ARRIVEE DES TROUPES ANGLAISES A OSTENDE
(Photo Brangcr.(
délie, mais restent comme otages à la disposition du commandement allemand.
« Par ordre du général commandant les troupes allemandes, les particuliers qui détiennent armes et cartouches doivent les remettre immédiatement à l'autorité, au palais provincial, sous peine d'être fusillés. »
Sur l'heure, les Allemands avaient fortifié la ville à l'intérieur. Les rues étaient fermées par des barricades munies de mitrailleuses. Chacun des ponts épargnés avait sa mitrailleuse et son canon. Des tranchées se creusaient sur le plateau de Cointe, dans les bois des environs et sur les hauteurs de Saint-Nicolas. Tout s'organisait en vue d'une attaque belge ou française par la- vallée de la Meuse.
Cependant, les forts de Liège continuaient à fermer la route aux Allemands. Ils étaient dignes de cette croix de la Légion d'honneur que la France décernait à Liège.
Au même moment, des troupes anglaises avaient débarqué à Ostende, Calais, Dunkerque, et se dirigeaient vers Namur. Maintes bonnes nouvelles, comme ce débarquement et l'entrée de nos troupes à Vic-sur-Seille, en Lorraine annexée, ^'ajoutant à cette résistance de Liège, illuminaient de joie l'âme de la France.
Oas Geheîmnis von Liilîich
Les défenseurs de Liège, c'est-à-dire la 3e division d'armée et la i 5e brigade mixte de la 4e division, s'étaient repliés sur la Gette. Les plus grands forts avaient unie division de 5oo hommes, les autres de 3oo. L'ennemi qui traversait la Meuse a Visé les enveloppait. D'autre part, la route passant par Liège lui était ouverte. Il pouvait cerner Namur. Pour écraser les derniers obstacles isolés, une seule chose lui manquait, sa très grosse artillerie : mortiers allemands de 420 et batteries autrichiennes de 3o5 à moteur.
Le i3,il cessa de bombarder les forts de Liège situés sur la rive droite et fit pleuvoir ses obus sur ceux de la rive gauche : Pontisse, Liers, Lantin, Loncin, Hollogne, Flémalle.
Les troupes belges tentèrent de nouvelles sorties. Leurs mitrailleuses, traînées par des chiens, accomplirent de bonne besogne. Mais dans les combats nocturnes se produisirent certaines confusions tragiques, : les chasseurs du ierde ligne furentpris pourdes Allemands par les mitrailleurs du 9e, tandis que les Allemands arrivaient, déguisés en soldats belges. Après plusieurs échecs, les Allemands réussirent à rétablir les ponts et à franchir la Meuse. Le général Léman s'enferma dans le fort de Loncin.
Le fort de Chaudfontaine, qui tenait sous son feu le tunnel du même nom ainsi que le chemin de fer de Liège à Aix4a-Chapelle par Verviers, avait été l'objet du bombardement le plus furieux : il n'était plus que ruinés. Le commandant Namèche à qui il était confié, donna l'ordre d'obstruer le tunnel en y faisant entrer en collision des locomotives et en y faisant jouer la mine. Puis, ne voulant pas céder même des ruines aux Allemands, il se fit sauter.
Pour hâter la prise du fort de Flémalle, les Allemands, au matin du 16 août, prirent 210 habitants da Flémalle-la-Grande et déclarèrent : « Us seront tous fusillés, si le fort ne se rend pas pour midi. » Le fort ouvrit ses portes.
Le premier coup de 420 fut tiré sur le fort de Loncin. L'obusier de 420 pèse 2 020 quintaux. Il exige
douze wagons pour le porter et 3oo hommes pour le servir. Son canon a 5 mètres de long. Il envoie à 23 kilomètres un projectile de im,2D qui pèse 400 kilogrammes et coûte 14 000 francs. Le coup est tiré au moyen d'un cordon électrique de 3oo mètres. Quand le coup part, toutes les vitres sont brisées dans un rayon de 3 kilomètres. Tous les hommes qui le servent ont les yeux, les oreilles et la bouche protégés par un "masque. Au commandement de feu, ils s'inclinent pour préserver leur poitrine contre la pression de l'air. La terrasse sur laquelle se trouve la pièce est minée ; l'ihgénieur qui commande le service a prêté serment de faire tout sauter « en cas de danger de prise».
Les pièces allemandes braquées sur le fort de Loncin, manquaient leur but. Pour régler le tir, un officier allemand s'avança porteur d'un drapeau blanc et put repérer la poudrière: quelques heures après, elle sautait, avec presque toute la garnison du fort. Des blocs de béton de 2b mètres cubes étaient projetés au loin. L'air saturé de gaz devint irrespirable.
OBCS ALLEMAND DE 420mm
(Réduction d'une affiche répandue par
les Allemands pour commémorer la
prise de Liège.)
Les Allemands trouvèrent le généra] Léman étendu tout sanglant sur une paillasse, au revers d'un fosse. Il avait voulu qu'on le laissât la.
Avant d'être transporté en Allemagne, il écrivit au roi des Belges :
« Après d'honorables engagements livrés les 4, 5 et 6 août, je jugeai que les forts de Liège ne pouvaient jouer d'autre rôle que celui de forts d'arrêt. Je maintins néanmoins le gouvernement militaire, pour coordonner la défense autant que possible et pour exercer une influence morale sur la garnison. Votre Majesté n'ignore pas que j'étais au fort de Loncin le 6 août, à midi. Vous apprendrez avec chagrin que le fort a sauté hier, à 5 h. 20 du soir, et que la plus grande partie de sa garnison a été ensevelie sous les décombres. Si je n'ai pas perdu la vie dans cette catastrophe, cela tient à ce que mon escorte m'a retiré de la place forte au moment où j'étais suffoqué par les gaz qui se dégageaient après l'explosion de la poudre. On me porta dans une tranchée où je tombai ; un capitaine allemand me donna à boire ; puis, je fus fait prisonnier et emmené à Liège. Je suis certain d'avoir manqué d'ordre dans ma lettre, mais je suis physiquement ébranlé par l'explosion du fort de Loncin. Pour l'honneur de nos armes, je n'ai voulu rendre ni la forteresse ni les forts; daignez me pardonner, Sire ! En Allemagne où je me rends, ma pensée sera, comme elle l'a toujours été, avec la Belgique et le Roi. J'aurais volontiers donné ma vie pour les servir mieux, mais la mort ne m'a pas été accordée. »
Le général Léman n'avait disposé que de 35 000 hommes. Les pertes infligée^ par lui aux Allemands s'élevaient à plus de 3o 000. Les Belges, aux environs de Liège et sur la frontière, avaient fait plus de 4 000 prisonniers : ils en confièrent la garde à la France. Les Allemands demandèrent un armistice de vingt-quatre heures pour enterrer leurs morts.
Ce n'est pas seulement du sang à flots, mais aussi une forte portion de son prestige militaire que l'Allemagne perdit devant Liège, dans les tranchées de Barchon. de Fléron, de Boncelles. On avait calculé que Liège pourrait tenir deux journées au plus; elle a tenu plus d'une semaine. Liège a bien mérité de la Belgique, de la Fiance, de la Civilisation.
Ils se sont aveuglés. Mais pouva:cnt-ils voir clair?
Leur empire, taillé partout en pleine chaii.
Forme une œuvre brutale, inquiétante et basse.
En Pologne, en Slcsvig, en Lorraine, en Alsace,
Ils ne l'ont maintenu que par l'écrasement.
Ils se sont élancés en masse, lâchement,
Rançonnant les maisons, ravageant les récoltes,.
Traitant la résistance et la plainte en révoltes,
Torturant les vieillards, fusillant les enfants.
Avec l'assasinat et le vol triomphants,
La barbarie avance, accablante et traîtresse.
Mais tout à coup le Droit devant elle se dresse
Et l'arrête. Le Droit 1 Ah! vous n'y croyiez pas.
A son seul nom sacré, vous riiez aux éclats.
Le Droit existe. Il est la Maiesté future. •
Il barre le chemin à l'infâme aventure.
Vous étiez cent contre un et, par tous ics moyens,
A tout prix, vous vouliez passer. Des citoyens
En armes n'ont pas peur de vous. Voici que Liège,
La tranquille cité que votre rage assiège,
L'ouvrière au beau grand fleuvt laborieux,
Incarne la Justice et l'Honneur sous les cieux.
Ce beau fleuve, venu des marches de Lorraine,
Reflétant Domremy dans son eau plus sereine.
Murmure avec orgueil aux quais de sang rougis
Le nom de Jeanne d'Arc qui sauva son pays.
Dernier effort de la diplomatie allemande en Belgique.
Tout d'abord, certains Belges avaient fait un accueil peu favorable à l'ordre de mobilisation. Le rappel de quatorze classes sous les drapeaux leurparaissaitinutile : « L'Allemagne était incapable d'attenter à la liberté de la Belgique. D'ailleurs, pourrait-on jamais lui résister?» L'ultimatum de l'Allemagne leur révéla tout le danger, et la résistance de Liège, tout leur courage. Les plus acharnés ennemis de la guerre couraient aux armes. Les réformés qui, grâce à la complaisance des lois, étaient au nombre de 5o pour 100, intriguèrent pour avoir un fusil.
L'Allemagne, en même temps qu'elle commençait à torturer la Belgique, continuait ses manœuvres pour la corrompre. Elle voulut lui faire dire :
— L'honneur belge est sauf. Après un si glorieux effort militaire, la Belgique n'a plus aucun motif pour s'opposer au passage des troupes allemandes. Au reste, l'Allemagne n'a jamais eu l'intention de s'annexer la moindre parcelle du territoire belge : elle retirera ses troupes dès que la guerre prendra fin.
Pour cette communication, l'Allemagne s'adressa premièrement au gouvernement des États-Unis. Le ministre d'Amérique à Bruxelles ayant répondu par un refus formel, elle se tourna vers le gouvernement hollandais. Le ministre des Affaires étrangères de Hollande consentit le 9 août à faire dire, par son ambassadeur, au gouvernement belge, le 9 août :
« Le ministre des Affaires étrangères m'a prié de vous transmettre les informations suivantes, parce que le ministre d'Amérique à Bruxelles s'y refuse. La forteresse de Liège a été prise d'assaut, après une défense courageuse. Le gouvernement allemand regrette très profondément que, par suite de l'attitude du gouvernement belge contre l'Allemagne, on en soit arrivé à des rencontres sanglantes. L'Allemagne ne vient pas en ennemie en Belgique. C'est seulement par la force des événements qu'elle a dû, à cause des mesures militaires de la France/prendre la grave détermination d'entrer en Belgique et d'occuper Liège comme point d'appui pour ses opérations militaires ultérieures. Après que l'armée belge a, par sa résistance héroïque contre une grande supériorité, maintenu l'honneur de ses armes, le gouvernement allemand prie le roi des Belges et le gouvernement belge d'éviter (sic) à la Belgique les horreurs ultérieures de la guerre. Le gouvernement est prêt à tous accords avec la Belgique, conciliâmes avec le conflit entre l'Allemagne et la France. L'Allemagne assure encore solennellement qu'elle n'a pas l'intention de s'approprier le territoire belge, et qu'une telle intention a toujours été loin d'elle. Elle est prête à évacuer la Belgique, aussitôt que l'état de guerre le lui permettra. »
Voici la dédaigneuse et fine réponse que le gouvernement belge fit le 1 3 août :
« La proposition que, au nom de l'Allemagne, vient de nous faire une puissance neutre, le gouvernement hollandais, est en somme identique à celle qui a été formulée le 2 courant. Fidèle à ses devoirs internationaux, la Belgique ne peut que réitérer sa réponse à cet ultimatum, d'autant plus que, depuis le 2 août, sa neutralité a été violée, qu'une guerre douloureuse a été portée sur son territoire et que les garants de sa neutralité ont loyalement et immédiatement répondu à son appel.»
Le mot loyalement, à la fin de cette réponse, a le caractère et l'accent d'une flétrissure.
Le cardinal Mercier, archevêque de Malines, devait dire à propos de ces intrigues :
« Certains personnages habiles ont blâmé la Belgique de ne s'être pas contentée
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d'une protestation verbale ou de quelques coups de canon. Mais tous les hommes de cœur seront avec nous, contre les inventeurs de ces calculs mesquins. »
A vrai dire, la force de séduction que les tentatives de ce genre pouvaient avoir était étrangement diminuée par la fameuse déclaration de l'Allemagne sur la valeur qu'elle attache aux traités. Si le pacte le plus solennel n'est qu'un chiffon de papier, que serait une misérable tractation conclue dans l'ombre ?
Comment l'Autriche fut forcée de déclarer enfin la guerre.
C'était le gouvernement austro-hongrois qui avait allumé la guerre. Le ministre des Affaires étrangères d'Allemagne, M. de Jagow dira : « L'Autriche a été obligée
de faire la guerre, parce que ses intérêts dans les Balkans se heurtaient sans cesse à la mauvaise volonté des puissances de l'Entente. » Aveu significatif. Le meurtre de Sarajevo n'était donc qu'un prétexte.
L'Autriche et l'Allemagne pensaient :
« L'Europe n'a pas encore oublié l'attentat de igoS. Elle regarde toujours les Serbes comme des assassins. Tel est surtout le sentiment de la monarchie anglaise et de la monarchie russe. Ni l'une ni l'autre n'interviendra en leur faveur. Nous tenons la Serbie. Toute la question d'Orient est remise sur le tapis. Demain, nous pousserons vers Constantinople ».
Pour l'Autriche, la mobilisation était devenue un état normal : elle avait mobilisé son armée, en 1908 et en 1909, pendant la crise de la Bosnie-Herzégovine; en 191 3, pendant la crise balkanique et albanaise. Ses ressources s'épuisaient en dépenses militaires et ses populations de race slave se préparaient à la révolte. Le bruit de la banqueroute à ses-portes lui faisait accepter sans déplaisir l'image d'un bouleversement dans l'Europe entière- Cependant, cette guerre qu'il avait allumée, le gouvernement austro-hongrois ne la déclarait pas.
Il avait mis à la disposition de l'Allemagne non seulement son artillerie lourde, supérieure en qualité à l'artillerie allemande, mais encore les régiments d'origine slave qu'il n'osait pas diriger contre la Serbie et la Russie. Cependant, il maintenait ses ambassadeurs à Saint-Pétersbourg, à Paris, à Londres, espérant que les puissances de la Triple-Entente rompraient avec lui et que l'Italie, par le casus fxderis, serait entraînée à lui venir en aide.
Le 3 août, le comte Szecsen de Temerin, ambassadeur d'Autriche à Paris, alla encore au Cercle de l'Union dont il était membre. A vrai dire, ce jour-là, il ne trouva personne pour jouer au bridge avec lui.
yPlus encore que l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie affectait de croire à un attentat contre Nuremberg, commis par des aviateurs français venus de Belgique. Elle ne voulait pas entendre le bourgmestre de Munich et le commandant par intérim du
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(Photo Manuel.
I Q r 4 • — LA GUERRE DU DROIT. 42?
IIIe corps d'armée bavarois qui déclaraient : « Toutes les affirmations à ce sujet sont reconnues fausses. »
Quand un des hauts fonctionnaires du ministère austro-hongrois, le baron Macchio, avait annoncé avec indignation à notre ambassadeur, M. Alfred Dumaine, ce prétendu attentat au droit des gens, notre ambassadeur lui avait répondu :
— Comment pouvez-vous admettre la possibilité d'un raid de 700 kilomètres aller et retour, accompli sans toucher terre pour le seul avantage de bombarder des fabriques de jouets?
En ce même moment, l'ambassadeur d'Autriche à Paris se plaignait à son gouvernement de ce que, « dans tous les restaurants français, la nourriture lui était refusée, ainsi qu'au personnel de son ambassade ». Le comte Berchtold dénonça le fait à M. Alfred Dumaine. Or, voici ce qui s'était passé. L'ambassadeur d'Espagne avait tâché, par une démarche amicale, de faire comprendre au comie Szecsen qu'il devrait renoncer à prendre ses repas au Cercle de l'Union où sa présence continuelle semblait peu discrète aux autres convives.
Le 5 août, le gouvernemenr austro-hongrois adressa à son ambassadeur à Petrograd, le comte Szapary, la dépêche suivante :
« Remettez au gouvernement russe cette note : Vu l'attitude mena- (Photo Trampus.)
çante prise par la Russie dans le
conflit entre l'Autriche-Hongrie et la Serbie et en présence de ce fait que, d'après une communication à Berlin, la Russie a cru devoir ouvrir les hostilités contre l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie se déclare en état de guerre avec la Russie. »
Malgré tout, le gouvernement austro-hongrois affecta encore de n'avoir rien à démêler avec la France et avec l'Angleterre. Il télégraphiait à son ambassadeur de Londres : « Donnez l'assurance au gouvernement anglais que nous n'ouvrirons les hostilités contre l'Angleterre, en aucun cas, sans déclaration de guerre formelle. Nous attendons de l'Angleterre qu'elle observe à notre égard une attitude analogue. »
Cependant, l'artillerie autrichienne, en Belgique, achevait de détruire les forts de Liège avec ses obus de 3o5. Cependant, on signalait près du Rhin la présence de troupes envoyées par l'Autriche au secours de l'Allemagne : Bosniaques aux coiffures en forme de fez ; Tyroliens s'avançant sur la route parcourue jadis parleurs aïeux que battirent, à Wissembourg et à Hohenlinden, les armées de la première République. Parmi les soldats poussés ainsi contre la France se trouvaient des Tchèques. Combien de fois avions-nous eu les Tchèques à nos côtés, dans nos fêtes fédérales de gymnastique ! Leur cœur nous était ouvert : nous y lisions avant tout : « Haine de l'Allemand ».
A Paris, le 8 août, M. Doumergue, devenu ministre des Affaires étrangères, manda l'ambassadeur d'Autriche-Hongrie et lui dit :
BARON MACCHIO.
I 0 I 4 • — »• a guïïrrf: UV DROIT.
— On nous affirme que le corps d'armée d'Inspruck a été envoyé à la frontière française. Cela est-il vrai oui ou non?
M. Doumergue avait invité notre ambassadeur à Vienne à poser la même question, dans les mêmes termes, au gouvernement austro-hongrois. Le comte Szecsen répondit, le lendemain :
— Les nouvelles qui font croire à la participation de nos troupes dans la guerre franco-allemande ont été fabriquées de toutes pièces.
— Soit! déclara le ministre. Je n'insiste pas sur le fait d'une participation directe. Mais les troupes austro-hongroises sont en liaison avec les forces allemandes. Cela est incontestable et cela représente une aide militaire apportée à l'Allemagne par votre gouvernement. Aussi, l'ambassadeur de France à Vienne a-t-il reçu l'ordre
de demander ses passeports. La présence d'une représentation austro-hongroise à Paris n'a donc plus aucune utilité.
Ce langage fut enfin compris par l'ambassadeur austro-hongrois. Il demanda ses passeports et quitta Paris, le 9 août, regagnant l'Autriche par l'Italie. En arrivant à Vintimille, il télégraphia à M. Doumergue pour « le remercier de la courtoise amabilité avec laquelle la République française avait bien voulu faciliter son voyage ».
De la part des Français, il n'y avait jamais eu la moindre animosité à l'égard de l'Autriche-Hongrie. Presque tous montraient même une sorte de pitié superstitieuse pour les malheurs sans nombre qui, depuis soixante ans, s'accumulaient sur la tête de l'empereur François-Joseph. Certains Lorrains, en passant devant la Chapelle Ronde de Nancy où reposent ses aïeux, parlaient de lui avec une respectueuse sympathie.
Seules, au début de la guerre, quelques voix firent entendre- un avertissement :
— L'Autriche-Hongrie vous étonnera par son ingratitude. Voyez sa conduite à l'égard de la Russie. Or, c'est la Russie qui, en 1849, a maintenu sur le trône ce François-Joseph. En ce qui nous concerne, il n'a jamais pardonné aux Français d'avoir laissé les Italiens lui reprendre la Vénétie et la Lombardie. Il veut que 1 q 14 répare 1859 et 1866.
Le gouvernement autrichien avait su dissimuler ses sentiments, ses ambitions, ses rancunes sous un masque si flatteur que l'Angleterre, la Russie, la France et la Serbie elle-même s'y étaient laissé prendre. L'Angleterre s'était chargée de faire signer à la Serbie la déclaration du 18 mars 1909 et avait apporté à la conférence de Londres qu'elle présidait, en 1 9 1 3, un esprit de conciliation glorifié par le ministre austro-hongrois, comte BerchtolcT. Le même comte Berchtold disait de la Russie, en 191 3 : « Elle a non seulement diminué les occasions de froissement entre elle et nous, mais produit une heureuse harmonie de conceptions et d'intérêts. » En mars 1914, notre ministre des Affaires étrangères, M. Doumergue, dans un discours prononcé à la Chambre, rendait hommage « à la haute sagesse qui réglait les destinées del'Autriche-Hongrie ». Et le ifi juillet 1914, un des hommes d'Etat les plus distin-