‹ 1914 (volume 2)Chapitre 27 sur 161 · REMEREV1LLE EN RUINES · texte numérisé non relu

REMEREV1LLE EN RUINES

(Cl. Imprimeries réunies, Nancy).

Bruyant fut nommé chevalier de la Légion d'honneur. Cet officier, le premier décoré de la Guerre du Droit, est le fils de l'instituteur de Boursault, près de Damery (Marne).

Le 4 août, à dix heures du matin, une compagnie d'infanterie prussienne pénétrant à Jœuf-Homécourt, dans le canton de Briey, en plein centre industriel, saccageait le bureau des douanes et le télégraphe. Un sous-officier prussien fut fait prisonnier par nos chasseurs à pied.

A une heure de l'après-midi, vingt-cinq cyclistes et cinq cavaliers allemands s'approchèrent de Brin, dans le canton de Nomeny, et, à une distance de 200 mètres, ouvrirent le feu sur le poste des douanes françaises qui ne répondit pas.

Le même jour, à deux heures de l'après-midi, les dragons prussiens entrèrent à Audun-le-Roman et installèrent des mitrailleuses dans le clocher. A quatre heures, un régiment d'infanterie occupa le village et le pilla.

Les escarmouches se succédaient sans relâche. Le 5 août, à Norroy le-Sec, des

(1) En Lorraine, on appelle tranchées les avenues ouvertes dans les forêts.

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dragons allemands furent surpris par les nôtres et perdirent cinq tues, deux blessés, un prisonnier. Lecortègequi venait de conduire au cimetière de Pont-à-Mousson le corps d'undes premiers soldats morts au champ d'honneur, le chasseur Souget (icr escadron du 12e chasseurs à cheval), tombé au Signal de Vittonville avant la déclaration de guerre, croisa quatre chevaux-légers faits prisonniers près de Landremont. Partout où pénétrait l'ennemi, il s'efforçait d'épouvanter les populations par des attentats inouïs.- Son mot d'ordre était: faire la guerre la plus terrible pour qu'elle soit la plus courte.

Sur une telle pente et pour de tels hommes, le cynisme prend vite un caractère

de sadisme. Les Allemands qui occupèrent Cirey-sur Vezouze, crevaient les portraits de famille à coups de sabre. Un de leurs officiers, ayant trouvé dans un tiroir une couronne d'oranger, la mit sur sa tête et se promena tout nu dans le jardin. Dans une maison voisine, un autre officier déclarait :

— Je suis avocat à Munich. En mai dernier, dans un voyage à Paris, j'ai choisi rue de la Paix un collier à trois rangs de perles pour ma fiancée. J'irai le lui chercher avant quinze jours, sans bourse délier.

L'ennemi considérait comme certaine sa prompte et complète victoire. Par l'invasion de la Belgique, il s'était assuré un double avantage: le choix du terrain et la possibilité d'entreprendre de larges manoeuvres. Il comptait surtout sur la manœuvre qui lui avait réussi en 1870 et qui consiste dans le mouvement enveloppant d'une aile marchante. Mais il ne se contentait pas d'attaquer la France par le Nord. Il l'attaquait aussi par l'Est. Si l'attaque par la Belgique au mépris du droit desgens était de beaucoupla plus éclatante, les attaques par le Luxembourg et par la Lorraine, dont l'Allemagne ne parlait pas, n'étaient pas moins sérieuses. D'ailleurs l'attaque par le Luxembourg devait être conduite par le prince héritier d'Allemagne et l'attaque en Lorraine, par le prince héritier de Bavière, les deux principaux représentants de l'avenir monarchique en Allemagne.

Dans les immenses camps retranchés de Metz et de Strasbourg, des masses de troupes n'attendaient qu'un signal pour s'élancer entre la Moselle et les Vosges, occuper Blâmont et Lunéville, s'enfoncer dans la trouée de Charmes, isoler Verdun et prendre dans un étau nos armées de Châlons et de Reims qui protégeaient Paris. Notre plan, à nous, consistait à porter les premiers coups, à isoler l'aile droite de l'armée allemande en la refoulant vers le nord et à lancer notre aile droite en Alsace-Lorraine, entre Strasbourg et Metz.

Pour parer au péril du nord, nous avions dû envoyer dans cette direction des troupes prises à nos armée de l'Est. De là, dans la disposition de nos forces, d'importants changements.

La Quatrième armée (général de Langle de Carry), placée entre l'armée de la Woëvre et l'armée Lanrezac, comprenait maintenant la 5>e et la 60e divisions de réserve, une partie du IXe corps; du XVIIe; du XIIe corps; du XIe corps et du II8 corps. Elle comprenait en outre la ye et la 4e divisions de

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