‹ 1914 (volume 2)Chapitre 34 sur 161 · UN COIN DU VIEUX THANN KECONQU1S · texte numérisé non relu

UN COIN DU VIEUX THANN KECONQU1S

[Photo Section photographique de l'armée.)

de neuf kilomètres, postées àlstein, à Chalampé (Eichwald), à Neuf-Br>sach,et qui avaient pour mission de nous interdire l'approche du Rhin.

Certes, nos 75 avaient prouvé, en toute occasion, leur éclatante supériorité. Mais les obusiers allemands, bien cachés dans les ravins et souvent impossibles à découvrir, produisaient, sinon toujours un grand effet matériel, du mpins un effet moral dont nos chefs devaient tenir compte.

Le général Pau recueillit toutes les indications utiles, d'où qu'elles vinssent. Pour arrêter ses plans d'opérations, il supposait la résistance la plus vive et la plus tenace de la part de l'ennemi. Il assura partout notre ravitaillement. La population de Belfort, qui assistait à ces préparatifs, était pleine de confiance et se disait : « Jamais chef n'eut son armée mieux en main ».

En face de lui, le général von Deimling, commandant du XVe corps, établissait son état-major à Thann.

Aucune précaution n'avait été prise par le gouvernement allemand- contre la famine. Plus de lait, plus de farine, plus de sel. Au cours de notre avance, le général Pau fit distribuer des provisions dans les villes et dans les villages

« Combien nous sommes heureux, disaient les Alsaciens, de partager avec la France le pain et le sel ! Voilà notre vrai foyer qui se rouvre. »

Les blessés allemands parlaient avec épouvante d'un certain général Pao, si habile et si redoutable.

— Le général Pao} répondaient en souriant les Alsaciens. Quoi ! Déjà un guerrier d'Extrême-Orient serait arrivé chez nous pour combattre l'Allemagne?

C'était le général Pau que voulaient dire ces Allemands. Ils prononçaient mal son nom, mais ils connaissaient bien son mérite.

Belle figure de soldat, moustache blanche, visage régulier respirant l'énergie, la droiture et la bonté, il fixe sur vous ses yeux très clairs et très vifs sous des sourcils en broussailles, puis vous serre la main de sa seule main valide. Comme pour vous demander pardon de ne vous offrir que la gauche, son bras droit mutilé presse doucement le dos de votre main droite. Le général Pau a servi la France avec un dévouement et une habileté irréprochables, à la tribune de la Chambre et du Sénat aussi bien qu'à la tète du XXe corps. Commissaire du gouvernement, il contribua au vote de la loi de trois ans. Atteint par la limite d'âge en 191 3, il reprenait du service dès le début de la guerre.

En Alsace, il était chez lui. Il avait combattu à Frœschwiller, le 6 août 1 87 1 , et laissé sa main droite sur le champ de bataille.

Deux mois avant la Guerre du Droit, dans les bureaux de la Ligue française dont il est président d'honneur, il nous parlait longuement de sa mère, morte récemment à plus de quatre-vingt-dix ans; de sa sœur Marie-Edmée, une noble artiste à la mémoire de qui nous avons consacré notre livre Che^ Jeanne d'Arc, et de cette Alsace, c\bjet de toutes nos préoccupations. Tout à coup, il s'écria :

— Vous pensez donc que c'est pour cette année?

— Pour cette année la guerre, et pour toujours la libération.

Le i3 août, en prenant le commandement de son armée d'Alsace, il déclara :

— Le triompheest certain. Maisil faut qu'on le sache, la route sera longue, rude, coûteuse. Refusonsnous lés joiestrop promptes et sachons que la sérénité, l'endurance, le sangiroid dans l'épreuve, seront nos plus indispensables vertus. Le reste va de soi, c'est-à-dire l'ardeur au combat et le mépris de la mort.

Le plan qui lui était tracé se résume ainsi : marcher vers Colmar et Schlestadt, pour favoriserl'avancede laPremière et de la Seconde armées:

mettre Belfort et la Bourgogne à l'abri de toute surprise; masquer Neuf-Brisach et faire nettoyer l'Alsace par la réserve; enfin, s'avancer vers Strasbourg.

dannemarie. La première offensive en Alsace

le drapeau fbançais a la mairie avaitété une brillante reconnaissance.

(Photo Polak.j

nar et

Général PAU

La seconde devait être un effort décisif. Notre front, qui avait été trop étendu, se trouvait sagement réduit.

La ville de Thann fut reprise le 14 au soir. Le maire et le receveur des postes, deux agents de l'Allemagne, étaient fusillés.

Au même moment, nos chasseurs, partis de la Schlucht, se précipitaient sur Munster et sur Guebwiller où ils entraient le i5 août.

Les troupes de Belfort avaient marché sur Dannemarie. Notre droite s'appuyait au canal du Rhône au Rhin. Pour premier objectif, nous nous proposions les

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