LE BOIS LE PRETRE! LES CAGNAS DANS LE RAVIN DES CARRIÈRES
Le 20, nous prenions le cimetière ; le 2 1, la gare ; le 22, le village. Mous avancions dans la vallée de la Fecht et sur les hauteurs 'qui la dominent. Vers le sud, nous allions occuper Sondernach. Encore plus au sud, nous nous établissions sur le Hilsenfirst. Là, une compagnie de nos chasseurs, la 6e du 7e, postée en avantgarde, tut cernée. Pendant quatre jours, elle résista héroïquement. Le 18 juin à neuf heures du soir, au moment où tout lui taisait défaut à la fois, elle entendit nos clairons et vit fuir l'ennemi Elle n'avait eu que deux tués et trois blessés. Inquiet et furieux, l'ennemi multiplia en vain les contre-attaques vers le
(1) L'abbé Wetterlé invitait les Français de l'intérieur à prononcer Linge, et non pas Linnoué suivant une fâcheuse habitude. Quoi ! certains Français excellents qui prononcent à la française les mots d'origine allemande prononceraient à l'allemande ce mot français entre tous I Le sommet du Linge s'appelle ainsi parce qu'on y étendait le linge sortant de la lessive, pour que le grand soleil et le grand air le rendissent encore plus blanc. Rien de plus émouvant que ces souvenirs des beaux draps de famille, à l'endroit où tant de nos soldats ont agonisé dans des mares de sang.
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Hilsenfirst et devant Munster. Le 27, il parvint à surprendre un de nos avant-postes, à l'est de Metzeral. Quarante-huit heures après, nous rattrapions le terrain perdu et nous recommencions à avancer. Le Ier juillet, nouvelles attaques de l'ennemi contre le Hilsenfirst. L'une d'elles sembla réussir. Mais, d'un effort splendide, nous balayâmes toute la hauteur. C'est un sommet d'importance capitale. Regardez-le sur une de nos cartes des Vosges qui sont d'une clarté et d'une séduction irrésistibles. Il se dresse, dans le massii du Langenfeldkopf, entre la Fecht et la Lauch. Maitre de ce sommet, l'ennemi aurait pu poursuivre, sur la Lauch, sa marche que nous arrêtions à Sengern, déborder au nord nos troupes du Petit-Ballon, attaquer de flanc nos positions de Metzeral à Sondernach. Le i5 juillet, notre front se jalonna par le Bonhomme, la Tête de Faux, l'abbaye de Pairis, les Hautes-Huttes, la région ouest de Soultzeren et de Stosswihr, le Petit-Reichacker, la région est de Metzeral et de Sondernach, le Hilsenfirst. Ces noms, Sondernach, Metzeral, Soultzeren, désignent de si doux villages. La vallée de Munster est toute d'enchantement. Elle s'est appelée vallée de Saint-Grégoire, parce qu'un disciple de saint Grégoire, le moine Oswald, y londa, au vne siècle, une abbaye de Bénédictins. Autour de cette abbaye, au confluent de la Fecht et d'un ruisseau, se bâtirent des maisons qui formèrent bientôt une ville : Munster, la ville du Monastère. Au delà de Munster, la vallée se divise. La plus grande de ses branches, celle de la Fecht, vient du sud-ouest; l'autre, celledu ruisseau, vient du nord-ouest. Comment s'appelle ce ruisseau? Les géographes ont oublié de lui donner un nom. Les gens du pays disent le Rupt, commeils disent la Vallée. C'est dans la vallée du rupt que passe la route de Colmar qui aboutit au col de la Schlucht, puis au lac de Gérardmer. Belle route, de pur style français ! Entreprise en 1 842 et finie en 1 869, elle a exigé un rude labeur : la roche granitique y est des plus dures, et la dynamite n'était pas encore inventée. Nous tenions cette route, presque jusqu'à Munster.
De notre front repartit, le 20 juillet, une magnifique offensive. Quel en était l'objet ? La crête du Linge, au nord de Munster. Tenir cette crête de 996 mètres, c'est dominer, au sud, la vallée de la Fecht, et, au nord, les pentes qui vont vers Orbey. De cette crête, à l'est, descend une sorte d'immense escalier féerique conduisant jusqu'aux Trois-Épis. Dans la Chapelle de Notre-Dame des Trois-Épis, nous aurions trouvé les clefs de Turckheim et de Colmar. Nous nous installions sur le Linge, au soir du 21 juillet. Du 22 au 27, les combats continuaient. Nous parvînmes successivement aux carrières et aux bois du Baerenkopf, puis à l'extrémité ouest de la crête. Là, nous fîmes, en prisonniers et en matériel, de significatives captures.
Ce qui frappe, dans cet ensemble d'efforts, c est d'abord l'ingénieuse unité du plan. Toutes les armes y contribuaient, et sur tous les points. Au moment même où nous dirigions notre principale attaque au nord de Munster, deux bataillons de chasseurs engageaient un combat à l'ouest sur le Reichacker, détournaient contre eux neuf contre-attaques de l'ennemi, lui mettaient hors de combat plusieurs milliers d'hommes et lui arrachaient cent mètres de tranchées. A cette même heure, nos aviateurs allaient, sur l'arrière de l'ennemi, bombarder la gare de Colmar où il avait réuni des renforts et des approvisionnements. Notre campagne des Vosges reste admirable à la fois par l'audace qu'elle atteste, la science qu'elle révèle, les résultats qu'elle réalise et les gages de victoire qu'elle apporte.
L'aviation française, en se perfectionnant sous le feu de l'ennemi, prouvait au monde que la France est capable, quand elle le veut, de tirer le meilleur profit de ses propres inventions. Nos aviateurs, aussi vaillants qu'habiles, réussissaient déjà, au mépris de leur vie, à régler le tir de notre artillerie; à reconnaître les forces
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adverses; à photographier les terrains de combat; à laire sauter les dépôts de munitions ; à bombarder les rassemblements, les voies ferrées, les ponts ; à intervenir en plein combat à coups de mitrailleuses ; à voler au ras du sol pour aider nos fantassins -dans les plus durs engagements.
En août 191 5, le général Joffre avait divisé nos armées en trois groupes : le groupe de l'Est, depuis la Haute-Alsace jusqu'à la Woëvre, sous les ordres du général Dubail ; le groupe du Centre, depuis Verdun jusqu'à Compiègne, sous les ordres du général de Gastelnau; le groupe du Nord, sous les ordres du général Foch.
Une armée, composée de corps qui s'instruisaient pour de futurs assauts, était confiée au général Pétain, chef si sage et si hardi à la lois. Ces corps avaient pu être mis en réserve parce que des troupes anglaises, en nombre suffisant, étaient arrivées sur notre front.
En septembre 191 5, ■deux grandes batailles s'engagèrent, l'une en Champagne, l'autre en Artois. Ce fut une armée du groupe de Castelnau qui attaqua. Le général Pétain était -chargé de diriger l'attaque.
Le front sur lequel l'attaque devait porter s'étendait depuis la Suippe, en direction de Souain, jusqu'à l'Argonne, en direction de Ville-sur- Tourbe : vingt-quatre kilomètres et demi*
Pétain avait, à sa gauche, l'armée du général Langle de Cary et, à sa droite, en Argonne, l'armée du général Humbert qui remplaçait le général Sarrail.
La préparation d'artillerie s'accomplit dans les meilleures conditions. Plus de cinq millions d'obus bouleversèrent les premières lignes ennemies.
L'assaut fut déclanché, le 24 septembre, à neuf heures quinze. Le ciel qui, jus qu'alors, avait été parfaitement pur, s'était couvert de nuages qui crevèrent soudain. Sous une pluie continuelle, nos soldats s'élancèrent vers les lignes allemandes. Ils s'emparèrent des premières tranchées et, malgré un feu terrible d'artillerie, parvinrent lestement aux positions de repli que l'ennemi avait organisées avec grand soin.
Nos succès avaient été particulièrement éclatants à Maison de Champagne et à la Main de Massiges, où se signalèrent les coloniaux ; au Trou Bricot, où se signalèrent les troupes du Dauphiné et de la Savoie ; à la Cuvette de Souain, où se signalèrent les troupes d'Afrique.
Sur tous les points, nos fantassins rivalisaient d'ardeur et d'endurance. Presque partout s étaient arrivés, avant huit heures du soir, aux secondes positions de 'ennemi. Pa rtout, notre artillerie de campagne, à travers tranchées et boyaux, s'était avancée à la distance requise.