TOURNAI. — LA GRANDE PLACE
(Photo Crété.)
à l'ennemi de cernerla ville. Le bombardement des forts commença le 25 et celui de la ville dans la nuit du 25 au 26 août.
L'ennemi, dans son avance, n'était gêné que par la présence de l'armée d'Amade, établie sur le front Le Quesnoy-Valenciennes-Tournai. Au moyen des écluses it des canaux, cette armée avait tendu les inondations de la Scarpe, de l'Escaut, de la Rhonelle. Si elle ne réussit pas à arrêter l'envahisseur, du moins ne cessât-elle jamais de menacer son flanc droit. Un peu renforcée, elle donna à deux bataillons de territoriaux la mission de réoccuper la ville de Tournai. L'ennemi, prévenu par ses avions, fit avancer ses canons et ses mitrailleuses dont le nombre nous étonnait toujours. La France en possédait 2700. Il enpossédait 5oooo. Ce demie r chiffre était inconnu en France. Le gouvernement de Guillaume II mettait autant de soin à le dissimuler que le gouvernement de Napoléon III en avait mis à cacher les mitrailleuses primitivesqu'il dirigeait vers le front en 1870. A Tournai, les mitrailleuses allemandes si perfectionnées eurent vite raison des deux bataillons de territoriaux qu'accompagnait un peu de cavalerie, mais qu'aucune artillerie ne soutenait. L'ennemi fit un grand nombre de prisonniers et précipita sa marche dans la région de Condé, de Lille, de Douai.
Il avançait souvent sans coup férir, et toujours à coup sûr. Le 2d août, près de Lille, une patrouille allemande entrait à Fives-Mont-de-Terre. L'officier qui la commandait avait habité Lille jusqu'au moment de la mobilisation : il était employé dans une importante boucherie comme garçon de peine. Le même jour, près de Lille, à Orchies, un détachement allemand réquisitionna les automobiles de la fabrique de chicorée Leroux. Le sous-officier qui le commandait était un ancien employé de la Société des Téléphones de Lille. Les faits de ce genre sont innombrables. Douze jours après, à Bernes (Seine-et-Oise), entrait une patrouille allemande. L'officier qui la commandait était un ancien employé de la maison Félix Potin, qui avait acheté un magasin d'épicerie à Parmain-l'Isle-Adam et qui, jusqu'à la veille de la guerre, avait parcouru toute la région en voiture.
Les deux divisions nouvelles arrivées à l'armée d'Amade allaient-elles lui permettre de barrer la route à l'ennemi lancé à la conquête d'une région représentant les sept dixièmes de l'industrie française? Le général d'Amade avait donné l'ordre de mettre le camp retranché de Lille en état de défense. Des canons, des munitions, des hommes y furent précipitamment envoyés. Mais pouvait-on sauverune