DORNACH, FAUBOURG DE MULHOUSE
maison ouvrière bombardée et INCENDIÉE. Tagsdorfl, notre artil-
lerie avait multiplié ses ravages dans les rangs ennemis. En retraite, les Allemands marchèrent toute la nuit, pour se réfugier sous les gros canons d'Istein qui battaient nos lignes. Au petit jour, on voyait ça et là des groupes qui erraient sans chef, sans direction, sans courage.
L'ennemi avoua, pour cette journée, des pertes importantes. Par exemple, tous les officiers du 40e régiment badois avaient été tués, à l'exception de sept.
Notre entrée à Mulhouse, la seconde en dix jours, se fit le [9, à trois heures de l'après-midi. Le 35e défila par le faubourg de Colmnr. Pour trophée, il avait la capture de six cents soldats allemands et d'un colonel, surpris pendant qu'ils tentaient de fuir dans la direction de Rixheim.
Dans la grande rue de Mulhouse où l'assaut avait été donné à la baïonnette, les morts s'entassaient parmi des tas de cartouches et de sacs abandonnés.
Les religieux arrêtés le 10 août par les Allemands furent remis en liberté. Les Allemands les avaient épargnés, en reconnaissant parmi eux des compatriotes.
La Place d'armes de Belfort reçut en hommage, le 20 août, une première batterie allemande, avec les caissons pleins d'obus; puis le lendemain, 18 autres canons, 563 soldats et sous-officiers, i5 officiers. Un nouveau convoi à peu près semblable lui arriva encore le jour suivant En face du monument Quand même, qui représente l'Alsace saisissant le fusil d'un soldat blessé à mort, le général Pau remit la croix de la Légion d'honneur à l'aviateur Langlois, blessé au cours d'une reconnaissance aérienne, et l'arma chevalier avec un sabre pris à un officier allemand.
Mulhouse était en fête. La victoire de Dornach se célébra par des chants et des danses, jusqu'à l'heure de laretraite au camp. Chez tous les Allemands d'Alsace se propageait la panique. Dès qu'ils avaient vu revenir leurs troupes battues à Dornach, bousculées près de Colmaret chassées du Bonhomme, magistrats, fonctionnaires, employés avaient perdu la tête comme à l'envi. Des trains précipitamment formés emmenèrent les fuyards vers Fribourg-en- Brisgau. Le maire allemanddeColmar qui avait remplacé notre ami, M. Blumenthal, cédait la place sans demander son reste. La Haute-Alsace se purgeait des hôtes indésirables qui avaient rêvé de s'y fixer pour toujours. Les principaux serviteurs de Guillaume II, aussi braves que leur maître, s'éparpillaient comme une bande de corbeaux quand on arme un fusil. Seul, le sous-préfet de Guebwiller ne quitta pas le pays. Demeura-t-il donc à son poste ? Pas tout à fait. Il se transporta non loin de là, à Rouffach, eteomme il avait conservé plus de lucidité d'esprit que les autres, il eut l'idée ingénieuse de se faire interner officiellement à l'hospice des aliénés. On l'y reconnut; mais, considérant que la peur est une sorte de folie, on l'y laissa. Scène de vaudeville glissée par l'ennemi en plein drame.
Le 20 août, à six heures du matin, un drapeau français flottait sur l'hôtel de ville de Mulhouse. C'était celui que Mulhouse avait arboré en ijqS, sur ce même -oit, le jour où, ville libre, elle s'était donnée librement à la République française.