‹ 1914Chapitre 10 sur 215 · GÉNÉRAL BURCKHARDT · texte numérisé non relu

GÉNÉRAL BURCKHARDT

(1) Ce récit que le général 3urckhardl nous laisan Je sa voix douce, avec son discret sourire, nous touchait tout particulièrement. C'est lui qui nous a donné ce même baptême, en nous embrassant au nom de tous les Alsaciens-Lorrains.

LA G UERRlî ht) DROIT.

Notre Service de Santé se montra digne de nos combattants. Un médecin avait donné à un adjudant brancardier l'ordre daller chercher cinq mitrailleurs blessés, dans un fortin démoli. Quand l'adjudant, accompagné de dix hommes, arriva à nos premières lignes, le commandant de la tranchée lui dit : « Vous ne ferez pas un pas de plus : c'est un déluge de feu. » Il répondit : « Nous verrons bien ». Et il franchit le parapet avec ses dix hommes. Des lignes allemandes, un officier allemand cria en français: « Votre audace est stupide : vous ne pouvez pas en réchapper. » Notre adjudant fit deux voyages et ramena à l'arrière non seulement les cinq mitrailleurs blessés, mais deux de ses brancardiers tués pendant leur travail. Ce bon Français était un territorial, père de quatre enfants.

Pour avoir complètement raison de l'offensive ennemie, nous avions résolu de prendre l'oflensive à notre tour. Notre attaque du 22 mai contre le fort de Douau-

LtS ABORDS DU FORT DE VAUX,

mont fut conduite par le général Mangin, avec le 36% le 3y% le 1.29e., 'e 74'- Au départ, les obus blessèrent, autour du général, plusieurs de ses officiers d'état-major. « Bah! s'écriait-il, un feu de barrage, cela peut toujours se franchir. » Ses hommes s'emparèrent du fort de Douaumont et y demeurèrent jusque dans la nuit du 23 au 24.

En iuin, l'ennemi entreprit un suprême effort. Le Kronprinz disait à ses troupes : « Les Français se figurent que nous allons desserrer notre étreinte. Ils se trompent. » C'est un prisonnier allemand du 53' régiment (5oe division) qui nous a rapporté le premier ces mémorables paroles. Le Kronprinz, une fois de plus, parlait en matamore. L'étreinte de l'ennemi devait être bientôt desserrée.

Au prix de terribles sacrifices, l'ennemi parvint à la ligne Froideterre-Fleury- Souville, et fit encore des prisonniers. Plusieurs de nos grosses pièces n'ayant pas pu être ramenées en arrière, durent être démolies à coups de 75 : nos artilleurs, en tirant sur elles, pleuraient.

C'était surtout le fort de Vaux que l'ennemi voulait prendre. Il s'était emparé

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du bois Fumin, à l'ouest, et du village de Damloup, à l'est du fort. Il y touchait. Bientôt il arriva à la contrescarpe. Les coffres qui assuraient le flanquement des parties essentielles de la déiense avaient été écrasés ou percés. Par ces brèches, il établit des mitrailleuses sur la superstructure. Notre ami, le commandant Raynal, qui avait sous ses ordres la garnison de Vaux, était encore en communication avec notre artillerie : « Tirez sur le fort, dit-il. — Quoi! sur le fort où vous êtes ? — Oui. Il y a sur le fort des mitrailleuses allemandes. Tirez ». Notre artillerie obéit. Mais l'ennemi s'était infiltré dans la gaine, c'est-à-dire dans les parapets qui permettent de circuler à couvert. En vain les défenseurs de Vaux tentèrent-ils de se dégager par des contre-attaques. Entièrement cernés, ils résistèrent encore pendant cinq jours. L'ennemi leur lançait à bout portant des gaz asphyxiants et lacrymogènes.

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