CHARLEROI BOMBARDE
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Quel terrain? Ici, les points d'appui ne sont plus des montagnes ou des forêts : ce sont des villes, des villages, des cités ouvrières, des usines, des hauts fourneaux, des terrils, des mines. La Sambre et le canal de la Sambre reflètent cette région surpeuplée et pleine de pièges. Vers l'ouest, s'étendent des prairies et des cultures parmi lesquelles se creusent des carrières et s'élèvent des fermes.
Déjà, dans les interminables faubourgs des cités s'infiltrait la cavalerie ennemie. Pourla guerre des ^^ rues, notre 7?
n'avait pas grande efficacité. Son tir n'étant pas plongeant, il ne pouvait même pas défendre un pont.
Au contraire, de très loin, l'artillerie lourde allemande écrasaitles constructions et dispersait les com battants.
Charleroi est une ville ouverte de 2 5 000 habitants. Fondée en 1666, à la place du très ancien village de Charnou, elle prit le nom de Charles II d'Espagne qui régnait sur les Pays-Bas. Ses fortifications avaient toutes été transformées en promenades. C'est la « capitale du fer » dans la Belgique du Sud.
Dès le matin du 21 août, les gros obus allemands commençaient à tomber sur les forts de Nairfur: Maizeret, Andoy, Marchovelette, Cognelée. Ils tombaient aussi sur les tranchées qui défendaient la ville et sur la ville elle-même. L'ennemi visait particulièrement le fort de Marchovelette, vers lequel il devait marcher, et le fort d'Andoy, au pied duquel se trouvaient les bataillons français.
Peu à peu s'engageait toute la bataille sur la Sambre. A une heure de l'aprèsmidi, l'infanterie allemande, garde prussienne en tête, attaqua Auvelais et Tamines que le bombardement avait presque entièrement détruits. Au troisième assaut, nous étions forcés d'abandonner le pont d'Auvelais, mais nous conservions ie pont de Tamines et celui de Ham-sur-Sambre. L'ennemi traversa la Sambre à Auvelais et tenta d'envelopper une partie de nos forces. Pour défendre les positions qui dominent Auvelais, pour reprendre ce village dont les maisons venaient d'être transformées en forteresses, pour rejeter l'ennemi de l'autre côté de la Sambre, notre infanterie, jusqu'à la nuit, s'épuisa en efforts héroïques insuffisamment soutenus par l'artillerie. L'ennemi continuait à avancer en occupant les hauteurs. Un moment, nous espérâmes résister sur le front Aisemont-Cortil-Mazet. Mais, vers minuit, les mauvaises nouvelles affluèrent.
Le 3e corps (général Sauret) avait été chargé de garder la Sambre, depuis Tamines jusqu'à Marchienne-au-Pont, et de défendre Charleroi en même temps que Chàtelet. Son quartier général était à Walcourt. Ses forces principales s'établirent
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dans les faubourgs de Charleroi et, derrière la ville, sur les hauteurs de Villers- Poterie. Il reçut du général Lanrezac les ordres suivants : « Se tenir prêt : à prendre l'offensive; à s'opposer à tout débouché des forces ennemies au sud de la Sambre; à appuyer et à llanquer le 10e corps, à droite, et le 18e corps, à gauche; à arrêter les incursions de la cavalerie ennemie sur les ponts de la Sambre ». A sept heures du soir, ces ordres se complétèrent ainsi : « Tenir les ponts par des postes et les renforcer, dès que l'ordre d'offensive sera donné, entre Namur-Nivelles ».
Le général Lanrezac comptait prendre l'offensive, le 22 août, dans l'aprèsmidi, dès que les forces britanniques seraient prêtes. Il réglait ainsi cette vaste opération : A droite, le Ier corps, avec la brigade Mangin, et le 1 oe corps, avec la division d'Afrique, se lanceront dans la direction de Namur, profitant des avantages que leur assurera la puissante artillerie de la forteresse. Au centre, le 3e et lt 18' corps feront face à l'ennemi sur une ligne allant de Ham-sur-Sambre à Fontaine-l'Évêque. A gauche, les deux divisions de réserve, sous les ordres du général Yalabrègue, resteront en liaison avec les forces britanniques.
.Mais, dès le matin du 22 août, ce plan avait cessé d'être exécutable. Certains ponts de la Sambre ne nous appartenaient plus. Le 10e corps était refoulé d'Auvelais et des hauteurs d'Arsimont. Le 3e corps, lui aussi, subissait de lourdes pertes.
Les Allemands avaient réussi à se glisser, par petits groupes, dans les rues de Charleroi dont ils connaissaient à fond les moindres bâtisses, et, en même temps, à descendre par masses vers la Sambre. Avant la nuit, ils enlevaient le pont de Roselies, occupaient Tamines, Aiseau, puis, à Pont-de- Loup, tournaient nos troupes qui avaient défendu ce pont si vaillamment. Vers minuit, nous rentrions à Aiseau et même à Roselies, par des contre-attaques énergiques. Mais les contre-attaques que ne prépare ni ne soutient l'artillerie exigent beaucoup de sang pour un résultat éphémère.
D'ailleurs, l'ennemi avait pris l'offensive à l'ouest comme à l'est de Charleroi. Vers quatre heures, il s'était précipité sur notre corps de cavalerie, épuisé de fatigue. Pour couvrir la retraite de nos cavaliers, la 1 ie brigade d'infanterie (3e corps) avait été amenée en automobiles. Dès qu'elle eut mis pied à terre, à neuf heures et demie du soir, près d'Anderlues, elle subit le choc meurtrier d'un corps d'armée allemand. Grâce à elle, à une heure du matin, nos cavaliers purent se replier. Au moment où se livrait ce combat d'Anderlues, arrivait le 18e corps qui jusqu'alors avait fait partie de la 2e armée. Il avait quitté les environs de Toul le 17 août, et, quatre jours après, combattait sur la Sambre. Dans l'ardeur du combat, les blessés se soulevaient et criaient à leur commandant : « Nous vous suivrons tous. » Les mitrailleurs, n'ayant plus de cartouches, enlevaient les culasses et chargeaient à la baïonnette.
La journée du 22 août, qui sera celle de Charleroi, commençait sous de tristes auspices. On sait que l'ordre du général était de prendre l'offensive en traversant la Sambre. Or, l'offensive avait été prise par l'ennemi et c'était par lui que la Sambre était traversée.
De toutes parts se multipliaient les visions déprimantes : maisons qui s'effondrent, blessés qui se traînent, soldats harassés qui se replient. Dans nos rangs circulait un bruit sinistre : « Namur est tombé ».
A Namur, depuis la veille, les gros mortiers allemands, 2 1 o, 3o3 et 420, avaient continué leur œuvre sans interruption. Au matin du 22, apparurent des batteries de mortiers autrichiens. Les tentatives de la garnison pour percer les lignes n'étaient plus arrêtées que par le tir des mitrailleuses. L'ennemi ne se donna pas la peine d'investirla place. Il se contenta d'anéantir quelques forts : Marchovelette, Maizeret, et de lancer des troupes d'assaut dans l'intervalle. A la demande du gouverneur de Namur, qui manquait de munitions, le général Lanrezac lui avait envoyé des appro-
Général
ESPEREY
I U 1 4 . — LA GUERRE DU DROIT. ÔO i
visionnements avec les trois bataillons du général Mangin. Les troupes françaises, attaquèrent vers Wartet, pour dégager la ville. Mais l'artillerie allemande imposa promptement silence à l'artillerie belge. Si donc, le 22 au matin, Namur n'était pas encore tombé, Namur était hors de combat.
Notre 18e corps était arrivé à temps pour la bataille. Malheureusement les troupes britanniques n'avaient pas encore comblé le vide qui s'ouvrait entre nos troupes et Maubeuge. L'ennemi s'y précipita.
Le 21 août, à sept heures du soir, le général Lanrezac télégraphia au grand quartier général : « Mon armée, en débouchant demain sur la rive gauche de la Meuse, est exposée à livrer bataille seule. Pour agir avec les forces britanniques, il faut attendre jusqu'au 24». Le grand quartier général répondit : « Vous êtes juge du moment où vous devrez commencer l'offensive ». En réalité, s'il était juge de ce moment, il n'en était plus maître.
L'ardeur de nos troupes leur avait nui. Dans leur impatience d'aller de l'avant, elles esquissaient à peine les tranchées qu'on leur commandait de creuser. Au contraire, l'ennemi se fortifiait profondément partout et sur l'heure. En vain, /e général Lanrezac insistait sur l'imprudence que commet l'infanterie « en bourrant l'ennemi sans laisser l'artillerie préparer son intervention ». L'ennemi nous laissait nous avancer tout près de lui et, démasquant brusquement ses mitrailleuses, nous rejetait sur nos positions que nous n'avions pas su organiser.
Le 1 oe et le 3e corps reçurent l'ordre d'attaquer de concert, dès la première heure du jour, pour refouler les Allemands dans les fonds de la Sambre. A cinq heures et demie du matin, une attaque fut dirigée vers Roselies. En face des Allemands établis dans les petits bois, notre artillerie restait aveuglée par la brume matinale flottant sui le lit de la rivière. Avec une sorte de rage fébrile, nos troupes enlevèrent une partie des maisons de Roselies. L'ennemi, puissamment renforcé, nous ~ontraignit à nous replier. Une autre attaque dirigée vers Arsimont eut tout d'abord plein succès. Mais l'artillerie allemande, de beaucoup supérieure à la nôtre, nous délogea des hauteurs que nous avions enlevées. Nous conservions encore les villages d'Arsimont, de Falisolle et d'Aiseau.
Vers onze heures du matin, le repli commença sur tout notre front. A ce moment, la lutte s'interrompit de part et d'autre, par une mystérieuse entente tacite. A midi et demi, l'artillerie ennemie tonna de nouveau pour préparer une nouvelle attaque à fond, prélude de nombreuses autres. Sous ces coups que nous ne parions que partiellement, nous abandonnâmes peu à peu la Sambre. Charleroi était perdu.
Chute de Namur.
Nous ne tenions plus la Sambre, mais nous tenions les hauteurs qui la> dominent. Nos contre-attaques se mutiplièrent. Elles échouèrent toutes, successivement. De repli en repli, nous nous trouvâmes à 1 1 kilomètres de la rivière. La brigade Schwartz, composée du ier zouaves et du Ier tirailleurs, troupes aguerries dans la campagne du Maroc, s'était précipitée pour reprendre Chàtelet, à l'est de Charleroi. L'ennemi, abrité derrière des maisons aux murs percés de meurtrières, avait brisé ce magnifique élan. A cette attaque, le ier tirailleurs perdit deux commandants, trente et un officiers, 70 pour 100 de ses hommes. Beaucoup de nos régiments étaient aussi cruellement éprouvés. A l'infanterie et à l'artillerie la liaison faisait trop souvent défaut. Lancés l'un après l'autre à l'attaque, les régiments s'y