‹ 1914 (volume 2)Chapitre 55 sur 161 · I.A GOKKRK t>U DROIT · texte numérisé non relu

I.A GOKKRK t>U DROIT

Pour éviter le canon namurois, une partie de la Garde impériale devait traverser la Meuse à Andenne. Un beau pont, jeté par-dessus la rivière et le chemin de fer, relie la ville, bâtie sur la rive droite, à un dç ses faubourgs, Seilles, où se trouve la gare. Cette laborieuse cité, enrichie par ses fabriques de faïence et de papier, illustrée par la chasse de Sainte-Berge et la table de marbre de la Sainte, comptait 7 5oo habitants.

Un régiment d'infanterie belge, le 8e, chargé de surveiller la Meuse, fit sauter le pont avant de se retirer vers Namur. L'ennemi entreprit la construction d'un pont de bateaux, tout en guettant une occasion de se venger. Le 20, dans l'aprèsmidi, des coups de fusil partirent de la rive gauche où demeuraient encore quelques soldats belges. L'occasion était trouvée. Les officiers allemands affirmèrent que les habitants avaient lancé une grêle de grenades et de bombes. Sur leur ordre, une mitrailleuse faucha les habitants, un canon bombarda la ville, des soldats pillèrent les maisons, vidèrent les caves, fusillèrent des femmes et des enfants, mutilèrent des hommes à coups de hache. Le sac de la ville dura neuf jours. Trois cents maisons furent incendiées, plus de trois cents personnes assassinées. Le général en chef, von Btilow, n'hésita pas à déclarer : « C'est par ma volonté que toute la localité a été livrée aux flammes ».

Les Belges, quelques mois plus tard, eurent l'explication de ces atrocités systématiques. Ils lurent dans une proclamation du maréchal von der Goltz : « Les localités les plus rapprochées de l'endroit où ont été détruits des ponts, des voies ferrées, des lignes télégraphiques ou téléphoniques (que ces populations soient complices ou non), seront punies sans miséricorde. A cette fin, des otages seront emmenés de toutes les localités voisines des voies ferrées et, à la première tentative de destruction, ils seront immédiatement fusillés ».

Aux atrocités d'Andenne succédèrent les atrocités de Tamin. La petite ville de Tamin, à 20 kilomètres de Namur et à 14 de Charleroi, compte 2 5oo habitants. Le 22, les Allemands y rencontrèrent une de nos avant-gardes. Pour échapper aux balles françaises, dans une prairie au nord de la Sambre, sur la route de Velaines,

ils se firent un bouclier avec des vieillards, des femmes et des enfants : 800 êtres humains. Les Français, d'instinct, avaient cessé de tirer. Derrière ce bouclier vivant, les Allemands défilèrent, passèrent le pont et se portèrent en masse sur l'autre rive. Il lai lut bien que les Français se défendissent. Malgré toutes leurs précautions, huit civils furent blessés ou tués. Irrités d'avoir eu à combattre en dépit de leur triomphale invention, lesAllemandsmirent lefeuauxmaisons, rassemblèrent les habitant:- dans l'église, en expulsèrent les hommes, les (usinèrent en masse, donnèrent à ceux qui s'étaient laissés tomberl'ordre de se relever, puis, aprèsunenouvelledécharge, achevèrent les blessés à coups de crosse 1460 victimes. Tandis que la Première Armée hâtait sa marche enveloppante, la Seconde Armée évoluait le long de la Sambre, en s'appuyantsur la Troisième. Toutesles précautions étaientprises pour que Namur cernée tombât au plus vite. Namur, c'était l'obstacle.

La Troisième Armée, dont beaucoup de régiments étaient saxons, se composait du XIr, du XII*, du XIXe corps, du XIIe corps de réserve et de la cavalerie de la Garde à la disposition de laquelle avaient été mises des formations de mitrailleuses. Le général en chef était von Hausen, ancien ministre de la Guerre de Saxe.

L'ennemi s'efforça de prendre à revers nos troupes, en se glissant entre Namur et Rocroi. Il y avait là un espace de 70 kilomètres assez mal gardé, par suite du mouvement qu'avait fait notre Cinquième Armée ^général de Lanrezac) pour aller à la défense de la Belgique.

Autour de Namur, les forces allemandes s'accumulaient particulièrement vers Ramillies-Oftus et vers Faulx où arrivaient de gros obusiers. Dès le 20 août, des troupes de ligne, soutenues par les cavaliers à pied et des mitrailleuses, rejetèrent vers la forteresse les grand'gardes établis vers l'Est. Les batteries ennemies ouvrirent le feu contre les forts de Maizeret, d'Andoy et de Dave. Le 21, vers six heures du Koir, l'ennemi dirigea le feu de toutes ses batteries sur les avant-postes français établis aux tètes de pont au-dessus de Namur.

La Quatrième Armée allemande était commandée par le duc Albert de Wurtemberg qui avait sous ses ordres le VI0, le VIII", le XVIIIe corps, le VIIIe corps de réserve et une division de cavalerie. Le VIe corps 'général von Pritzelwitz). quittera l'armée du duc de Wurtemberg, le 3o août, pour l'armée du kronprinz, et sera remplace par le XVIIIe corps de îéserve.

Cousin du roi de Wurtemberg qui n'a pas d'héritier direct, Albert de Wurtemberg avait le titre de prince royale. Sa grand'mère était Marie d'Orléans, la fille de Louis- Philippe, femme-sculpteur qui a laissé une célèbre statue de Jeanne d'Arc.

Cette Quatrième Armée, dont un des corps, le VIIIe, avait envahi le Luxembourg, s'enfonça dans la région escarpée de l'Andenne belge et la rendit inexpugnable par des abatis d'arbres, des réseaux de fils de fer, des tranchées. Son quartier général était à Echtcrnach. petite ville connue par l'étrange procession dansante de Saint-Vrllibroth, le mardi de la Pentecôte.

On sait que la Cinquième Armée allemande s'était massée au sud du Luxembourg, particulièrement vers Esch-sur-l'Alzette et vers Putange. Le kronprinz qui la commandait avait sous ses ordres le Ve et le XVIe corps, le XIIIe corps wurtembergeois, le Ve et le VIe corps de réserve, la 33e division de reserve, une division' de cavalerie et, à partir du 3o août, le VIe corps. C'est au prince héritier de l'empire allemand qu'était réservé l'honneur de frapper le grand coup en France, c'est-à-dire de prendre Verdun.

Le XVIe corps en garnison à Metz', considéré comme le mieux entraîné de toute l'armée allemande, s'était porté rapidement vers Audun-lc-Roman. Dans la direction du nord, l'armée du kronprinz se développait jusqu'à Arlon. D'autre part, la 33e division allait se relier à la Sixième Armée allemande.'

On sait aussi que la Sixième Armée était commandée par le prince héritier Ruprecht de Bavière qui avait sous ses ordres le Ier, le IIe et le 111e corps bavarois. ainsi que le Ier corps de réserve bavarois.

On sait enfin que la Septième Armée allemande était établie à l'est, en Alsace et dans les Vosges. Le général von Heeringen qui la commandait avait sous ses ordres le XIVe et le XVIe corps le XIVe et le XVe corps de réserve et plusieurs brigades de landwehr.

L'état-major allemand avait calculé avec soin l'espace que devait occuper chaque corps d'armée en marche. En 1870, d'après l'évaluation faite par Moltke, cet espace, sur une seule route, devait être de plus de 27 kilomètres: exactement 22870 mètres pour le corps d'armée proprement dit, et 437? mètres pour le convoi administratif.

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En 1914, il fut de 49 kilomètres : exactement, 25 000 mètres pour le corps d'armée y compris son train de combat, et 2 tooo mètres pour les trains régimentaires, les sections de munitions, les convois administratifs. L'allongement des colonnes avait pour cause principale le nombre des pièces d'artillerie, surtout des grosses pièces, et le développement inouï des services techniques: projecteurs, aviation, téléphones (une centaine par corps d'armée).

« Si l'occupation de notre pays par les Allemands était préparée! s'écrient nos amis de Belgique. Voulez-vous une preuve saisissante de la préméditation la plus minutieuse? Dans le bois de la Cambre, lequel est pour Bruxelles ce que pour Paris est le bois de Boulogne, toutes les fontaines d'eau potable portaient

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l'étiquette Trtnkivasser. Les espions allemands qui pullulaient chez nous avaient prévu jusqu'aux moindres détails. » Une seule chose, comme il sied, leur avait échappé : l'âme du pays.

Les Allemands avaient jalonné tous les sentiers, calibré tous les wagons, sondé tout le sol, exploré toutes les usines et tous les ateliers, scruté tous les puits et tous les passages de mines afin de pouvoir, à l'occasion, manœuvrer sous terre.

Après Bruxelles occupée et rançonnée, voici Charleroi attaqué à cinq reprises, bombardé, incendié. Voilà Marchiennes, Monceau, Andcrlues, Chàtelet, Chàtelineau, Fontaine-l'Évêque en cendres.

Le ministre de la Guerre belge déclarait :

— Notre plan de défense a prévu tout ce qui s'est produit. Nous n'avons pas dit notre dernier mot. Les Allemands occupent Bruxelles, Alost et Diest. Qui s'attendait à nous voir défendre des villes ouvertes? C'est pour cette raison que la famille royale a gagné Anvers. La France et l'Angleterre apportent à la Belgique tous les secours moraux et matériels. Elles lui avancent l'argent nécessaire pour payer l'inique contribution allemande.

Le gouvernement français ajoutait :

— L'entrée des Allemands est pour les Belles une épreuve douloureuse. La France tient à affirmer que les souffrances de la Belgique sont aussi les siennes. Du jour où le sang belge a été versé pour s'opposer au passage de l'ennemi, les causes des deux pays se sont indissolublement liées. La retraite de l'armée belge sous le canon d'Anvers est une opération prévue qui ne porte aucune atteinte à sa valeur ni à son incontestable puissance. Lorsque le moment sera venu, l'armée belge se trouvera aux côtés de l'armée française, à laquelle les circonstances l'ont fraternellement unie.

Les Allemands avaient envahi la Belgique avec une méthode qui révélait leur

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