ARMEE BRITANNIQUE
LES HIGHLANDEBS.
rd KITCHENER
Comme le général Joffre, lord Kitchener était surnommé le Taciturne. Quand on lui demandait son avis sur un point de politique, il répondait: « Je suis un soldat ». Quand on l'interrogeait sur les nouvelles du jour, il répondait: « Excusezmoi, je n'ai pas encore eu le temps de lire le journal. » Son âge était à peu près le même que celui du général Joffre, soixante-trois ans. Il avait fait ses premières armes en 1870, au servicede notrepays, ayant contracté un engagement dans l'armée française aussitôt que les troupes allemandes avaient envahi la France. A la bataille du Mans, il combattait au côté du général Chanzy. Rappeléen Angleterre et reprenant ses études, il fut questionné par le duc de Cambridge :
— Qu'alliez-vous faire là-bas?
DÉBVRQIEMENT DES TROUPES ANGLAISES DANS UN PORT FRANÇAIS. (Photo Branger.)
— M'instruire.
Voici ses notes du dernier trimestre à Woohvich : « Bon élève. Intelligence prompte et pénétrante. Peut faire un diplomate aussi bien qu'un soldat. Mais sportsman médiocre et mauvais gymnaste. Caractère fermé ». ,
En 1882, il fut nommé major de cavalerie et, en 1884, fit lacampagned'Égypte. Il voulut étudier de près les indigènes. Ce taciturne apprit leur langue et chemina en vagabond à travers tout le pays. Pour combattre le Mahdi, il se déguisa en marchand de poteries arabes, il alla jusqu'à Omdurman. A l'entrée de cette ville, il assista au supplice raffiné d'un Européen accusé d'espionnage.
— Bon, se dit-il. Voilà une leçon. Je ne crains pas la mort. Mais une mort pareille n'est pas de mon goût.
Depuis lors, il porta sur lui un menu flacon de cyanure de potassium.
Dans le camp anglais étaient enfermés sous une tente deux espions arabes qui se prétendaient sourds-muets. Impossible de tirer d'eux, même un regard. Tout à coup, on leur donna pour compagnon un troisième Arabe, accusé lui aussi d'espionnage. Les trois hommes demeurèrent ensemble plusieurs jours. Peu à peu, ils retrouvèrent leurs oreilles et leur langue. A la fin, le troisième Arabe alla faire son rapport à l'état-major anglais. C'était lord Kitchener.
A tant d'obstination, d'habileté et de courage, lord Kitchener joignait cette suprême vertu : la justice. Parla, malgré sa sévérité, il séduisit le cœur de l'Egypte. De lui, les Égyptiens les plus rebelles et les plus ignorants disaient, quand ils étaient à bout : « Reste le Lord. 11 nous jugera ».
Dans sa maison, près de Canterbury, il avait réuni les plus précieux souvenirs de sa vie d'aventures : orfèvrerie, soierie, broderie, céramique. Mais la chambre qu'il y habitait n'avait comme meubles qu'une table de sapin, trois chaises de chêne et un lit de fer.
En cette haute et laborieuse vie de soldat, une seule douceur, un seul divertissement, une seule passion : les fleurs. Son jardin et sa serre contenaient des merveilles qu'en temps de paix il cultivait de ses mains. Les fleurs dont il était le plus fier étaient les général anglais robertson. plus simples : fleurs des prés, des champs et
(Photo Eiiiot et Fry.) jes DOjs qu'il réussissait à faire fleurir chez, lui, presque en toute saison. Le grand art du jardinier consistait, suivant lui, à « apprivoiser des fleurs ». Parfois, avouait-il, c'est aussi difficile que d'apprivoiser des mésanges ou des hirondelles.
Appelé outre-Manche par la société franco-écossaise desconférences, nous avons eu le plaisir d'offrir à ce soldat amateur de fleurs simples, des bleuets, des marguerites et des coquelicots, nés en liberté dans l'Alsace redevenue pour toujours française.
Ce fut le 5 août que le gouvernement britannique mobilisa toutes les troupes métropolitaines. Il donna ordre à deux divisions et à une brigade de cavalerie de l'armée des Indes de se tenir prêtes à partir vers Londres. On attendait en outre 12 000 hommes du Canada, 21 000 de l'Australie, 6 000 de la Nouvelle- Zélande.
En France et en Belgique, le débarquement des troupes britanniques commença le 7 août, à Boulogne, au Havre, à Calais, à Dunkerque, à Ostende. Après avoir remercié la France de l'accueil enthousiaste fait aux troupes britanniques, le Times ajouta :
« Quand bien même tous nos alliés seraient écrasés, nous continuerions la guerre jusqu'à ce que l'ennemi eût relâché son étreinte. Comme la Russie est également bien préparée à une longue campagne, les échecs, qui ne sont pas à prévoir, mais quele sort de la guerre peut réserver à tous, ne devront pas ébranler la résolution delà Russie