LA DOUMA
nom russe de la bataille de la Moskowa où les Allemands affirment que Napoléon a été vaincu. Pourquoi Arcis? Parce que c'est le nom d'une bataille où, en 1814, les Autrichiens l'emportèrent sur nous : ils étaient d'ailleurs 100.000 contre 28. 000. Pourquoi Paris ? Parce que les Allemands prétendent fêter éternellement leurs entrées à Paris en 18 14, en 181 5, en 187 1.
Jusqu'au débutde la guerre, la principale Académie de Saint-Pétersbourg, celle des Sciences, resta germanophile. Ses comptes-rendus officiels étaient publiés en langue allemande. Le journal de langue allemande à Saint-Pétersbourg, organe de l'ambassade allemande, avait le privilège exceptionnel des annonces officielles. Il continua à paraître jusqu'au 12 février igr5. Pendant toutes les péripéties delalutte entre Russes et Allemands qui remplirent les six premiers mois de la guerre, il fit l'éloge de la politique allemande et s'efforça de briser le mouvement patriotique de la Russie. Dans un mouvement d'indignation contre la duplicité delà diplomatie allemande et les crimes des chefs allemands, le Tzar, par un décret, changea le nom
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(Photo Berthelomitr
germanique de sa capitale mais à Pétrograd comme à Pétersbourg, le journal au service de l'Allemagne continuait à s'étaler.
L'ambassadeur d'Allemagne à Pétersbourg avait possédé sur la presse russe un véritable droit de censure. A la moindre de ses plaintes, tout journal était averti ou puni. Les Allemands, en Russie, étaient considérés comme des citoyens de première classe.
Un coup d'ceil jeté sur un annuaire russe en dit plus que les plus longs commentaires. A côté du général von Rennenkampf, voici Adlerberg, gouverneur de Pétersbourg; von Bekker. lieutenant général ; von Wahl, général de cavalerie; von Kaufmann, grand-maître des cérémonies ; von Pilchau, sous-secrétaire d'Etat, etc. Au Saint-Synode lui-même, c'est à-dire dans la plus orthodoxe des institutions, voilà force noms allemands. Les Allemands s'étaient glissés dans la gendarmerie et ^dans la police : von Medem, lieutenant général, von Kligels, von Plehve, etc. En Pologne, c'est-à-dire dans la province russe que l'Allemagne convoitait avant tout, on trouvait von Essen, général gouverneur civil; von Uthof, général gouverneur de la police; von Schulmann et von Burmann, attachés à la chancellerie du gouverneur général; von Meyer, préfet de police à Varsovie; von Bertrand, attaché à la préfecture; von Richter, sous-chef de la préfecture ; von Lund, chef du détachement de police à cheval, etc. ; von Kerff, gouverneur du gouvernement de Varsovie; von Gleisser, vice-gouverneur; baron Schepping, inspecteur des prisons; von Erleman, attaché de l'état-major de gendarmerie; général von Mueller, président du conseil municipal, de Varsovie ; von Gvopfa et von Letz, présidents du département de la Cour d'appel; von Hesse, procureur général; von Wechterstein, vice-président du tribunal, von Harten, von Bock, von Fridlander, von
Bulmering et von Hartmann, membres du tribunal; vonHelfreichetvon Rosenbach, juges d'instruction; von Hè'rschelman, von Niemander,vonZelan,von Semel,von Pampel et von Lauter, vice-procureurs; von Gedechen, directeur du Comptoir varsovien de la banque d'Etat ; von Mischcke, inspecteur de la ppince lvoff. voirie ; von Pauker,
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directeur du chemin de fer de Varsovie-Vienne; von Gesket, directeur du chemin de fer de la Vistule; von Gessner, vonGuscndcr, vonVoj mann,vonSchridt,vonJchwartz, von Vogelmann, receveurs généraux des postes et télégraphes; von Schliter et von Stobbe, censeurs de la presse étrangère à Varsovie.
Certes, parmi les hauts fonctionnaires et lesofficiers supérieurs qui arboraientde tels noms, pouvaient se rencontrer quelques serviteurs loyaux du Tzar. Nous le croyons volontiers. Mais l'ensemble d'une telle liste reste d'un funeste effet. D'ailleurs, l'emploi de la particule nobiliaire est contraire au génie russe. Les Allemands se sont appliqués à introduire leur von en Russie pour montrer que là, aussi, ils demeurent « les seigneurs de la terre ». Ce sont eux qui, en Russie, ont établi le servage. Ce sont eux qui ont retardé l'émancipation des serfs. Ce sont eux'qui ont lutté avec le plus d'opiniâtreté contre toutes les réformes libérales. Sur eux retombe la plus grande part de responsabilité dans les persécutions dirigées contre les Juifs, les Finnois et les Polonais.
Dès le début de la Guerre du Droit, tandis que l'aveuglement intéressé des administrations et la cynique corruption des bureaux conspiraient à la défaite, les Zemstvos travaillaient à la victoire. Aussi la bureaucratie redoubla d'efiorts pour se débarrasser d'eux.
Assemblées de provinces analogues à nos conseils généraux, les Zemstvos avaient été créés, en 1864, Par 'e Tzar Alexandre II. Ils exprimèrent les revendications du peuple et formèrent les hommes d'État que plus tard l'on devait voir à l'œuvre. Alexandre II fut assassiné au moment où, sur la demande des Zemstvos, il allait créer un Parlement. Son fils Alexandre III inaugura une politique de réaction autocratique. Son petit-fils Nicolas II, par piété filiale autant que par conviction, aurait voulu ne jamais rien abandonner du pouvoir absolu. Cependant, à la suite des désastres de Mandchourie, il fut forcé de proclamer une constitution.
En avril 1906, la Russie élut une Assemblée, la Douma, composée en majorité de constitutionnels démocrates (les Cadets), sous la direction de Milioukof, et des socialistes. Elle demanda l'établissement du régime parlementaire. Aussi, fut-elle dissoute trois mois après sa première séance. La majorité de ses membres se retirèrent en Finlande et lancèrent un appel au pays : « Citoyens, refusez l'impôt et le service militaire ». Le pays ne parut pas entendre Les Cadets furent jetés en prison et privés du droit d'éligibilité. Une seconde Douma, considérée elle aussi comme trop avancée, fut également dissoute en juin 1 907. Cet acte du Tzar eut le caractère d'un coup d'État. Il réduisait le nombre des députés, et privait une grande moitié des électeurs de leurs droits de vote. De là, une troisième Douma composée pour une forte partie d'éléments conservateurs. La quatrième Douma, élue en 191 2, se contenta, elle aussi, du rôle consultatif.
Le Tzar, dans sa faiblesse, cédait aux suggestions de la Tzarine Alice de Hesse toujours dévouée à l'Allemagne, sa patrie, et appelait au pouvoir des hommes d'État incapables d'action comme Goremykine et Galitzine, un prévaricateur comme Soukhomlinof, des traîtres comme Sturmer et Protopopof. De toutes parts, contre les concussionnaires et les accapareurs, montait la colère du peuple. Au contraire, son admiration et sa reconnaissance étaient de plus en^ plus acquises aux Zemstvos. Leur "président, le prince Lvof, devenait le personnage le plus populaire de la Russie
Général CURIÈRES DE CASTELNAU