LE LIEUTENANT-COLONEL BEPPINO GARIBALDI ET SES FRERES
T0I4. — I-A GUERRE DU nROIT.
Saura-t-on jamais exactement ce que ses chimistes ont inventé pour exciter ses soldats jusqu'à les rendre insensibles aux blessures?
Du 24 février au g mars, les attaques déclanchées par nous sur un espace plus large prouvèrent que notre armée grandissait encore en patience et en mordant. Nous pûmes y constater l'effet de notre artillerie lourde, toute neuve, mais confiée à de vieux artilleur^
Presque en même temps que commençait, dans l'Argonne, notre terrible avance vers Vauquois, les troupes britanniques attaquaient vaillamment à Neuve- Chapelle.
En Alsace, sur l'Hartmannswillerkopf, nos soldats purent, dans leur attaque, constater une harmonie parfaitement établie entre l'élan de l'infanterie et le tir de l'artillerie.
Quelle joie pour nous d'admirer, du haut de la montagne qui domine noblement Mulhouse, l'Alsace si riche par son sol fécond, par ses mines de potasse et par le labeur obstiné de tous ses habitants!
En avril, nous remportions de nouveaux succès aux Eparges, dans la Woëvre,au bois d'Ailly, au bois le Prêtre.
Ancienne propriété des évêques de Toul, célèbre pour ses chasses, magnifique plantation de hêtres et de chênes, toute cuirassée de fourrés, le bois le Prêtre, qui se développe à une altitude de 372 mètres, commande le sud de la Woëvre et défend Toul contre une attaque venant de Metz. Sa partie supérieure, le Quart-en-réserve, regarde la gare d'Arnaville, c'est-à-dire la voie ferrée par où se ravitaillait l'ennemi. Aussi, l'ennemi n'a-t-il rien épargné pour conserver ce poste d'observation. Il s'y est cramponné, après son échec au combat de Mamey (25-27 décembre 1914), en s'incrustant sous terre parmi les arbres. Pendant dix mois, la division de Toul combattit pour lui enlever cette position, arbre par arbre, motte de terre par moite de terre. Derrière le Quart-en-réserve, il avait disposé une sorte de haie très haute qui traversait le bois et masquait ses travaux de défense sans cesse renouvelés. A trois cents mètres de cette haie, une de nos compagnies se mit au travail et poussa ses sapes jusqu'à dix mètres des tranchées allemandes. Dès lors, une formidable guerre de mines bouleversa à la fois le Quart-en-réserve et les parties environnantes, surtout la Croix des Carmes. Le bois aux chasses illustres n'était plus qu'un cimetière sans cesse retourné.
Ce qu'on se disputait avec un égal acharnement, de la mer du Nord à Soissons, c'étaient certains lragments du sol belgeou du sol français. Ce qu'on se disputait avec une violence particulière, de Soissons jusqu'au Jura, c'étaient des morceaux