‹ 1914 (volume 2)Chapitre 35 sur 161 · DANNEMARIE. — RUE PRINCIPALE · texte numérisé non relu

DANNEMARIE. — RUE PRINCIPALE

(Photo Polak.l

forcesallemandes établies à l'ouest de Mulhouse. L'ennemi demeurait libre de s'engager entre notre droite et la frontière suisse.

L'élan méthodique de nos soldats, enlevant Dannemarie et ThanD, parut du meilleur augure. En sa fureur, l'ennemi essayait d'anéantir Dannemarie. La plus grande partie delà ville brûla.

Dans certains villages, nous trouvions les maisons incendiées, les rues encombrées par les cadavres des habitants. Des prisonniers français étaient achevés à la baïonnette et jetés dans le canal. D'autres prisonniers français, qui avaient servi à l'ennemi de boucliers, gisaient percés de nos balles. Au village de Magny, canton de Dannemarie, on vit un enfant de sept ans fusillé. A vrai dire, cette exécution se justifiaitpour les Allemands : l'enfant les avait mis en joue avec un fusil de bois.

Nos turcos et nos spahis étaient acclamés. A leur approche, les Allemands abandonnaient leurs blessés et leurs approvisionnements, projectiles, fourrages, vivres.

Le 16, nous tenions fortement la ligne qui va de Thann à Dannemarie par Cernay. Avance bien calculée et bien consolidée. Il nous avait fallu près de six jours pleins pour parcourir l'espace que, dans la première offensive, nous avions franchi en quarante-huit heures.

Pour attaquer Mulhouse, le général Pau déploya largement les ailes de son armée : la gauche s'éleva au nord vers Colmar, la droite s'allongea sur Altkirch. La retraite allemande devait être coupée.

Le 1 52e avait occupé Munster. Nos avant-gardes étaient arrivées en vue de Colmar. On se battait à Ingersheim et à Logelbach.

LA GUERRli DU DROIT.

Le général Pau était résolu à n'attaquer qu'avec précaution les positions puissamment fortifiées de l'ennemi. Se retranchant lui-même sur les hauteurs des Vosges, il attendait que le moment vint d'une offensive nouvelle pour son aile gauche.

Le 18, les autorités allemandes de Mulhouse avaient pris le chemin du Rhin. Le bruit se répandit que les Français revenaient. Vingt mille personnes massées sur la place du Marché-Neuf virent neuf chasseurs à pied commandés par un officier s'avancer par le faubourg de Bàle. Ces dix braves venaient de passer près d'une armée allemande de 3o oon hommes, dissimulée à deux kilomètres de la ville. Ils

'Champagne, éditeur.!

traversèrent la place du nouveau quartier par la rue d'Altkirch et s'éloignèrent, salués d'un immense cri : « Vive la France! »

Les forces allemandes se concentraient autour de la forteresse d'Istein qui commande le Rhin devant Bàle. Le pont de bateaux d'Huningue fut rompu. Des tranchées entouraient les villages. Une partie de la forêt de la Hart était abattue. Pendant toute la nuit, des projecteurs promenaient leurs faisceaux lumineux sur tous les sentiers. Les hauteurs à l'est de Mulhouse, sur l'Ill, étaient occupées par le 109e, le 1 12e, le 1 14e et le 142e régiments de landvvehr, soutenus par de l'artillerie et de la cavalerie.

Des repforts ennemis arrivaient dans les villages de Pfastatt, de Lutterbach, de Richwiller, de Ivingersheim, d'Illzach, de Zimmershein, de Brunstatt.

Pendant la nuit du 18 au 10, un millier de Badois étaient entrés à Dornach, faubourg industriel de Mulhouse, en forçant les aubergistes, les boulangers, les épiciers a leur donner à souper. A six heures du matin, un coup de fusil. « Les civils ont tiré! » Des soldats entièrement ivres se ruèrent sur les habitants. Un sujet suisse, M. Hénin, qui tenait son enfant dans les bras, fut tué à bout portant. On le retrouva, tète fracassée, sa femme évanouie près de lui, et le petit enfant jouant avec la montre de son père

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Un coup de canon ! Notre artillerie, postée sur la hauteur de Niedermorschwiller, engageait l'action.

Des forces allemandes, accourues en toute hâte de Lutterbach, s'établirent à xMulhouse, derrière la gare. Deux bataillons reçurent l'ordre de marcher vers Niedermorschwiller. Alors, nos 75 eurent leur succès accoutumé. Les canons allemands,

en batterie sur la côte du Hasemain, répondirent si maladroitement que nos artilleurs cessèrent de s'abriter.

La bataille s'étendit du nord au sud, de Cernuy à Tagsdoiff, où elle fut extrêmement acharnée.

La lutte n'était pas moins violente près de Hochstatt où nous perdions deux cents hommes, et près de Richwiller où l'ennemi se barricadait.

A Dornach, nos soldats du 35e gagnèrent du terrain, à force d'audace et de ténacité. Les sapeurs du 4e génie les appuyaient, en élevant une barrière avec des matériaux de construction et des fûts de bière vides trouvés par centaines à la gare. L'ennemi avait pour points d'appui les villas, les murs des jardins, les barrières, les cloisons auxquelles se reliaient des fils de fer où passait un courant électrique. En vain, il reçut des renforts. En vain, unede ses ambulances, placée surleGeisbuhl, ouvrit le feu sur nos troupes La hauteur fut escaladée par une de nos compagnies et l'ambulance scélérate mise hors d'état de nuire. Dans ce fait d'armes, le digne commandantde la compagnie, le capitaine de Puchet, mourait glorieusement.

En chaque maison de Dornach, transformée en fortin, cinquante Allemands avaient l'ordre de se faire tuer sur place plutôt que de se rendre. Notre artillerie pouvait tout détruire. Mais nos soldats serraient l'ennemi de si près que nos canons, de peur de les atteindre, suspendirent leur feu. Par bonheur, nos soldats réussirent à traîner à force de bras, dans Dornach, non seulement des mitrailleuses mais un 75. Des lors, les maisons, bombardées presque à bout portant, durent capituler.

Vers deux heures, la bataille était gagnée sur tous les points. Nous avions enlevé à la baïonnette 24 canons. Notre 42e en avait pour sa part pris six au XIVe corps allemand. Trois batteries étaient capturées à Brunstatt. Le colonel Nivelle, qui commandait le 5e d'artillerie, montra là un admirable esprit d'initiative. Voici la citation qui le concerne : « Chef de la plus haute valeur militaire. A participé le 19 août, avec deux groupes, à l'attaque d'un village, puis d'une division Un groupe entier d'artillerie allemande sur lequel il a tiré fut trouvé le surlendemain 21 août, au matin, abandonné sur le champ de bataille ». Ajoutons que ce chef admirable allait être bientôt nommé général.

Au tableau s'ajoutaient 3 3oo prisonniers et une grande quantité de caissons, de fourgons, de chevaux.

Près de Niedermorschwiller, une division allemande de réserve s'était heurtée, sur la route nationale, à une division française. Elle fut débordée et dut abandonner une batterie. A Flaxlanden, comme à Brunstatt, comme à

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