‹ 1914 (volume 2)Chapitre 24 sur 161 · TKS ET CANAL DU RHONF. AU RHIN · texte numérisé non relu

TKS ET CANAL DU RHONF. AU RHIN

(Clnmpagne. éditeur

Dans la nuit du 2 au 3, l'administration des chemins de fer avait fait sauter les ponts et enlever le matériel roulant.

Le 8 août, le 7e corps approchait de Mulhouse.

Vers midi, cinq cavaliers du 18e dragons, sous la conduite d'un lieutenant né d'un sang alsacien, arrivèrent blancs de poussière, devant le double perron du vieil hôtel de ville. Le lieutenant descendit de cheval, alluma une cigarette et monta l'escalier.

— Je voudrais parler à M. le maire.

Le maire, Cossmann, Allemand de naissance et maire de carrière, se présenta, accompagné de l'adjoint Wolff, Alsacien authentique.

— Y a-t-il encore des troupes allemandes dans la ville ? En quelles dispositions sont ses habitants? Quelles ressources les troupes françaises peuvent-elles y trouver?

Le maire répondit d'une façon assez vague. L'adjoint ajouta : « Les troupes allemandes se cachent dans la forêt de la Hart.

Quand le lieutenant eut recueilli les renseignements qu'il souhaitait :

— Monsieur, dit-il, je suis heureux de serrer la main du maire de la première ville alsacienne où nous entrons.

• Puis, se tournant vers ses hommes :

— A cheval !

Presque immédiatement, les Allemands

appelaient aux armes et se précipitaient à la cêNÊRAT. CTTR#. poursuite de nos six braves.

(Photo Minueu A q natre heures et demie, un grand cri s'élève :

1 C) ï 4- — LA GUERRE DU DROIT.

— Les voici !

On. regarde. Qu'est-ce donc! Une forêt de fleurs qui marche. Les populations des villages avaient couvert nos soldats de bouquets et chacun d'eux en avait orné son fusil.

Le 35e arrive d'abord. La musique du 42e joue Sambre-et-Meuse Pendant deux heures, nos troupes défilent avec une admirable correction. Elles sont passées en revue sur la place du Quartier-Neuf par le général Curé. Tous les yeux se mouillent de larmes. La ville répète sans fin : « Vive la France ! »

Avec les troupes allemandes s'étaient retirées les administrations de l'Empire : banque, poste, télégraphe, téléphone. Mais beaucoup d'employés étaient restés et se mêlaient à la foule. Ajoutons que les fils du téléphone n'avaient pas été coupés.

L'Alsace acclamait sa libération. C'était à qui, parmi les Mulhousiens, donnerait aux Français du café, du vin, de la bière, des cigares, des gâteaux, des fruits. Les plus ardents à offrir étaient les Alsaciens qui ne savaient pas le français. A nos soldats qui avaient accepté leurs cadeaux, ils serraient la main sans rien dire, avec une éloquente gratitude. De même, sans rien dire, dans les villages, au milieu de la nuit, les femmes bouleversaient tout sous leur toit, afin que les soldats eussent un bon gîte et les officiers, un lit magnifique, un de ces lits alsaciens élevés comme des autels.

Sur-le-champ, entre les annexés et leurs libérateurs, se cimentait une amitié qui semblait avoir existé de toute éternité. Après une trop longue séparation, les cœurs s'étaient retrouvés tout entiers.

Du parc, du pré, de la pelouse, Cueillez les rieurs, toutes les fleurs : Mariez-les à nos couleurs C'est pour Altkirch et Mulhouse.

Altkirch, sur ta haute colline, Puissent ton église aux murs blancs, Tes grands toils gris de tuile fine.

Ta vasque aux rebords ruisselants,

Tes vieux foyers pleins de légendes, Tes pignons hardis et coquets Disparaître sous nos guirlandes, Nos étendards et nos bouquets.

Et toi, Mulhouse, noble ville Au généreux cœur indompté, Dont l'âme féconde et tranquille

Reste un miracle de bonté,

Puisse ta superbe Mairie

Où siégeait, au temps du bonheur,

Le patriciat d'industrie

Qui fait son immortel Honneur,

Étaler sous le ciel d'Alsace D'où fuit un nuage odieux L'éclat, la parure et la grâce De l'été le plus radieux.

L'Alsace, en son âme éperdue, Célèbre la fête d'amour Depuis trop longtemps attendue :

Son sol libre et notre retour.

En arrachant à la frontière L'aigle allemande et le poteau, La foule, à. cette fête altière, Offre le plus fier ex-voto.

La jeunesse en chantant déploie Son long cortège rayonnant, Et le vieillard, pleurant de joie Dit : « Je puis mourir maintenant.

Dans la ville, mille questions étaient posées aux soldats. On lesattendait depuis tant d'années et, depuis tant de jours, on n'avait pas de nouvelles.

— Gomment la mobilisation s'est-elle faite en France? — Vraiment, il n'y a pas eu d'attentat contre le Président delà République? — Quoi ! pas lemoindre désordre ? Pas une seule grève de cheminots? — Quand avez-vous quitté Belfort? — Où avez vous rencontré les Allemands? — Quel beau et bon fusil vous avez! Comment fonctionne-t-il ? — Le Mauser est loin de le valoir. C'est le Lebel qui aura le dernier mot. — Que dira la France en apprenant que vous êtes ici ? — Vous ne nous quitterez plus, n'est-ce pas !

Malheureusement, pour occuper cette ville de cent mille habitants, nous ne disposions même pas de 17 000 hommes.

La brigade avait d'abord pris ses cantonnements dans une fabrique de drap, au

L'iXFANTEBlE FRANÇAISE DANS UNE TRANCHÉE AUX ENVIRONS DE MULHOUSE. (Photo Branger.)

milieu de Mulhouse. Mais la plupart des régiments s'établirent sur les places et dans les rues. L'artillerie alla se poster sur les hauteurs voisines, particulièrement sur le Reidesheimerberg et le Rebberg, c'est-à-dire le Vignoble, si pittoresquement décoré de villas, de prés verts et de hêtres magnifiques.

Sur les murs de la ville, on affichait la proclamation du général Joffre :

Enfants de l'Alsace, Après quarante-quatre années d'une douloureuse attente, des soldats français foulent à nouveau le sol de votre noble pays. Ils sont les premiers ouvriers de la grande œuvre de la revanche : pour eux, quelle émotion et quelle fierté ! Pour parfaire cette œuvre, ils ont fait le sacrifice de leur vie ; la nation française unanimement les pousse, et dans les plis de leurs drapeaux, sont inscrits les noms magiques du Droit et de la Liberté. Vive l'Alsace ! Vive la France I

La joie de la France répondait à celle de l'Alsace. Le ministre de la Guerre, M. Messimy, télégraphiait au généralissime :

« Mon général, l'entrée des troupes françaises à Mulhouse, aux acclamations des Alsaciens, a fait tressaillir d'enthousiasme toute la France. La suite de la campagne nous apportera, j'en ai la ferme conviction, des succès dont la portée militaire dépassera celle de la journée d'aujourd'hui. »

Cette sublime joie devait être suivie de déceptions, mais elle avait réveillé, il] u-

^fi 2 1914. — LA GUIiRRELiU DROIT.

mine et, fortifié l'âme de la nation. Par là, elle restait une précieuse et splcndiae contribution à la victoire définitive.

Le lendemain, un dimanche, dès cinq heures du matin, la population était sur pied. Elle cherchait les Français.

Une compagnie du 42e se trouvait à l'extrémité du faubourg de Bâle. La plupart des soldats lavaient leur linge dans le canal du Rhône au Rhin. Sans doute, ils étaient médiocrement gardés. 11 fallut qu'un brave homme, portant sur son dos un sac de pommes de terre qu'il venait d'arracher, leur criât en passant sur le pont :

— Attention ! Je viens de voir des Allemands ramper sur cette ligne du chemin de fer qui longe ce canal.

Déjà, les balles sifflaient. En bras de chemise ou le torse nu, les soldats s'assemblèrent et coururent à leur armes. Le tir de l'ennemi se rapprochait. Enfin on distingua, à cinq cents mètres, des groupes d'Allemands que leur costume gris rendait presque invisibles. Ils avaient l'ordre d'enlever le pont. Une fusillade bien nourrie les força à se replier en désordre.

Nos soldats se remirent à laver leur linge. A un Mulhousien qui les observait, ils dirent en riant :

— Hé, bien! monsieur, ne pensez-vous pas que ces animaux-là auraient pu attendre, pour nous attaquer, que nous eussions fîi i notre lessive?

— Félicitez-vous plutôt de la belle façon dont le combat a tourné.

— Cela, c'est au capitaine qu'il faut le dire. Avec lui, ainsi les choses vont toujours. Sans compter qu'au 7e corps, ils sont tous

pareils !

Le canon ne cessait de tonner du côté de Cernay-Thann. Depuis que l'on savait comment les Français avaient enlevé Altkirh, personne ne doutait de leur prochain succès.

Les Français se concentraient aux environs de.Mulhouse. Ils venaient de Lutterbach, de Pfastatt, de Bourtzviller, de la route de Kingersheim, passaient la Doller, poussaient jusqu'à Rixheim par Modenheim et l'île Napoléon. Tout en se repliant, ils continuaient à tirer avec méthode. Quant à l'ennemi, il faisait feu au hasard, et tuait dans les villages des vieillards et des enfants.

Il tourna autour de Mulhouse, cherchant à nous pousser vers le fort d'Istein. Le général Bonneau vit le piège et s'installa au sud de la ville.

Unebatterie allemande postéeenavant d'Illzachbombarda Mulhouse : lepremier obus atteignit le portail de l'église Sainte-Geneviève récemment construite.

Les troupes allemandes s'entassaient dans la vaste forêt de la Hart. Tous les trains réquisitionnés du grand-duché de Bade les jetaient à proximité de l'île Napoléon. Des soldats que, la veille, on savait à Mannheim, à Carlsruhe, à Fribourg, se trouvaientmaintenant en première ligne. Tout le 14e corps allemand, 60000 hommes au moins, fut lancé contre les Français. Nos 17 000 horamesie battirent vaillamment. -A nos 75, nos aéroplanes, survolant la région mulhousienne, indi-

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