GÉNERAL BONNEAU
(Pholo E. Pirou.)
quaient par des signaux l'emplacement des batteries allemandes. Vers cinq heures du soir, l'ennemi malgré son accablante supéiionté numérique, ne nous avait pas encore délogés des positions choisies par nous dès notre arrivée. Mais la nuit venait.
— Prenez garde! murmuraient des Mulhousiens. C'est l'heure allemande.
Au Muhlenfeld où abondent les vergers,, les Allemands se glissèrent d'arbre en arbre. Nos hommes les y clouèrent à coups de baïonnettes. Le commandant en chef des troupes allemandes, apprenant l'insuccès de cette tentative sur le Muhlenfeld, donna ordre au général Koschpar, commandant la brigade de Lahr, de se porter en avant. Le bombardement redoubla. Une triple ligne de fantassins s'ébranlait. Mais une balle française abattit Koschpar. Ses troupes hésitèrent, malgré l'artillerie lourde qui les soutenait. Les Français profitèrent de cette hésitation pour charger à la baïonnette.
Outre les fusées éclairantes,- les granges incendiées illuminaient le champ de bataille. Sous la violence du bombardement, les Français furent contraints de se replier. Un instant, la bataille se localisa sur le remblai du chemin de fer de ceinture. Séparés seulement par la voie, Tes adversaires se fusillaient à bout portant.
A une heure du matin, le clairon sonna : « Eji avant ! » Nos hommes s'élancèrent et poursuivirent l'ennemi à travers les vergers du Muhlenfeld. Une centaine d'entre eux, parvenus au bord d'une rivière qui reçoit l'eau des abattoirs, s'enfoncèrent dans la vase. Lennemi, qui connaissait bien ce cours d'eau pour avoir manœuvré tant de fois dans les environs, menaçait de nous cerner. Nous n'allâmes pas plus loin.
Autour de la ville et dans la ville même, il y eut dès combats acharnés. La police allemande tirait des fenêtres. Pour se confondre avec les civils, les gendarmes avaient endossé des vestons. Des projectiles de tout calibre pleuvaient sur Mulhouse. Le général Huhne, commandant le 14e corps ennemi, recevait des renforts de Huningue et de la Hart. Le général Deimling amenait en hâte de Strasbourg deux divisions du 1 5e corps. Des troupes allemandes descendaient des trains à Colmar et marchaient vers Hattstatt.
On sait que, le g août, s'était engagé un combat près de Cernay, où se trouvait un régiment d'infanterie française avec deux batteries
d'artillerie. Nous dûmes nous replier devant des forces supérieures et quitter la ville. Mais nous continuions à barrer la route a l'ennemi. Quelques renforts nous arrivèrent. Le combat reprit. L'ennemi avait quarante-huit pièces ; nous, douze. Nos artilleurs firent des prodiges. Cernay fut repris. Ce fut alors que notre infanterie reçut l'ordre de se replier.
Nous quittions Mulhouse en bon ordre, après avoir combattu vingt-quatre heures, un contre six. L'ennemi n'avait pas pu nous faire un seul prisonnier non blessé.
A Bourtzviller, 35o Français avaient tenu tête à tout le 112e de ligne badois. Les habitants, qui voyaient des renforts arriver à l'ennemi, criaient à nos soldats :
— Ne vous faites pas tuer inutilement.
GENERAL VON DEIMLING.
Nos soldats s'obstinèrent à une lutte inégale. La population rivalisait de courage avec eux. Elle emportait les blessés, sous un feu terrible. Sur les morts, elle déposait des fleurs, des rubans aux couleurs d'Alsace, blancs et rouges, des chapelets, des images pieuses. Mais peu à peu la résistance devint impossible. Nos troupes prirent la direction de Reiningen et de Lutterbach, se retirant vers Belfort. Les défenseurs de Bourtzwiller partirent les derniers.
Les troupes de réserve qui se trouvaient dans le voisinage de Mulhouse, entendant la fusillade, accoururent au secours de leurs camarades qui se repliaient. La retraite commune se fit avec ensemble.
Le 10 août, Mulhouse vit les immigrés revenir deMullheim et de Neuf-Brisach. Ils n'avaient pas osé rentrer avant le jour. Deux corps d'armée, le 14e et le 1 5e, sous le conynandement du général Deimling, protégeaient leur retour.
La France lut avec angoisse ce communiqué : « Le commandant des troupes françaises a quitté Mulhouse et rassemblé ses forces légèrement en arrière, sur des emplacements où il a arrêté l'offensive de l'ennemi supérieur en nombre. »
Nous gardions le col du Bonhomme, le col de Sainte-Marie-aux-Mines, les cimes qui dominent Sainte-Marie, par conséquent, les chemins vers Schlestadt et Colmar.
Le lendemain, à Mulhouse, le commandant du 14e corps allemand, général Hlihne, installé à PHôtel-Central, disait aux officiers de son état-major :
— Messieurs, nous avons eu affaire à des lions. « Meine Herren, ivir hatten gestern mit Loiven \u thun. »
Est-ce à cause de ce mot que le général Hiihne a été relevé de son commandement?
L'ennemi, avec ses forces importantes concentrées dans la forêt de la Hait et de nouveaux renforts venus de Neuf-Brisach, avait com- "» mencé un mouvement vers Cernay, pour nous
couper la retraite sur les Hautes-Vosges et sur Belfort.
Avec les troupes que nous avions à Altkirch, nous aurions pu tenter une contreattaque du côté de Cerna)'. Mais rien ne fut entrepris dans ce sens. Notre droite ne bougeant pas, tandis que notre centre était attaqué et notre gauche menacée, nous n'avions plus qu'à nous replier. Altkirch aussi fut abandonné.
Après notre départ de Mulhouse, l'ennemi délibéra une demi-heure sur le châtiment à infliger aux indigènes pour leur accueil à nos troupes.
Tout d'abord, ses pièces installées au champ de manœuvres de la Dollcr bombardèrent la ville. Puis, sur les rapports des agents allemands que nous n'avions nullement inquiétés, des centaines de Mulhousiens furent arrêtés et transférés, aux prisons de Neuf-Brisach ou de Rastatt. Contre la plupart d'entre eux, aucune accusation précise. Suspects!
L'ennemi ordonna à toutes les personnes qui avaient reçu des Français de faire
eur déclaration, sous peine de mort. Le silence en cette matière était crime de
haute trahison. Les espions allemands, se multipliant à l'envi, affirmaient que
GENERAL HUHNE.
beaucoup de propriétaires cachaient encore des soldats. Le commandant de place fit afficher cet avis :
« Toute personne qui ne livrera pas immédiatement les soldats français aptes à porter les armes ou blessés qu'elle abrite chez elle, sera passée par les armes sans jugement. »
A la nuit tombante, un grand nombre de soldats du 35e et du 42e, qui se trouvaient dans des villas près de Mulhouse, purent se mettre en route et, par le Haserain, gagner, à Brunstatt, la route de Belfort.
La vengeance que l'ennemi cherchait, il crut la trouver à Riedisheim. Dans ce gracieux village près de Mulhouse, des religieux, presque tous ti es âgés, avaient fait