commandant, il fut appelé au premier bureau du ministère delà Guerre : service d'organisation, de mobilisation et de concentration, étude des plans. De l'état-major, il passa, en 1900, au commandement du 37e de ligne sur la frontière lorraine. Au ministère, il avait appris à connaître les choses de l'armée; à Nancy, il apprit à connaître toujours mieux les soldats et à se mieux connaître luimême. Général en 1906, il fut choisi par Joffre, en i9i3, comme chef d'état-major de 1 armée. L'armée de Castelnau comprenait le 20e corps (général Foch), qui se préparait à la lutte depuis le lendemain du traité de Francfort et connaissait à fond la terre de Lorraine qu'il allait arroser de sang. Formé en majeure partie de Lorrains, le 20e corps comptait un certain nombre de Parisiens qui ajoutaient de l'éclata sa solidité et de la verve à son mordant. Cette seconde armée comprenait encore le 69e «tout de 1er », le i53e, le 146e, le 160e; les chasseurs à pied; le 16e corps (général 1 averna), qui venait de l'Hérault et des Cévennes; le 1 5e corps (général Espinasse) qui venait de la Provence, des Alpes, de la Corse; le 2» groupe de divisions de leseï ve; la cavalerie de corps et les divisions de cavalerie indépendante.