XXXV
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Notre Seconde Armée, après quatre jouis de combat, avait pensé se reposer pendant la journéedu 19 août. Mais le haut commandementlui fit reprendre l'oflensive pour dégager la Première Armée que menaçaient les nouvelles forces ennemies accourues dans la région de Phalsbourg.
En exécutant son offensive en territoire annexé, le général de Castelnau avait été obligé de pincer ses trois corps en ligne, sans profondeur. Pouvait-il procéder
autrement, puisqu'il n'avait pas cru devoir chercher, le long de la Seille, des positions de défense et les organiser en se tenant sur l'expectative?
Des habitants teirorisés par l'ennemi, on ne pouvait tirer que fort peu de renseignements précis. Le général Wirbel, en arrivant à Oron près de Morhange, avait voulu interroger le maire et le curé. Le maire lui répondit qu'il ne savait rien. Le curé lui fit transmettre une réponse analogue. Or, la veille, dans ce village, étaient venus plusieurs généraux allemands. De quelle façon le général Wirbel connut-il ce fait si caractéristique? Comme il mourait de faim, il était entré à l'auberge en disant à l'aubergiste : « Madame, avez-vous quelque chose à me servir tout de suite? — Hélas ! monsieur le général, je n'ai que ce qu'ont laissé les troisgénéraux allemands qui ont dîné hier ici. — Peu de chose, alors. — Tout de même, ils n'auraient pas pu (Photo waiery) dévorer en entier un superbe cochon de lait ». Etait-ce par hasard ou avec intention que la brave femme donnait pareil renseignement?
L'ennemi avait étudié à fond la plaine que coupe le chemin de fer de Strasbourg à Metz et que dominent les hauteurs de Marthil, de Baronviller, de Morhange, de Bensdorf, de Guinzeling. Cette plaine était « quadrillée » par un repérage si parfait que le tir des obusiers allemands atteignait même des buts isolés, voiture, caisson ou cavalier. Parvenions-nous à un village? Maisons, hangars, granges, haies, tout ce qui pouvait nous abriter recevait une rafale d'acier. Sous une pluie d'obus et de shrapnells, nos hommes demeurèrent étendus à terre, protégés tant bien que mal par leurs sacs, de neuf heures du matin à la nuit. Beaucoup s'endormirent. La nuit venue, des crêtes boisées surgirent les faisceaux lumineux des projecteurs allemands qui balayèrent l'étendue.
Ce lut sur notre 63e brigade que l'ennemi dirigea sa première attaque. Dans la nuit du 19 au 20 août, il s'était glissé en force à travers les bois et les marais de Rohrbach. Bientôt une grêle de balles accabla le village. Le général Diou, qui soutenait sa brigade par son exemple, mourut en faisant le coup de feu. Ce brillant soldat d'Algérie, de Tunisie, du Tonkin et du Maroc, était né à Saint-Julien-Ies-Metz. Parmi nos fidèles compatriotes de Lorraine et d'Alsace qui, comme lui, devaient succomber dans les premiers combats de la Guerre du Droit, citons tout de suite le général Sibille, de Sarreguemines, tué en Lorraine; le général Dupuy, de Metz, tué sux la Marne; le général Trumelet-Faber, de Bitche, tué à Ypres ; le général Stirn, de Mutzig, tué à Carency.
Afin découper la route de Dieuze à Fénétrange, l'ennemi lança vers Zommange