TOURELLE BLINDEE D UN FORT
rer la route, malgré les gros obus de 3o5, à un corps allemand venu de Metz qui pensait pouvoir traverser la Meuse.
Si le fort du camp des Romains avait été bétonné, l'ennemi ne serait jamais arrivé, à la Meuse par Saint-Mihiel.
Sur l'ordre formel de résister jusqu'à la dernière extrémité, le général d'Amade prit pour points d'appui Maubeuge, Lille, Dunkerque. Mais comment mettre Lille en état de défense? Une grande partie des canons avait été enlevée avec tout le personnel des batteries. Tout y était à faire.
Pendant que le général Percin, qui commandait la ire région, d'accord avec le général Herment qui commandait l'artillerie, s'efforçait en hâte d'organiser la place et les environs de Lille, toute la France entendait, à travers la frontière, les cris de triomphe poussés par l'Allemagne. Féroces exagérations des bulletins de Berlin et de Vienne : « Victoire sur victoire ! écrivait à Guillaume II le vieil empereur François-Joseph. Les mots me manquent. Je serre ta main puissante. »
Relisons, d'autre part, les communiqués français. 23 août, au soir : « C'est sur la vaste ligne allant de Mons à la frontière luxembourgeoise que se joue la grosse partie ». 24 août, au matin : « La bataille est engagée entre la Moselle et Mons ». 24 août, au soir : « Du fait des ordres donnés, la lutte va changer d'aspect pour quelques jours ». C'était la retraite générale.
Bien que le maréchal French, lui aussi, fût décidé à cette retraite, il continua la lutte toute la nuit du 23 au 24. Il nous a clairement exposé les raisons de cet ■opiniâtre effort. La brusque rupture du combat eût été un irréparable désastre. Le combat se développa de Binche à Obourg et à Nimy, puis de Mons à Jemmapes et à Saint-Ghislain. Les troupes allemandes, qui s'avançaient à marches forcées le long de l'Escaut par Antoing, cherchaient à tourner l'aile gauche de l'armée britannique. Les corps de cette armée exécutèrent leur mouvement de repli en se
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protégeant l'un l'autre pardes coups de boutoir. C'est ainsi que, près d'Audregnies, dans une vaste plaine, plusieurs de leurs régiments, dragons et lanciers, reçurent l'ordre d'enrayer à tout prix l'avance de l'ennemi, même en chargeant. Les Allemands avaient dissimulé, à cent pas de leur front, des lignes de fils de fer. Que se passa-t-il ? Certains historiens des plus autorisés donnent à ce propos deux récits entièrement contraires jusque dans le détail. D'après les uns, la cavalerie anglaise culbuta, s'écrasa, s'amoncela dans un élan fatal, tandis que, sur cette montagne agonisante d'hommes et de chevaux, l'artillerie allemande épuisait à l'aise sa fureur. D'après les autres, parmi lesquels se rangent d'excellents chroniqueurs britanniques, voici ce qui se passa. « Des colonnes allemande se dirigeaient de Quiévrin vers Audregnies. Les régiments britanniques qui occupaient ce village reçurent l'ordre que l'on sait. L'idée de charger fait toujours l'effet d'un stimulant à la cavalerie anglaise. Transportés d'enthousiasme, les régiments sortirent du village. L'ennemi apparaissait à quinze cents mètres au delà des champs de blé où les gerbes étaient encore en tas. Dès qu'il vit la cavalerie en ligne d'attaque, il se dispersa, s'abrita derrière lestas de gerbes et ouvrit le feu. Tout à coup la cavalerie aperçut, entre deux champs, une barrière de fils de fer. Avec un parfait sang-froid, les deux colonels firent obliquer leurs cavaliers. Tous mirent pied à terre derrière de grands tas de mâchefer, d'où ils ouvrirent un feu meurtrier sur l'ennemi, tandis quelesbatteries voisines sejoignaient à eux. Le combat dura quatre heures, pendant lesquelles les chevaux furent peu à peu retirés vers l'arrière. » De ces deux récits, c'est le second qui contient la plus grande part de vérité. Une enquête que nous avons faite nous-même permet de l'affirmer. Pour des actions si dispersées et si compliquées, où les meilleurs témoins se contredisent de bonne foi, la vérité absolue est extrêmement difficile à découvrir.
Lemaréchal French avait acquis la certitude que l'ennemi travaillait à le pousser vers Maubeuge, pour l'y cerner. Aussi accéléra-t-il la marche de ses troupes, malgré leur fatigue accablante et malgré l'encombrement des routes, qu'aggravait encore le mouvement du corps de cavalerie française passant à la gauche de l'armée britannique. « A tout prix, disait French, je mettrai entre les Allemands et moi un obstacle sérieux, la Somme ou l'Oise. C'est cinquante-cinq ou soixante kilomètres à faire. Nous les ferons et nous nous reposerons après, en nous réorganisant ».
D'ailleurs, voici enfin que débarquait au Cateau le reste de l'armée britannique, ce 3e corps si impatiemment attendu et qui, une semaine avant, aurait pu faire si utile besogne. Le général Snow, qui commandait ces forces nouvelles, reçut l'ordre de s'établir au sud de Solesmes, en appuyant sa gauche à la route du Cateau à Cambrai. Le ier corps anglais s'était, d'une seule traite, replié jusqu'à Landrecies. Il tombait de lassitude. Mais les Allemands ne lui accordaient aucun répit.
L'éducation militaire de la Grande-Bretagne était fondée, depuis soixante ans, sur les expériences des « petites guerres ». C'était également à ces petites guerres,
3ÉNÉPAL PERCIN
(Photo Manuel.)
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I9I4. — LA GUERRE IiU DROIT.
dans des contrées lointaines, que l'équipement des troupes était destiné. Au contraire, l'Allemagne, depuis plus d'un siècle, se préparait à la grande guerre européenne. Son armée était équipée pour des marches rapides, surde grandes routes pavées et macadamisées.
Dans la suite, l'armée britannique réquisitionnera les automobiles et les camions des maisons de commerce. Mais, au début, les moyens de locomotion lui manquaient complètement. Sur des arrière-gardes épuisées de fatigue, l'ennemi jetait aisément des troupes bien reposées.
La bataille reprit en pleine nuitet s'étendit de proche en proche. A la prière du général French, le général Va- !abrègue,avec ses divisions de réserve, dirigea une attaque vers la route de Landrecies à Avesnes. Dans les rues de Landrecies, la lutte fut extrême ment m e u r trière pour l'ennemi. Tout à coup, on entendit de l'infanterie marcher dans la forêt voisine.
Des chansons françaises s'élevèrent. Un projecteur fit entrevoir des uniformes français. On laissa donc s'avancer cette colonne. Mais un nouvel éclat du projecteur révéla des uniformes allemands derrière des sections aux pantalons rouges. Les mitrailleuses britanniques n'eurent pas le temps de tirer. Un corps-à-corps s'engagea dans l'ombre, avec des baïonnettes et des revolvers. Les troupes britanniques plièrent sous le nombre.
A grand'peine, le ier corps anglais parvint à se dégager. Il marcha vers le sud, dans la direction de Wassigny-Guise.
A tout prix, répétons-le, French voulait soustraire son armée à l'aimant des places fortes. Pour avoir vu de si près la guerre de 1870, il savait que Maubeugelui serait aussi fatale que Metz l'avait été à Bazaine.
Maubeuge, chargée de défendre le nœud de voies ferrées aboutissant à Paris, était hors d'état de tenir sous le feu des gros mortiers. Le général Fournier, qui commandait le camp retranché, n'avait que 20 batteries de ~}b et de 120 et 20 pièces de 90. Ses forces se composaient du 143e, du 3q5c, de sept régiments de territoriaux, de deux régiments du génie, d'un escadron de chasseurs, de 20 avions et de deux dirigeables. Dès qu'il apprit l'avance de l'ennemi, il fit évacuer la population. Sur 20000 habitants, 16000 partirent. La retraite de l'armée anglaise permit