‹ 1914 (volume 2)Chapitre 82 sur 161 · GENERAL BIGOT · texte numérisé non relu

GENERAL BIGOT

— Servez-moi vite à manger et remplissez ma petite valise.

Ces mots tranquilles rendirent le sangfroidà tout l'entourage. Une demi-heureaprès, l'automobile repartait. A huit heures du matin, le lendemain, M. Keller revenait radieux. Les Allemands avait quitté la ville au petit jour, après avoir fait sauter les ponts derrière eux, et avoir contraint M. Keller à prendre la tête des colonnes ennemies jusqu'à trois kilomètres de la ville. Le soirmème, une division française arrivait sous les ordres du général Bigot.

La maison de M. Keller, c'est celle où fut signé, le 9 février 1801, après les victoiies de Marengo et Hohenlinden, le traité de Lunéville. Dans l'escalier, se dressent toujours les candélabres qui éclairèrent les pléniporen tiaires. Ce traité fondait en Italie la République Cisalpine, presque immédiatement élargie en République italienne sous la présidence de Napoléon. L'Autriche reconnaissait les transformations que la France avait opérées en Suisse et en Hollande c'est-àdire la République Helvétique et la République Batave. Le Pape rentrait dans ses Etats. Parmi les officiers français qui accompagnèrent les plénipotentiaires à Lunéville, se trouvait le capitaine Sigisbert Hugo, tils d'un menuisier de Nancy et père de Victor Hugo, le poète de l'Année Terrible. Hélas ! le mot terrible semble étrangement faible, quand on l'applique aux années 1914-1191.5-1916-1917....

Les témoignages du maire de Lunéville mettent en pleine lumière la perfidie et la

barbarie allemandes. Le 2 1 août, en allant au-devant de l'état-major ennemi, il s'était

déclaré responsable de tout ce que la population ferait. Le général avait répondu :

— Les habitants n'ont rien à craindre, s'ils ne commettent aucun acte d'hostilité

contre nous. Mais, s'ils attaquent un seul de mes soldats, vous serez fusillé.

Pendant les premiers jours, les chefs logés dans sa maison répétaient : « Vous

ne devez pas croire aux accusations portées contre nous dans d'autres villes. Nous ne sommes pas des barbares. »

— J'arrivais presque à le penser, avoue M. Keller. Tout à coup, le 25 août, je metrouvai enprésence de soldats qui tiraient des coups de fusil sur les fenêtres d'une maison. J'allai vers

LUNEVILLE. — LA SOUS-PRÉFECTURE APRÈS l'iNCENDIE Ritter éditeur

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