PLACARD AFFICHE * LUNÉVILLE
ÎQI4. —
vers le Luxembourg Belge et les Ardennes.
Pendant que l'ennemi se déployait bruyamment vers la Belgique et vers la Lorraine, il préparait en silence une puissante attaque dans la région du Luxembourg. C'était alors pour lui le centre. Tous les professeurs d'art militaire, en Allemagne, depuis Moltke jusqu'à Bernhardi, ont pour premier article de leur doctrine: attaquer au centre, percer au centre à tout prix; l'attaque au centre décide la victoire et l'enveloppement par les ailes la couronne.
A la tète des forces du centre, accumulées dans les camps de Malmédy, de Saint-Vith, des Trois-Vierges, d'Elsenborn. Guillaume II avait placé l'espoir de la monarchie impériale, le kronpiinz.
A côté de l'armée du kronprinz de Prusse (5e armée), se tenait l'armée du duc Albert de Wurtemberg (4e armée).
L'armée de Von Hausen, ministre de la guerre en Saxe, 3e armée, dont une partie avait combattu à Dinant, allait, elle aussi, diriger son action sur les Ardennes. Au total, seize corps.
En face de toutes ces forces, se trouvaient notre 3e et notre 4* armées.
Elles avaient mission de marcher vers la Lorraine annexée, d'assiéger ou de masquer Metz, enfin de donner la main à notre seconde armée.
A l'aile gauche de notre 4e armée, notre 5* avait pour mission de couvrir la frontière franco-belge et d'interdire à l'ennemi l'accès de la haute vallée de l'Oise
Derrière l'aile gauche de notre 5e armée, autour de Vervins, une 6e armée allait se rassembler, pour parer à toute tentative d'enveloppement.
Dès que la neutralité belge fut violée, notre 5e armée se porta surla Sambrepar une marche rapide, afin de boucherla fissure qui se produisait en avant d'elle. En même temps, la 5ie division de réserve (général Bouttegourd)
HEUFCHATEAU. — CHATEAU DE BOUBLEMONT.
?hoto Crété.
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I \ GUERRE h H [iROIT.
était envoyée en flanc-garde à droite, aux bords de la Meuse, entre Fumay et Namur.
A nos troupes massées en face du Luxembourg et des Ardennes, depuis Longwy jusqu'à Monthermé, incombait la triple tâche d'arrêter l'ennemi, de le refouler et de couper ses communications avec Aix-la-Chapelle.
La région où elles opéraient semble tout entière organisée par la nature
FBOUARD. — La GAPE.
(Roset Miieur.l
pour servir de piège à des armées. Pas de vues, ou ce qui est encore pis, de fausses vues.
Le voyageur qui, de Montmédy, marche vers Virton, Arlon ou Neufchàteau, est à chaque pas, assailli par des surprises. Il croit, par exemple, pouvoir arriver de plain-pied, en quelques minutes, à ce village dont il aperçoit le clocher d'ardoise pointant derrière une éminence. Tout à coup, il constate qu'entre ce village et lui s'ouvre une gorge profonde où coule, à demi cachée sous des roseaux et des saules, une rivière dont le pont le plus proche est fort loin. Partout s'élèvent des coteaux à pic; partout s'enchevêtrent des chemins encaissés et des défilés tortueux; partout, hérissées, tragiques, marécageuses en leurs bas-fonds, pierreuses en leurs crêtes, moutonnent des forêts. Les plaines mêmes, si parfaitement nivelées en apparence et si gracieusement décorées de meules, peuvent devenir de formidables machines de guerre : en telle de leurs imperceptibles ondulations, se dissimulent aisément des armées.
Plus encore que les plaines, les rivières abondent en traîtrises. La Chiers dessine les boucles les plus déconcertantes. La Semoy qui, de sa source à son embouchure, n'aurait h faire que p kilomètres, s'amuse à en faire près de 140. Dans ces rivières, les gués ne sont accessibles qu'aux gens du pays qui les connaissent à fond et savent escalader des bords peu accueillants. La cavalerie s'y noie'ait, et, plus vite encore, l'artillerie.
ioi4-
l.A GUERRE DU DROIT.
GENERAL LEFEVPE.
Photo Manuel.
Paliseul et la forêt de Suchy.
Voilà le décor. Voici le drame.
Notre 3e armée avait pour chei le général Ruffey. Né en 1 85 1 à Dijon, ancien élève de l'École polytechnique et de l'école de Guerre, auteur d'importants travaux sur l'artillerie, Ruffey, après avoir commandé l'artillerie dans l'expédition de Madagascar, avait été nommé professeur à l'Ecole de Guerre, général de brigade en rrio5, général de division en îqio, enfin commandant du 1 3e corps à Clermont- Ferrand. A la veille de la guerre, il était au nombre des rares artilleurs français qui réclamaient de l'artillerie lourde.
Cette armée, prête à se porter sur Longwy, occupait un Iront s'étendant de Jamctz à Étain. Son aile droite, opérant dans la Woëvre, en s'appuyant sur les places fortes de Toul et de Verdun, était placée sous les ordres du général Maunoury ; elle devint par la suite l'Armée de Lorraine. Notre 4e armée avait pour chef le général de Langle de Cary. Né à Lorient en 1849, sorti premier de Saint-Cyr, officier d'ordonnance du général Trochu, en 1870, blessé d'une balle dans la poitrine à Buzenval, de Langle avait été nommé professeur à l'Ecole de Guerre en 1886, général de brigade en 1900, général dedivision, en 1906. Il commandait le 8e corps à Bourges, en 191 2.
Cette. 4e armée se composait du 2e corps (général Gérard), chargé d'assurer la liaison avec la 3e armée; du corps colonial (général Lefèvre), du 12e corps (général Roques), du 17e (général Poline), du 11e (général Eydoux), enfin du 9e corps (général Dubois), établi sur la gauche, au premier rang pour l'attaque. Le 9e corps avait appris avec enthousiasme qu'il allait prendre part aux actions décisives de la région du Nord-Est. Son embarquement à l'improviste sur le quai de la gare de Frouard, près de Nancy, s'était exécuté avec une précision toute mathématique.
Au total, pour nos deux armées, onze corps. L'ennemi, ayant passé laMeuse, le 19, entre Seraing et Huy, se mit en marche le lendemain, d'une part vers Neufchàteau (Belgique), d'autre part vers Longwy. Chacun de ses corps se doublait d'un corps de réserve.
Tous nos hommes attendaient le combat avec impatience. Ils commentaient les succès de leurs camarades en Alsace-Lorraine. « Et nous ! Est-ce qu'on nous oublierait ici ? » Les chefs répondaient : « Patience! Notre heure viendra ■>.
GENERAL EYDOUX.
!0»4. I.A GUERRE DU DhOlT.
GENERAL POLINE. (rnoto Walêry).
La i1 armée commença de nuit ses opérations pour échapper aux regards des aviateurs ennemis. On voulait qu'elle tint, dès le 21 au matin, les débouchés au Nord de la Semoy. Le général Dubois porta aussi avant qu'il put ses avant-gardes, en Belgique, sur la rive droite • de la rivière, depuis Houdremont jusqu'à Vivy. ( )n comptait sur le 9e corps pour arrêter l'armée de Von Hausenen marchevers Givet.Cetendroit n'était-il pas le point sensible? Plus on s'en approche, plus la région ardennaisè apparaît accidentée, découpée et recouverte. Énormes massifs forestiers, villages clairsemés, routes très rares et très étroites. Les sentiers qui descendent à pic vers la Semoy demeurent presquetous inutilisablespourl'artillerie. En été, la rivière ne forme obstacle que par les escarpements boisés qui la bordent.
Le général Eydoux, avec son 11e corps, devait opérer sur la frontière belge, entre Bazeilles et la Chapelle ; le général Poline, avec son 17e corps, se tenait prêt à quitter la ligne Messincourt-Pure ; le général Roques, avec son 12e corps, prêt à quitter la ligne Matton-Margut; le général Lefèvre, avec son corps colonial, prêt à quitter la ligne Margny-Chauvency-le-Chàteau-Brouenne- Stenay; le général Gérard, avec son 2e corps, prêt à quitter la ligne Grand- Verneuil- Montmédy-Jametz. Tous étaient invités expressément à dissimuler leurs opérations et à empêcher leurs avant-postes de tirailler contre les .groupes ennemis qui entreprenaient un mouvement de flanc.
A la 3e armée, l'ordre arriva de prendre l'offensive « dans la direction générale d'Arlon ». Elle devait s'avancer à la fois par Virton, par Tellancourt, par Beuveilles, en échelons successifs. A gauche, le 4* corps demeurait en liaison avec la 4e armée. A droite, le 6e corps plaça une de ses divisions en flanc-garde du côté de Metz.
Les armées allemandes, que renforçaient sans cesse des régiments amenés à toute vapeur, continuaient à avancer de forêt en forêt. Quand les forêts faisaient défaut, les hommes, revêtus tous d'uniformes couleur de terre, rampaient à travers clés et avoines. Ça et là, quelques détachements, toujours les mêmes, se laissaient voir à nos aviateurs, pour faire croire que rien d'autre n'entrait en jeu. D'ailleurs, là comme partout, nos avions étaient inférieurs en rapidité et surtout en nombre. A tort, on crut que le kronprinz se dirigeait vers l'Ouest, tandis qu'il avait pour objectifs Longwy et Verdun. Le 22 août, il accéléra encore la marche de son armée vers Longwy.
Tout à coup, nos troupes ayant quitté la ligne Virton-Tellancourt-Beuveilles- Mercv-le-Bas-Xivry-Landres, rencontrèrent l'ennemi sur la ligne Virton-Audun-le- Roman.
La lutte s'engageait dans l'espace compris entre Thionville, Longwy, Montmédy et Verdun, bizarre quadrilatère coupé par la vallée de la Chiers, un des lieux du monde les plus difficiles à étudier en son infinie diversité de détails.
Les Allemands le prenaient pour objet de continuelles investigations. C'est ce que, trop souvent, a pu constater celui qui écrit ces lignes. Prévoyant l'importance que cette région devait avoir dans la grande guerre dont il observait les préparatifs
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1914- — LA GUERRE DU DKOlI. Ç, 8 S
éA Allemagne, il est allé chaque année, de 1902 à 191 2, planter sa tente près de Montmédy. Les excursions qu'il faisait, carte en main, lui causèrent la fâcheuse surprise d'être amené à Montmédy avec une escorte de soldats français, baïonnette au canon. Conduit devant le commandant de place, il fut vite reconnu et remis en liberté avec de cordiales excuses. Mais il songeait, non sans tristesse, aux espions allemands, si nombreux aux alentours et qui réussissaient si bien à n'éveiller l'attention d'aucune autorité.
A la veille même de la bataille qui, depuis les environs de Metz jusqu'aux environs de Givet, devait mettre nos troupes aux prises avec les masses prussiennes, saxonnes, wurtembergeoises, posnaniennes, poméraniennes, notre haut commandement ne possédait que des renseignements très incomplets sur l'ennemi. Certaines de nos avant-gardes, englouties dans les profondeurs vertes des forêts, ne pouvaient se faire une idée exacte de la situation. De là, des escarmouches aboutissant soudain au massacre de nos hommes et de nos officiers. Au contraire, l'ennemi avait deviné le plan de la marche oblique que nous avions résolu d'exécuter. Il nous serrait de si près que nos avant-gardes, au moment de faire halte, voyaient des patrouilleurs allemands déguerpir du cantonnement choisi par elles.
Au dur soleil des jours précédents, succédaient les brouillards et les averses. La forêt paraissait aussi inquiétante qu'impénétrable. Alors l'ennemi ne se dissimula plus qu'aux regards. Ses coups de feu éclatèrent de tous côtés. L'impatience de nos hommes, surexcitée par une énigmatique obsession, s'accrut jusqu'à la fureur. Plus d'un murmurait . « Il faut en finir ». Et l'on n'avait même pas commencé.
La journée du 22 août fut marquée par de sanglants combats.
Le 1 Ie corps, s'avançant vers Maissin, buta contre des forces ennemies qui l'obligèrent à refluer. Après une longue lutte sous bois, il parvenait à reprendre le village de Paliseul. Mais bientôt l'ennemi, à qui arrivaient sans cesse des renforts, gagna de nouveau beaucoup de terrain. Une compagnie du génie dut couvrir notre retraite.
Le 17" corps marchait vers Jehonville et vers Ochamps. En pleine forêt de Luchy, dans la brume, une de ses brigades fut bombardée par des pièces habilement installées sur une crête au nord de la Lesse Les gros projectiles firent des ravages dans nos rangs et détruisirent plusieurs de nos batteries. Dans la précipitation d'une retraite désordonnée, la 66e brigade abandonna son artillerie.
Les renseignements qui avaient été donnés au 17e corps portaient simplement que « devant le front de la 4e armée, la région entre la Meuse et la Lesse était occupée par l'ennemi qui s'était retranché derrière cette rivière, face au sud ». Pas d'autre indication, avant la prise de contact. Le commandement du 17e corps n'a jamais reçu avis que le 11e corps constatait « l'avance importante de l'ennemi vers Libramont, et la présence de 5o 000 Allemands dans la forêt de Luchy ».
Des groupes épars et des attelages éperdus sortaient de la forêt au galop. Pour rétablir la situation, le général Poline, vaillant messin, fit former un barrage. Les officiers d'état-major disponibles arrêtaient les groupes et s'app iquaient à les remettre en ordre, derrière les obstacles du terrain. Mais les éléments qui formaient le barrage furent emportés par un mouvement de reflux. Impossible de rester plus longtemps dans cette région boisée où il n'existe pour ainsi dire pas de communications transversales. Le 17e corps subissait de lourdes pertes. Les colonels Hue et Détré, ainsi q îe cinq commandants, avaient été tués.
Ce reflux violent se fit sentir jusqu'à Bouillon et jusqu'à Sedan. Nos amis de Sedan, le 23 au soir, voyaient avec des yeux pleins de larmes un grand nombre d'isolés repris par la prévôté duy'corps, près de la sous-préfecture d'où Napoléon III
ssr,
1914. — LA f.UKRRE l>U DROIT.
était parti en voiture, le matin du 2 septembre 1870, pour apporter son épée au roi de Prusse
Le reste du 1 7e coi ps, ayant perdu sa liaison avec le 12% se replia derrière la Semov.
Neufchâteau.
Le 12e corps, venant des environs de Florenville, avait l'ordre de se porter vers Recogne et Libramont, c'est-à-dire de traverser la forêt montueuse d'Herbeumont. Cette opération difficile s'exécuta fort bien, grâce aux habiles dispositions
prises parle général Roques.
L'action s'engagea près de Saint-Médard,au sud-ouest de Neufchâteau. petite ville forte, aujourd'hui démantelée, qu'entourent des prés, des bois et des ardoisières.
Du premier choc, notre 24e division enleva le village de Névrancourt, refoula l'ennemi à la baïonnette et parvint jusqu'à la colline de Rossait. Bien que ces succès lui coûtassent très cher, elle passa la nuit sur le terrain conquis. Vers quatre heures de l'après-midi, le général Roques avait été obligé de disposer ses léserves sur sa droite, pour répondre à l'appel du corps colonial en danger.
Le corps colonial avait l'ordre de s'avancer
en deux colonnes vers Neufchâteau. Il devait
par conséquent traverser la forêt de Chiny-
Neufchàteau-Rulles. Il pensait n'avoir en face
de lui que des forces médiocres et déjà
ébranlées. Près de Neufchâteau, une de ses
colonnes rencontra des lignes puissamment
organisées et soutenues par des mitrailleuses.
Nos compagnies lancées à l'attaque perdirent
une grande partie de leurs hommes et la plupart de leurs officiers. Les survivants
tombaient de fatigue devant un ennemi toujours plus nombreux et développant
sans répit ses avantages.
Vers la droite, le colonel Neple, à la tète de deux bataillons du 23% était blessé mortellement. Pour dégager notre avant-garde, six bataillons attaquèrent le bois d'Ospot. Mais la retraite fut ordonnée à la nouvelle que des renforts arrivaient à l'ennemi. Cependant, il n'alla pas plus avant ce jour-là. Ses pertes dépassaient les nôtres et beaucoup de ses canons étaient hors de service.
L'autre colonne de notre corps colonial avait marché vers Neufchâteau par Rossignol. Elle se heurta à l'ennemi près de Breuvannes. Son artillerie tenta d'arrêter les forces qui s'avançaient par la forêt de Neufchâteau. Mais le pont de Breuvannes, sur la Semoy, s'écroula sous les obus allemands. La colonne était coupée du reste du corps. Le général Rondony, commandant la i'e brigade coloniale, et le général Raffenel, commandant la 3e division, furent tués. Les débris de nos régiments continuaient à tenir ferme. Le colonel Gallois, du 2e régiment colonial, fut tué ; le lieutenant-colonel Gadoffre, du même régiment, blessé grièvement.
GENERAL RONDONY
(Photo Walery.)
1 () i 4 • — LA GUERRE DÛ DROIT. $$J
L'ennemi, sans relâche, recommençait son mouvement d'enveloppement. Nos derniers soldats encore valides, sous la conduite du commandant du 3e bataillon, Rey, tentèrent de percer vers le sud-est. Le commandant tomba, frappé d'une balle. I] ne restait plus qu'un homme près du sergent porte-drapeau. Ce sergent, Saris de la Bollardière, se mit en devoir d'enterrer le drapeau dans un fourré de ronces et de prunelliers.
— Apportez-le plutôt près de moi, ordonna le commandant.
Au même moment, une grêle de ballesarriva du sud-est. Plus d'espoir de trouée !
— Partageons-nous le drapeau, dit le blessé. Je prendrai la croix de la Légion d'honneur qu'on lui a attachée le 14 juillet
Le sergent donna lacroix et enroula l'étoffe autour de son corps, sous sa capote.
Au même moment, nos artilleurs, installés sur les hauteurs de Tintigny et sur une crête au nord de la Semoy, brûlaient les dernières gargousses de leurs pièces, puis les dernières cartouches de leurs mousquetons. Des milliers de cadavres allemands s'étaient accumulés dans les forêts. La nuit venait.
Quelques coloniaux réussirent à s'échapper. Les artilleurs, demeurés debout près de leurs chevauxéventrés, furent faits prisonniers. Au nombre des officiers d'artillerie tués en luttant encore contre un ennemi qui n'était plus qu'à trente mètres, se trouvait le lieutenant Ernest Psichari, petit-fils d'Ernest Renan.
Défense avait été faite à toute l'artillerie française de tirer sur les villages belges.
« Hélas ! nous dit a ce propos un de nos artilleurs blessés près de la Semoy, combien de villages français n'avons-nous pas été forcés de détruire plus tard ! »
En vain, la 4e brigade avait essayé de délivrer la 3e division. La 2e division (général Leblois), placée assez loin en arrière, ne put malheureusement pas intervenir à temps.
Quand enfin elle arriva vers Jamoigne, à quatre heures de l'après-midi, elle ouvrit ses rangs aux épaves de la 3e division. Ensuite, jusqu'au lendemain matin, elle résista à l'ennemi qu'entraînait le succès et que favorisait la position.
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(PI1010 Manuel.)
Virton.
Le 2e corps (général Gérard), en liaison avec le corps colonial, avait marché vers Meix-devant-Virton.
Le 21, à une de ses avant-gardes qui cantonnait à Virton, le bourgmestre de la petite ville était venu dire : « Messieurs, sans vous en douter, vous êtes au beau milieu de l'armée allemande. » Un rapide mouvement combiné parle général Cordonnier sauva cette avant-garde.
Le 22, dans la matinée, le 2e corps, en pleine marche, lut attaque à la lois au
I 9 1 \ ■ — i-A GUERRE DU DROIT.
centre et de front. Pour lui rendre la liberté de ses opérations, une brigade d'infanterie se lançait à l'assaut près de Meix-devant-Virton. Assaut sans aucune préparation, notre artillerie n'étant pas encore arrivée! Les mitrailleuses allemandes, bien établies dans des tranchées, arrêtèrent nos fantassins. Dès que notre artillerie arriva, d'autres assauts furent tentés.
Dans les champs et les prés où s'allongeaient des rangées d'arbres, l'ennemi demeurait invisible. Un à un, les villages s'allumèrent comme des torches. La bataille s'étendit de proche en proche. Le 4e corps, qui faisait partie de la 3e armée, avait, lui aussi, engagé la lutte près de Virton. Le ac corps le rejoignit. Nous réoccupàmes la ville que nous avions presque entièrement perdue.
Pour la 4e armée, le bilan de la journée pouvait se résumer ainsi : « Une avance insuffisante, mais non une défaite.
Le 4e corps (général Boëlle), opérant à la gauche de la 4e armée et en liaison avec elle, avait reçu l'ordre de marcher dans la direction Vance-Etalle. Il quitta la ligne la Pour-Gomery-Grandcourt, à six heures du matin, par une brume intense. A vingt pas, un bataillon entier pouvait passer inaperçu. Des paysans disaient : « L'ennemi est tout près et en force. » Soudain les mitrailleuses allemandes, établies dans des tranchées, à l'orée du bois de Virton, ouvrirent le feu. Le général Boëlle avait installé son poste de commandement à la mairie de Virton. Avec sa naïve église de style classique et ses hôtelleries aux noms pompeux qui ne sont qae de rustiques auberges, Virton a une bonhomie sans pareille : parler traînant, repas interminables, grasse hospitalité pour les moines, les rentiers et les chasseurs. Nos troupes, dans les rues étroites de la petite ville, ne parvenant pas à reconnaître les positions de l'ennemi, hésitaient sur le chemin à prendre. Leur avant-garde s'était élancée vaillamment. Mais, après avoir perdu beaucoup d'hommes et d'officiers, elle se replia vers Virton. Un de nos bataillons, ayant mal compris l'ordre qui lui était donné, quitta les hauteurs à l'est de la ville : tout de suite, un bataillon allemand s'organisa à sa place et l'empêcha de la reprendre. L'intention évidente de l'ennemi était de déboucher des forêts au nord de Virton. A tout prix, nous devions l'en empêcher. Nos troupes se cramponnèrent aux flancs des collines. Un déluge de feu s'abattait sur la ville. Le colonel Raymond, qui se tenait devant la mairie, au pied du fronton de style pseudo-grec, tomba frappé d'une balle à la tète. Malgré les tirs de barrage dirigés sur toutes les routes, le général Boëlle transporta son poste de commandement au sud de Virton, entre Ruette et Vieux-Virton. Ce fut à ce moment que le 2e corps vint prendre part au combat. A six heures du soir, malgré des pertes importantes, l'avantage nous restait acquis. L'ennemi était refoulé dans les bois par une charge du 1 17e Virton, avec ses magasins, ses usines, ses couvents, devenait la proie des flammes. Les obus allemands démolissaient les maisons une à une, après avoir anéanti la gare et les constructions voisines du chemin de fer. La 7e division (général de Trenti-