INTERIEUR DE L EGLISE APRES LE BOMBARDEMENT
(Photo Pulak.)
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tantes forces se précipitant vers les cols des Vosges, abandonna ses positions entre Saales et Sainte-Marie-aux-Mines. On reconnaissait que la ligne delà Vezouze ne pouvait plus être défendue.
Ici se place un épisode heureux: la destruction du premier zeppelin. Le 22 août, le chef de bataillon Beaucourt, commandant le second échelon de parc du 2 ie corps, abattit, avec deux pièces de 75 de l'équipe mobile, le zeppelin L. 8 qui, à huit cents mètres de hauteur, tentait de bombarder le parc. Ce dirigeable alla tomber dans la forêt de Celles, à cinq kilomètres de Badonviller. Les dix-huit hommes
Le Zeppelin, au Champ de Mars de Lunéville.
(Photo Roi.
qui le montaient s'enfuirentà travers bois. Il venait de Strasbourg. Les habitantsdes villages voisins allèrent en foule voirie squelette de ce monstre aérien, cuirassé d'aluminium, qui mesurait 1 56 mètres de long et 1 4 m. 80 de large, cubait 22 000 mètres et pouvait faire 80 kilomètres à l'heure, grâce à ses quatre moteurs de 200 chevaux. C'était le frère aîné de celui qui était venu se poser au Champ de Mars de Lunéville en 19 1 3. Ses débris sont maintenant aux Invalides.
L'ennemi, dans sa ruée en Lorraine, trouvait un terrain depuis longtemps exploré, étudié, dans lequel il continuait à entretenir de sûrs agents. Du 21 au 2b juillet 1 914, près de 2.0000 Allemands avaient quitté le département de Meurtheet-Moselle sous divers prétextes : voyage de vacances, cure d'eau en Allemagne. La seule ville de Nancy en voyait partir douze mille au moins, Beaucoup d'entre eux avaient eu pour occupation ordinaire d'installer des calorifères dans les caves et des appareils de télégraphie sans fil sur les toits.
Les officiers allemands connaissaient en détail toutes les ressources commerciales et industrielles. Ils possédaient des renseignements sur les principaux habitants de tous les villages. Leurs cartes indiquaient en rouge les établissements publics, caisses, archives ainsi que les maisons et points d'appui à
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occuper militairement et à incendier le cas éditant ; en bleu, les maisons à ménager, c'est-à-dire celles où ils comptaient des amis. On devait voir, à Lunéville ou à Raon-1'Etape, des maisons épargnées, parce que leur propriétaire avait eu des sourires pour l'empereur ou pour quelque grand dignitaire allemand.
Après la retraite de Morhange, les habitants de Réméréville aperçurent deux soldats du 690 qui remontaient le village et prenaient la route de Hoéville. Ils leur crièrent :
— N'allez pas par là. Les Allemands y sont. Les deux soldats répondirent tranquillement :
— Notre régiment s'y trouve. Nous allons le rejoindre.
Quelques moments après, des chevau-légers bavarois, revolver d'une main, lance de l'autre, bride aux dents, passèrent au galop. Les deux hommes en uniforme du i)i)" étaient des espions allemands.
Ennemi si déloyal ! Au combat de Herbéviller, le 24 août, les AllemancTs organisent, dans le cimetière, une redoute entourée de fils de fer et d'abatis. Des mitrailleuses placées par eux dans le clocher fauchent tout. Nos soldats, qui s'élancent bravement à l'assaut, tombent dans les fils de fer dissimulés. Les balles des mitrailleuses vont les achever. Leurs officiers leur disent : « Par ici, le 1 14e ». Mais, du côté allemand, des voix plus fortes et plus distinctes, avec le plus pur accent français, répètent : « Par ici, le 114e ». Beaucoup de soldats seront ainsi attirés dans les lignes allemandes et massacrés.
Dans les villages que les Allemands occupèrent, on a pu dire qu'ils menaient de front la cruauté, l'ivrognerie et le pillage. A Réméréville, une maison retentissait de chants et de musique. Passa un officier à cheval. La femme de l'appariteur, Anna Vigneron, qui savait l'allemand, lui dit :
— Ils en <bnt de belles, vos soldats.
L'officier se tourna vers le curé, M. l'abbé Denis, debout près de sa porte.
— Venez avec moi.
Les fenêtres de la maison où s'enivrait la bande étaient ouvertes au large. L'officier cria d'une voix tonnante : Herans (sortez !). Les soldats défilèrent, en titubant. Alors l'officier déclara au curé, d'un ton naturel :
— Maintenant, je vais voir s'il reste là dedans quelque chose pour moi.
Plus naturellement encore, il saisit un litre de vieille eau-de-vie de mirabelles et le vida. Quelques heures après, le curé, accusé d'avoir fait des signaux lumineux, était maltraité par les soldats qui le gardèrent jusqu'au lendemain, en le menaçant de leurs armes. L'officier allemand, à la suite de sa libation, avait-il eu l'imagination frappée par les rayons du soleil qui jouaient aux vitres du presbytère?
Au Grand-Couronné de Nancy
Sur le mont d'Amance, sur le Pain de Sucre, sur toutes les hauteurs et dans toutes les forêts -du Grand-Couronné, nous avions dissimulé de l'artillerie lourde. Aux abords de la Seille, s'ouvraient des tranchées et s'enchevêtraient des réseaux de fils de fer. C'était la revanche de Morhange qui se préparait.
Dans toute cette région, les routes descendent et montent sans cesse, sous la surveillance d'âpres forêts mystérieuses qui semblent organisées par la nature pour la défense du sol.
[y 14. — LA GUERRE