LE « BEAU DIEU
(Photo Giraudon.;
q5i I 0 I 4- — LA GUERRE DU DROIT.
permettait pas même d'aller prendre chez eux une chemise de rechange. A Corbie, une grande filature recommençait à travailler. Industriels et ouvriers durent tout abandonner sur l'heure.
Un médecin militaire nous disait: « Je devais rejoindre ma formation près de Montdidier, d'où je suis parti en permission^ le 23 mars. « Tout ira bien », avait déclaré M. Clemenceau qui était venu nous voir le 22 mars. Comment les Allemands ont-ils pu faire tant de chemin en si peu de temps? Plus de douze kilomètres par jour! Nous avons dû abandonner nos grands blessés et nos tuberculeux. De même, à Moreuil, où nous avions construit de vastes ambulances si parfaitement outillées! A 40 kilomètres des lignes, nous nous considérions en complète sùretél Dans cette guerre, tout est surprise. A bientôt notre tour de surprendre l'ennemi. »
Dans toute la Picardie, les populations, d'abord ébranlées par le repli des Britanniques, revenaient peu à peu à l'espoir. Elles pensaient : « Amiens ne peut pas tomber.
CORBIE. — t.A CATHKUPAI.E.
iSection photographique de l'Armée.)
Les Britanniques ont compris que la chute de la ville leur serait fatale. Ils perdraient, du même coup, leurs centres de ravitaillement, leurs bases d'action militaire, tout ce qui fait leur force. Quant aux Français, inutile de leur rappeler leur devoir. Si l'ennemi s'emparait du nœud de chemins de fer d'Amiens, ce qui reste du nord de la France: industrie, charbonnages, ressources de toutes sortes, serait coupé. »
Seconde ruée allemande. Bataille de la Lys. Bataille de Ludendorff.
L'ennemi qui « croyait ses adversaires à peu près hors de cause » tenta, le 4 avril, une nouvelle attaque avec vingt-cinq divisions.
Entre Grivesnes et la route d'Amiens à Roye, sur un front de 1 5 kilomètres, il se heurta à notre lre armée commandée par le général Debeney. Nos douze divisions,
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non seulement lui résistèrent avec une énergie indomptable, mais reprirent à leur tour l'ollensive, lui infligèrent de lourdes pertes et ne lui laissèrent qu'une très faible partie du terrain disputé.
Il ne fut pas plus heureux dans une attaque contre les troupes britanniques, entre l'Avre et la Somme.
Le 6 avril, il porta son effort à l'est de l'Oise, au sud-ouest de la forêt de Coucy. Et, comme nous rectifiions volontairement notre front, ses communiqués crièrent : Victoirel
Par ces tentatives qui lui coûtaient fort cher, il pensait premièrement empêcher Foch d'envoyer des réserves au secours de nos alliés.
Ayant modifié son plan initial, il projetait de crever le front britannique au nord d'Arras, entre le canal de La Bassée et Ypres. Il avait accumulé de ce côté des forces importantes et, pour consacrer l'entreprise par une autorité vénérée dans toute l'Allemagne, il avait fait venir sur place von Bernhardi, le fameux théoricien de la guerre pangermaniste.
Entre le canal de la Bassée et Armentières, un secteur était tenu par 40 000 Portugais. Ce fut contre cette soudure précaire qu'il se rua.
L'armée de von Quast, forte de 120000 hommes, attaqua, le g avril, à 7 heures du matin, sur un front de quinze kilomètres, après un bombardement de deux heures. De Givenchy au Bois-Grenier, les Portugais, surpris en pleine relève, reculèrent jusqu'à la Lys.
Une poche profonde de sept kilomètres se creusait dans le front britannique. L'ennemi parvenait à l'écluse de Bac-Saint-Maur, passait la Lys et touchait à Croix-du-Bac.
Mais les deux charnières, Bois-GrenieretGivenchy, avaient résisté. A Givenchy, la 55e division britannique prouva que « pour elle, le mot tenir a toujours tout son sens ». Cependant, l'ennemi pouvait annoncer des milliers de prisonniers et l'occupation de la vaste plaine !
Le lendemain, sur le front britannique, le combat se développa entre Armentières, la Lys et le canal d'Ypres à Comines. L'ennemi s'empara d'Armentières et de Messines.
Pendant quelques jours, il continua à avancer, au prix de grands sacrifices, vers le nord-est de Bailleul. Mais le front britannique ne se brisait pas dans son repli.
Le 16 avril, nos alliés saluèrent l'arrivée des premiers Français que le commandement unique envoyait au secours de leurs secteurs les plus menacés. En soixante heures, nos cavaliers avaient franchi deux cents kilomètres. Derrière eux venaient deux divisions d'infanterie : d'autres suivaient.
C'était l'admirable armée du général de Mitry, Lorrain vaillant, sagace et prompt. Le maréchal Haig lui adressa les plus chaudes félicitations et le chargea de