GÉNÉRAL VON LUDENDORFF
efficacement la lutte. Ce fut alors que le général Ludendorff prononça avec insistance devant l'Empereur le nom du général von Hindenburg, hors de service depuis quatre ans.
Hindenburg était né à Posen, le 8 janvier 1847. Fils d'un hobereau prussien, il entra à l'Ecole des Cadets. Il prit part à la guerre contre l'Autriche où il fut blessé d'une balle à la tète, à la bataille de Sadowa ; puis à la guerre contre la France
où il reçut la Croix de Fer, à la bataille de Saint-Privat. A 54 ans, il devint commandant de corps d'armée et, à 63 ans, se vit mis à l'écart. Au début de cette guerre, retiré à Hanovre, il vivait seul avec trois chiens. Ses anciens collègues de l'armée l'appelaient le Vieux Fou ou\' Homme des Lacs. Il demanda un commandement : son offre resta sans réponse. Le 22 août, dans la brasserie de Hanovre où il fréquentait, il vidait des chopes, suivant sa coutume, en grommelant contre l'Étatmajor général qui l'avait relégué à cause de son farouche entêtement et de son humeur rogue. Vers trois heures de l'après midi, on lui apporta une dépèche officielle : l'Empereur lui télégraphiait : « Vous êtes désigné pour un grand commandement ».
Une heure après, nouvelle dépêche officielle. « Le général von Ludendorff, nommé chef de votre état-maior, arrivera par train spécial de Namur à Hanovre, à trois heures du matin ». A six heures de l'après-midi, troisième dépêche : « Vous partirez immédiatement avec le général von Ludendorff, pour prendre le commandement de la VIIIe armée, en Prusse orientale ».
C'était la région qu'il connaissait le mieux. Pendant de longues années, comme commandant de corps d'armée, il avait travaillé à la défense des lacs de Mazurie.
Le vrai nom de l'Homme des Lacs, c'est von Beneckendorff und Hindenburg. Ce nom ne semblait-il pas forgé à souhait pour être inscrit sur un lourd piédestal en airain de Prusse? Il est long comme un des clous votifs que la -superstition des pangermanistes enfonça dans les statues du vieux chef barbare, pour hâter le triomphe de l'Allemagne dans tout l'univers.
Tandis que von Hindenburg reste junker jusqu'à la moelle de ses os épais, son second, Ludendorff, fils d'un riche propriétaire foncier, n'appartient nullement à la noblesse.
Hindenburg est un géant grotesque. Sa taille d'un mètre quatre-vingt-dix, son extraordinaire corpulence, sa grosse tête carrée, ses paupières lourdes, ses énormes moustaches crochues, le font ressembler aux ogres des légendes enfantines. Le militarisme allemand, qui a sa caricature dans Hindenburg, a son image la plus flatteuse dans Ludendorff. Front bombé, dur regard bleu, petites moustaches blondes, bouche très mince, taille très ramassée, le collaborateur de von Hindenburg est le type du parfait officier d'état-major prussien.
Né, le 9 avril i865, à Krueszevina, près de Posen, Erich Ludendorff a passé par l'École des Cadets et par l'Académie de Guerre. Capitaine à trente ans, il entra
GENERAL VON HINDENBt'PC
GENEPAL VON FRANÇOIS
au grand état-major de Berlin qu'il ne quitta aue pour de rapides stages de commandement. En 191 1, i' fut nommé chef de la section des opérations; en iqi3, colonel du 39e régiment de fusiliers, à Dusseldorff; en janvier 1914, général-commandant la 85e brigade à Strasbourg. C'est de là qu'il partit, en août 1914, pour la Belgique où il remplaça le général von Vassow, tué devant Liège. Il travailla de toutes ses forces à la chute de la place, besogne extrêmement facilitée par l'artillerie lourde allemande et autrichienne.
En récompense de ses efforts, on lui donna la première croix de l'Ordre pour le Mérite et on l'écouta quand il parla de l'Homme des Lacs.
Sa doctrine militaire est que tout, même un insuccès, peut contribuer à la victoire. Quant à sa doctrine philosophique, c'est que celui qui accuse la fatalité ferait mieux de s'accuser luimême. « Il n'y a pas de fatalité : il n'y a que la volonté des hommes forts ». Pour un Ludendorff, l'homme fort, c'est l'homme sans
respect du droit, sans souci de la pitié : en un mot, l'homme sans humanité. Il a rappelé en toute occasion l'abominable maxime prussienne : faire la guerre aussi •cruelle que possible, pour qu'elle soit courte. Parmi les plus précieux instruments decruauté, il a tout de suite vanté le sous-marin. C'est lui qui a forgé cette formule aussi riche en lâcheté eten hypocrisie qu'en cruauté : « Couler sans laisser de trace», Sfrurlos versenken. En ce qui concerne les sous-marins, il ne pouvait donnerque des •conseils. En ce qui concerne les avions, il pouvait donner des ordres. Il a bombardé les vil les ou vertes, en justifiant ces attentats par une doctrine ex posée avec tout le sanglant pédantisme de sa race : « Nous avons le droit de détruire les forces d'avenir susceptibles d'être utilisées par l'ennemi. Le plus sûr moyen de détruire ces forces futures n'est-il pas de supprimer les femmes et les enfants, c'est-à-dire les mères futures et les futurs combattants? Notre devoir strict est de défendre par tous les moyens la vie de nos soldats ».
Mieux que personne, il a su se servirde la presse pour répandre les opinions ou les nouvelles qu'il jugeait utiles à la victoire. Il fonda un immense atelier de propag mde dont la principale machine était le communiqué. Pour cet atelier officiel, il a formé un corps d'officiers chargés de parler aux soldats dans les cantonnements, Wohl/arl's 0 filière (« officiers de réconfort »). Une véritable armée de journalistes manœuvrait jour et nuit sous ses ordres. Les articles de journaux et les imprimés de toutes sortes, démontrant que l'Allemagne est invincible et que Paris doit être anéanti, portaient sa griffe. Selon ses conseils pressants, unecensure de plus en plu*; stricte s'exerçait sur la presse allemande, surveillée à la fois par l'autorité civile et par l'autorité militaire. Toutes les questions rentraient dans le domaine de cette double censure. Un bureau spécial au ministère de la Guerre donnait aux journaux des consignes et leur imposait les thèmes à développer. Les campagnes qui semblaient dirigées contre le gouvernement étaient comme tout le reste inspirées ou réglées par lui. Le journal auquel le gouvernement adresse le plus volontiers ses
1914 — LA GUERRE riU DROIT.