‹ 1914 (volume 2)Chapitre 68 sur 161 · LUTTE SUR LA FRONTIÈRE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LUTTE SUR LA FRONTIÈRE FRANÇAISE

Bataille de la Sarre à la Seille

Sur tous les fronts de Belgique, des Ardennes et de Lorraine, nos troupes prirent l'offensive. Elles se heurtèrent à une couverture puissamment organisée, surtout dans les forêts et les couloirs de Neufchàteau, de Virton, de Morhange, de Sarrebourg. Aprèsavoir été ébranlées par une artillerie lourde dont elles ne soupçonnaient pas la puissance, elles furent décimées par les mitrailleuses.

En Lorraine, le front allemand, véritable forteresse, s'étendait de Morville à Phalsbourg, en passant par Marthil, Morhange, Rodalbe, Bensdorf, Fénétrange. Tout s'y trouvait disposé pour la défensive comme pour l'offensive.

Dans la nuit du 18 au 19 août, notre Première Armée occupait les collines de Bebing et de Rinting, à gauche de la route de Paris à Strasbourg et au sud-oUest de Sarrebourg, la ville de Sarrebourg, l'espace compris entre Hesse et Abreschwiller, le Donon, la vallée de la Bruche, Sainte-Marie-aux-Mines et Sainte-Croix-aux-Mines. Le 19, avant cinq heures du matin, la 16e division de notre 8e corps attaqua en direction de Saaraltdorf. Grâce à d'importants sacrifices, nous nous emparions d'Eich et de Buhl. Mais nous ne pouvions pas déboucher de Hoff.

Nous avions aussi repris l'offensive vers Fénétrange. Cette nouvelle attaque avait commencé à quatre heures dans le brouillard. La grosse artillerie allemande, montée sur des plates-formes bétonnées, répandit le désordre dans nos rangs. Elle nous contraignit à quitter Gosselming. Quelques-uns de nos canons dont on avait dételé l'équipage furent abandonnés. Quelques-unes de nos troupes restèrent aux bords de la Sarre, de cinq heures à midi, clouées surplace par le bombardement. Nous ne savions pas encore assez bien, pour régler notre tir, nous servir de nos avions, d'ailleurs trop peu nombreux. L'aviation était cependant une arme de pure invention française et dont plus d'un d'entre nous avait, depuis longtemps, fait ressortir tous les avantages pour la guerre future !

L'ennemi était rentré à Eich. Il touchait même aux premières maisons de Sar-s rebourg. Sur nos troupes. qui se repliaient, des Allemands tiraient par les volet fermés et par les larmiers des caves. La ville allait être cernée. A une heure de l'aprèsmidi, le chef de l'armée fit dire au colonel Touret, commandant le 95e : « Au nom de la France, tenez encore une heure. Le drapeau de votre régiment sera décoré. » Six heures après, le 95e tenait encore. Quand vint l'ordre de la retraite, il s'éloigna, aux accents de la Marche lorraine, en contenant la poursuite de l'ennemi. Dans la nuit, il arriva près de Xouaxange et d'Héming, au bord du canal de la Marne au Rhin : nos soldats tombaient sur le sol, anéantis par le sommeil. Pour la nuit, grâce à certains succès comme celui d'Abreschwiller où l'ennemi était rejeté au delà du col de Saint-Léon, nous conservions d'excellentes positions sur le canal de la Marne au Rhin, à Hermelange, au bois de Hesse, au bois de Voyer, à la pointe de Saint-Léon.

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