VIC-SUR-SEILLE. — PORTE DU CHATEAU
naissant que la France. En 1914, il comptait 7000 habitants dont 4^00 hommes de troupe et 1 5oo civils allemands. Il était devenu une ville militaire. Parmi ses défenses naturelles, la Loutre Noire tient une grande place, en formant vers l'ouest une sorte de fossé marécageux. Les villages qu'arrose la Loutre Noire ont aujourd'hui des noms tragiquement illustres : Arracourt, Bezange-la-Grande, Moncel.
On ne peut attaquer Morhange que par le sud-ouest, c'est-à-dire par Château- Salins, ou par le sud, c'est-à-dire par Dieuze. Or, des deux côtés, on doit traverser une plaine que balaie le canon.
L'ennemi avait construit un véritable rempart au nord de la région des Etangs, le long du chemin de fer qui va de Saverne par Morhange. Près de Domnon (Dommenheim), de Guinzeling (Geinslingen), Sarraltroff, Bieberkirch et sur toutes les hauteurs, il avait creusé des tranchées, enterre des canons et des mitrailleuses, rasé les arbres qui eussent gêné le tir. A. tous les croisements de routes, à tous les ponts, à tous les gués, étaient tendus des fils de fer. Toutes les voitures et toutes les machines agricoles des villages voisins s'entassaient pour former des barricades.
Le 18 août, à sept heures du soir, le front de notre XXe corps s'étendait depuis Oron jusqu'à Conthil, en passant par Chàteau-Brehain et Pevange. Le village d'Oron (290 habitants) est à 9 kilomètres au nord-est de Delme; celui de Conthil (33o habitants), à 17 kilomètres au nord-est de Château-Salins, sur la voie ferrée de Chàteau-SalinsàSarralbe; celui de Pevange (Peiviugen), 240 habitants, loue ses salines à l'administration militaire de Morhange.
Pendant ce temps, notre IXe corps, opérant sur la gauche du XXe avec de l'artillerie lourde, s'emparait du terrain compris entre Moivron et le Mont d'Amance. Ses avant-gardes tenaient la Seille depuis Arraye jusqu'à Brin. Déjà, dans la certitude de la victoire, il marchait vers la forêt de Grémecey, quand il fut rappelé à Nancy pour être transporté dans l'Ardenne belge.
Le iq août, du 2e groupe de réserve protégeant notre Seconde armée contre un eflort possible de la garnison de Metz, on détacha une division, la 68e, qui constitua la gauche du XXe corps lancé sur l'autre rive de la Seille. Les deux autres divisions du 2e groupe de réserve, la 39e et la 70e, formaient, depuis la Seille jusqu'à la Moselle, le rempart de la Seconde armée. La 59e établie' sur la côte de Sainte-Geneviève, défendait Nancy. Quant à la 70e, elle arrivait, le 18 août, vers 6 heures du soir, à Manhoué, village de 240 habitants, à cq kilomètres à l'ouest de Château-Salins.
Ainsi, le général de Castelnau s'approchait de la grande voie ferrée stratégique qui va de Metz à Srasbourg par Sarrebourg. Nous occupions toute la Région des Étangs, jusqu'à l'ouest de Fénétrange. Nos troupes avaient débouché de la Seille, dont les passages étaient en partie évacués par l'ennemi. Notre cavalerie avait fait son entrée à'Chàteau-Salins, ville lorraine de 2 3oo habitants. Cette vieille ville, qui doit son nom à ses salines du XIIIe siècle et à son château du XIVe, se relie à Moyenvic par une route de 8 kilomètres.
Résumant la situation, le général Joffre pouvait dire : « Nous venons d'obtenir d'importants succès qui font le plus grand honneur à la troupe dont l'ardeur est incomparable et aux chefs qui la mènent au combat ».
Notre Première et notre Seconde armée avaient pour objectif Sarrebrûck. Elles devaient, en arrivant là, se fortifier dans la vallée de la Sarre, en se protégeant contre le camp retranché de Metz.
En traversant les villages que l'Allemagne tenait sous son joug impitoyabledepuis quarante-trois ans, nos soldats avaient vu beaucoup de maisons, ouvertes et mortes. L'ennemi l'avait ainsi voulu. Depuis-plus de quinze jours, ses agents parcouraient toute la Lorraine annexée en répétant : « Au cas où les Français passeraient la fron-
tièrc, tout sujet allemand qui leur ferait accueil serait tôt ou tard condamné pour crime de haute trahison ».
Jusqu'alors, nous n'avions encore eu à combattre que des avant-gardes. Nous allions nous heurter au gros des forces ennemies. C'étaient le Ier, le IIe, le IIIe corps bavarois et le XXIe corps d'armée établis près de Sarrebourg, de Morhange, de Hansur-Nied. Des divisions de réserve bavaroises étaient disposées en soutien. Vers la gauche de ces forces arrivaient en hâte des renforts venus d'Alsace. La droite s'appuyait au camp retranché de Metz qui offrait le concours de sa garnison, de ses pièces lourdes montées sur tracteurs et de ses inépuisables ressources en munitions de tout calibre.
Le général de Castelnau donna l'ordre à son aile droite de se relever versle Nord. Ainsi, l'ensemble de notre seconde armée faisait face au Nord-Ouest. En exécution de cet ordre, le XVIe corps envoya sa 3ie division depuisMoussey jusqu'au débouché des bois et des étangs vers Landreïang (Lauterfangen). En même temps, la 32e division du XVI* corps, pour lier fortement l'armée de Castelnau à la Première armée, s'installait entre Réchicourt-le-Château [Rixingen) et Avricourt.
Le 18, l'armée reçut l'ordre de marcher vers une ligne dont Faulquemont était le centre. Mais le XVIe corps ne réussit pas à déboucher des bois qui s'étendent de Mittersheim à Cutting. Quant à la 3ie division, refoulée vers Angwiller, elle ne parvint pas à franchir le Canal des Salines. Elle fut remplacée en hâte par la 32e L'offensive était décidée pour le lendemain.
Vers Sarrebourg.
Cependant notre Première Armée, qui avait l'ordre de s'avancer par l'est de la région des étangs, rivalisait d'ardeur avec l'armée de Castelnau.
Le général Dubail avait, comme on le sait, franchi la Meurthe dès le 12 août, pour aller s'établir de Dabo à Sarrebourg. Le VIIIe corps tenait la Meurthe depuis Vathiménil jusqu'à Azerailles, en liaison avec le XVIe corps.
Tout à coup des paysans, fuyant devant l'ennemi, annoncèrent que deux corps d'armée allemands, avec beaucoup de cavalerie, s'avançaient dans la région qui s'étend d'Avricourt à Cirey par Domèvre. C'était la marche vers la trouée de Charmes. Le 14 août, à cinq heures du matin, la 16e division, sous les ordres du général de Maud'huy, s'avança vers Domèvre, en suivant les deux rives de la Vezouze. Elle s'empara brillamment de Domèvre, à trois heures de l'après-midi, et lança une compagnie vers Blâmont. Cette compagnie attaqua l'ennemi à sept heures du soir, puis bientôt réclama du secours. Le général de Maud'huy donna l'ordre à un bataillon de se porter sur Blâmont, avec le colonel et le drapeau. Ce bataillon était soutenu par deux sections de mitrailleuses.
La route de quatre kilomètres et demi qui conduit de Domèvre à Blâmont par le versant de la rive gauche de la Vezouze fut allègrement parcourue. Tout à coup, un violent combat s'engagea sur la hauteur qui commande Blâmont au nord-est. Dans la nuit, la mêlée fut terrible. Le désordre se mettait dans nos rangs. Aux six clairons qui entouraient le drapeau, le général cria: « Sonnez le ralliement. » Le feu de l'ennemi s'arrêta. Notre bataillon se replia sur Domèvre, pour y attendre le jour.
Le lendemain i5, à la première heure, la division entière, en s'avançant vers Blâmont, constata que les Allemands avec leur artillerie s'en étaient retirés en une hâte désordonnée. Elle avait pour mission d"occuperlescrêtes d'Hattigny à Higny et la route de Sarrebourg. Mais, comme elle se sentait un peu éloignée du XVIe corps
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qui se trouvait vers Leintrcy et du XIIIe corps qui se trouvait vers Badonvîller, elle ralentit ses opérations.
Le 17, elle occupa Hattigny et Fraquelfing. Son a'vant-garde était aux portes d'Aspach, à trois kilomètres de Lorquin. Devant elle, l'ennemi abandonnait le terrain. L'importante commune de Gondrexange (plus dé 800 habitants), sur l'étang du même nom. la commune d'Heming (600 habitants), au croisement des routes de Strasbourg à .Metz et à Nancy, la commune d'Hertzing, étaient évacuées par les troupes allemandes. Nous nous y installâmes.
Le 18. à neuf heures du matin, nous nous mîmes en marche vers Xouaxange et la colline au nord-est de Bebing,'à cinq kilomètres au sud-est de Sarrebourg. Là, nous étions dans le terrain d'exercices où la garnison de Sarrebourg avait coutume de s'instruire. Sur les routes, nous nous heurtions à des fils téléphoniques. Le sol se hérissait de tiges de fer fixées dans des plaques bétonnées. Pas un point qui ne fût repéré pour les gros canons en batterie derrière la ville. Leurs projectiles commençaient à pleuvoir dans nos rangs.
L'ordre était ainsi formulé : « Prendre Sarrebourg. s'y organiser pour la défensive et attendre. »
Ce fut le g5e avec un groupe d'artillerie qui s'élança vers la ville, pour aller occuper les passages au nord et à l'est, région aux nombreuses carrières, et pour creuser des tranchées sur les hauteurs qui commandent la Sarre.
Avec ses vallées resserrées, ses ruisseaux, ses étangs, ses roseaux et ses forêts, cette contrée de Sarrebourg et de Fénétrange, à la fois tourmentée et monotone, a un charme sauvage, même aux plus beaux jours de la paix.
Le général de Maud'huy, accompagné de quelques hommes, pénétra à midi dans la ville. Malgré le feu de l'artillerie lourde allemande, une partie du o,5e y lit son entrée à deux heures, musique en tête. La Marseillaise fut jouée sur la place de l'antique cité dont le nom, Sareburgo, est gravé sur les monnaies mérovingiennes. Tous les Sarrebourgeois authentiques, de race et de langue françaises, vivant dans des maisons presque toutes rebâties par Louis XIV, fiers d'avoir pour compatriotes d'illustres Français comme Labroise, le jurisconsulte de la Législative, comme le général Custine, comme le général Houchard, saluaient de leurs acclamations le général de Maud'huy, né à Metz. Pendant qu'ils criaient : « Vive la France! », les nombreux Allemands mêlés à eux s'étaient découverts et, tête ba-sse, observaient.
Le lieutenant-colonel du tp° exerça les fonctions de gouverneur. Notre avantgarde près de Bebing surveillait les bois du côté du nord-est, où le Ier corps bavarois s'était massé.
Au-dessus de Sarrebourg continuaient à tonner les gros canons allemands. A une distance de 10 kilomètres, sans que nous pussions répondre, l'ennemi détruisait tout ce que lui désignaient ses espions mêlés à nos troupes et ses avions planant sur elles.
Pendant ce temps, le centreetla droite de notre Premièrearmée, c'est-à-dire trois corps, le XIIIe, le XXIe' et le XIVe s'avançaient vers la frontière.
Au moment même où le VIIIe corps s'emparait de Blàmont (i5 août), le XIIIe corps marchait vers Cirey, occupé parles Bavarois qui, trois jours auparavant, avaient refoulé un de nos bataillons de chasseurs. Cirey fut pris vers neuf heures du matin, par un bel effort de nos fantassins et de nos artilleurs. Le lendemain, nos avant-garde*, arrivées près de Lorquin, faisaient main basse sur le donvoi d'une division de cavalerie bavaroise. Le 17, le front du XIIIe corps allait de Lorquin à Abreschwiller.
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Au sud-est des Vosges.
Dans la région vosgienne du sud-est, notre avance était également heureuse et caractéristique.
S'appuyant sur le Donon et le col de Saales, le XXIe corps, sous les ordres du général Legrand, s'enfonçait dans la vallée de la Bruche.
La i3e division, commandée par le général Bourdériat, s'était établie près du Ban-de-Sapt à 8 kilomètres de Saint-Dié, pour soutenir la 43e opérant vers Wissembach. Dès le i3 août, elle longea les Vosges en se dirigeant vers le col de