LE DONON
copc Richard.)
Hanz où une attaque allemande s'était brisée. Le i3 au soir, notre 109e occupa Saulxures, à six kilomètres au nord de Saales.
Le lendemain, à six heures du matin, le 109e et le 21e, formant la 26e brigade sous les ordres du colonel Hamon, soutenus tous deux par une partie du 59e d'artillerie, furent envoyés contre l'ennemi fortifié sur la hauteur de Plaine et de Diesbach, entre Fouday et Saint-Biaise.
Rude entreprise! Les gros canons allemands mis en batterie sur les cimes de Belmont, après de mille mètres d'altitude, tiraient sur deux bataillons du 109e qui donnaient l'assaut. Près de Plaine, village aux environs dénudés, {'ennemi démasqua des mitrailleuses qui entrèrent en action. Cependant nos hommes, par des charges à la baïonnette, entreprirent de se dégager. Un bataillon du 21e vint les renforcer à gauche. A quatre heures, le colonel Hamon donna l'ordre de foncer sur le village. Nos 75 démolirent les maisons de' Plaine et de Diesbach. Des mitrailleuses allemandes étaient placées dans le clocher de Plaine. Il fallut les abattre. On n'y réussit qu'après six heures du soir. La hauteur fut enlevée. La 26e brigade coucha sur les positions si glorieusement conquises.
A Saint-Biaise se livrait un combat non moins dur. Ce village de a5o habitants. près de l'endroit où le Rainrupt se jette dans la Bruche, était occupé par deux régiments Au XVe corps allemand, le i32e et le 99e (si fameux depuis l'affaire de Saverne), quesoutenaientdeux batteries decampagneet unebatteriede gros obusiers: Ce fut notre Ier bataillon de chasseurs à pied qui marcha à l'assaut. L'ennemi s'était
creusé des abris sur le plateau qui domine tous les sentiers. Mais nos 7S bouleversèrent ses tranchées, abattirent les chevaux de ses canons et finirent par avoir raison de ses obusiers. A huit heures du soir, par une magnifique charge à la baïonnette, nos chasseurs s'emparèrent du plateau tout entier. Au tableau de notre butin figuraient, outre 526 hommes et 11 officiers, 90 chevaux, 6 mitrailleuses, 8 canons, 4 obusiers. Un général allemand blessé dans la journée fut trouvé mort dans une ferme.
La 3e compagnie de chasseurs prit le drapeau du i32a d'infanterie allemande. Voici à ce propos une conversation avec le sergent Foulfoin, décoré de la médaille militaire et de la croix de guerre :
— Comme je fais partie de la classe 1891, j'avais été affecté au Ier bataillon de chasseurs à pied à Senones. Quand la guerre éclata, j'étais sergent. Dès le début, mon bataillon eut une terrible besogne .Le 4 août, il repoussa une attaque furieuse. Parmi les prisonniers que nous venions de faire se trouvait un Alsacien, brave garçon au cœur français, qui me dit avec le plus fort accent de chez lui : « Savezvous où est le drapeau allemand? — Où donc, camarade? — Dans une ferme, derrière la colline en face de nous. » Tout de suite, je vais trouver mon commandant et je demande l'autorisation d'attaquer cette ferme. Accordé! Le lendemain i5 août, à 3 heures et demie du matin, par la plus jolie matinée du monde, je pars avec les hommes de ma section. Ils couraient derrière moi comme à la noce de leur sœur. A vrai dire, ce ne fut pas précisément une fête. Les Allemands résistèrent. Mais nous les avons délogés en enlevant leur drapeau et seize hommes par-dessus le marché. Le commandant, quand nous lui avons remis le drapeau, nous a dit : « C'est tout à fait bien, mes amis. » Notre Alsacien pleurait de joie.
Ce drapeau allemand a été présenté au Président de la République, puis
exposé au ministère de la Guerre, enfin déposé aux Invalides.
Il fut pris là-bas, à Saint-Biaise, 11 nous vient du pays natal Qui semble un parc à la française :
Grands pins, prés verts, eau de cristal.
Il Rouait, emblème funeste, Dans notre air si large et si doux.
Vaincu maintenant, il atteste Que nos Vosges sont bien à nous.
Son empereur a dû lui dire :
« Bientôt, tu seras à Paris. »
— Ne faisons pas mentir l'Empire,
S'est-il dit en se voyant pris.
Grenat pâle et croisé d'ivoire, 11 sent l'impérial décor.
Sa soie étale une aigle noire, Sa hampe arbore une aigle d'or.
Courage, hardis chasseurs d'aigles, La même ardeur nous réunit.
Bon début, chasse ouverte en règle:
Ne laissons pas vivre un seul nid.
DRAPEAU du 1 3a SA1NT-BLAISE PAK
' REGIMENT I) INFANTERIE ALLEMAND PRIS A LE Ie* BATAILLON DE CIIVSSEIRS A PIED.
tÇ)i4- LA GUERRE DU DROIt. 489
Les résultats de ces faits d'armes étaient fort beaux. L'ennemi avait fui jusqu'aux portes de Molsheim. Près de notre 25e brigade qui occupait le Donon, notre 26e brigade s'établissait dans la vallée de la Bruche, récoltant en vingt-quatre heures plus de mille prisonniers. Elle lança sa cavalerie vers Urmatt, jusqu'à Lutzelhouse, dernier village de la vallée de la Bruche qui soit de langue française. Schirmeck, Russ, Hirzbach, communes si laborieuses, si industrielles, si pittoresques, tombaient entre nos mains.
Le 18, l'ordre vint de marcher sur Urmatt en occupant Visches. Le 109e entra sans coup férir dans ce village de Visches d'où part la route du Petit-Donon .
Le plan de l'ennemi ne comportait aucune résistance sérieuse de ce côté. Mais, solidement organisé sur les sommets de la rive droite de la Bruche, disposant de cinq régiments transportés en hâte vers Miihlbach, appuyé par l'artillerie lourde des forts de Mutzig, il maîtrisa les efforts de notre 17e régiment d'infanterie entre le Schwarzbach et le village de Grendelbruch. En vain le 21e se porta au secours du 17e qui battait en retraite. Nous passâmes la nuit à Hirzbach.
Vers Sainte-Marie-aux-Mines
Pour appuyer l'avance de notre XXIe corps, le XIVe avait reçu l'ordre de marcher vers Sainte-Marie-aux-Mines : il s'en empara le 16 et y fit son entrée le même jour.
La délicieuse ville de 1 2 ooohabitants, bâtie surles deux rives de laLiepvrette, au milieu de montagnes couronnées de forêts ou tapissées de prairies, se composait jadis de deux cités distinctes. Sainte-Marie de Lorraine, sur la rive gauche, appartenait aux ducs de Lorraine, Sainte-Marie d'Alsace, sur la rive droite, appartenait aux sires de Ribeaupierre. Au xvr5 siècle, la ville connut la richesse, grâce à ses mines d'argent, de cuivre, de cobalt, d'arsenic. Elle la connut encore au xviue et au xixe siècle, grâce à ses filatures et à ses tissages. Faut-il ajouter que l'ancienne Sainte-Marie de Lorraine et l'ancienne Sainte- Marie d'Alsace restent également dévouées à la France ?
L'Allemagne avait imposé à Sainte-Marieaux-Mines un maire de carrière, fonctionnaire pangermaniste qui fut immédiatement conduit à Saint-Dié.
Nos troupes s'emparèrent ensuite de Sainte-Croix-aux-Mines (3 5oo habitants), où elles recueillirent de l'artillerie lourde allemande. Mais, le 18, des forces bavaroises et badoises arrachèrent à notre avant-garde le village de Ville, clef de la vallée qui porte son nom.
Le Haut Commandement français déclarait, le 18 août 1914 :
« Les pertes de l'ennemi en Alsace-Lorraine ont été plus élevées qu'on ne l'avait cru d'abord. On s'en rend compte tant par les cadavres retrouvés que par le témoignage des prisonniers. Nous avons, sur la ligne fron-
GÉNÉRAL DE CASTELLI. (Photo Waléry )
tière de Chainbrey à Belfort, gagné une distance qui varie de 10 à 20 -kilomètres ». Pour être moins étendus, nos progrès dans les Vosges n'étaient pas moins importants qu'en Lorraine. Nous tenions le Donon et la ligne qui va de Sarrebourg à Schirmeck par Abreschwiller. Ces opérations favorisaient la marche du général Pau vers Mulhouse.
Le 1 8, au soir, là situation se déterminait ainsi :
A gauche, notre VIIIe corps (général de Castelli) allait arriver à Sarrebourg. Le XI IIe corps (général Alix) marchait vers Hermelange et Plaine de Walsch (Hochwalsch), en laissant une brigade en réserve.
Le XXIe corps (général Legrand), après a-voir passé le Donon, se massait vers
Abreschwiller et Saint-Quiriji- Il avait laissé en réserve la 1 3e division, mais il était renforcé par la brigade mixte coloniale.
Sur le Donon et dans la vallée de la Bruche, la 1 3e division se rattachait au XIVe corps (général Pouradier Dutheil). Manœuvrant vers Saint-Biaise, le XIV* corps devait opérer sa liaison avec l'armée du général Pau.
Tout en se repliant, l'ennemi guettait le moment de reprendre l'offensive et de crier : « C'est mon heure! » (Nun gilt es). Il savait la force de ses positions de Delme, de Morhange. de Sarrebourg.
Voulant à tout prix maintenir intactes ses communications entre Metz et Strasbourg par Saverne, il concentra ses forces sur les points les plus faciles à défendre.
Dès le 18 août, le XIVe et le XVe corps allemands, arrivés en hâte de Haute-Alsace, se massaient vers Lixheim, Arschwiller, Dabo, Oberstinzel, Hommert, pour barrer la route à notre Première armée. Cette armée, si violemment attaquée de front, était donc aussi en danger sur son flanc droit.
Le 19, vers une heure du matin, le général Dubail achève l'examen des renseignements fournis par les prisonniers, par les avions, par la cavalerie, par les dépèches de la Seconde armée et par les télégrammes du Grand Quartier général. Sa résolution est prise. Il continuera à marchervers le nord, suivantles ordres reçus, mais en se couvrant et en ripostant vers l'est.
A sa gauche, la Seconde armée va également attaquer au point du jour. Elle est séparée de la sienne par la région des Étangs. Mais si l'une et l'autre dépassent cette région, arrivent à Sarralbe et reprennent contact, elles pourront foncer.
GENERAL POT'PADIFP DI1TIIE1L.
(Pholo Valéry.)
Seconde offensive en Alsace
Nous étions entrés à Mulhouse le 8 août, et nous en étions repartis le 9. Nous y revînmes le 18 du même mois. Mais, dès le 9, l'ennemi avait chassé de l'Alsace du Sud la plupart des Alsaciens qu'il jugeait trop favorables à la France et appelé sur ce tragique coin de terre tous les fils d'immigrés dont il disposait.
La seconde offensive en Alsace fut confiée au général Pau.
Dans la région de Belfort, on avait groupé une partie des contingents africains, particulièrement des tirailleurs indigènes, tous débarqués en Fçance sans avoir été inquiétés en leur traversée. Dans cette même région, les troupes de la première offensive avaient pu reprendre haleine et se refaire. Au VIIe corps se joignirent la 44e division d'infanterie, le ier groupe des divisions de réserve et la 8e division de cavalerie prélevée sur l'armée de Dubail. Gomme artillerie lourde, nous ne possé dions que deux batteries de 1 55 court, empruntées au camp retranché de Belfort. C'était trop peu pour réduire au silence les batteries de io5 long portant à plus
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