MÉRY (OISE
(Section photographique de l'Armée.
nos braves Américains achevaient la conquête du bois Belleau et remportaient une véritable victoire sur le front de Belleau à Bouresches.
La bataille du Kronprinz était perdue.
L'effort violent tenté contre Reims, le 18 juin, par l'armée de Belovv, échouait, comme avaient échoué les efforts de von Hutier et de von Boehm. Pourtant l'ennemi tenait, à quelques pas de Reims, des positions sans pareilles. Par le sud de la Pompelle,parNogent-l'Abbesse, par le sud de Bétheny, parle sud deNeuvillette, par Tinqueux, par Vrigny, par Sainte-Euphraise, par Bligny, il cernait, jusqu'à l'étouffer, la noble et malheureuse ville.
Il pensa l'achever par une attaque nocturne. Son bombardement de préparation commença, le 18, à 5 heures 3o du soir. Mais nos canons surent lui répondre de la bonne façon. A 9 heures du soir, trois de ses meilleures divisions se précipitèrent sur nos lignes. Mais le tir de notre artillerie et l'élan de nos coloniaux en refoulèrent bientôt les débris épars.
Ainsi se termina la campagne du printemps 1 g 1 8.
Il n'y eut plus, pendant un assez long temps, que des combats limités où Français et Britanniques amélioraient leurs positions et occupaient des observatoires.
g8o IQ'4 — LA GUERRE DU DROIT.
Sur cette bataille perdue par le Kronprinzou plutôt par Ludendorff, nous avons les explications de Ludendorff lui-même.
Pourquoi l'a-t-il engagée au Chemin des Dames, au lieu de porter de nouveau ses eflorts soit vers Cassel, soit vers Amiens, où il aurait pu espérer de si amples et si féconds avantages? Parce que, au Chemin des Dames, sur l'Ailette et au nordouest de Reims, le front de l'adversaire lui paraissait moins résistant. 11 croyait que le Kronprinz bousculerait aisémenfdes divisions anglaises, si déprimées, et des divisions françaises, étirées sur de si longs secteurs.
Le Haut Commandement allemand ne cherchait donc qu'à donner à ses troupes, par le plus facile succès, l'illusion que la victoire décisive leur était encore possible. Il décida l'attaque sur ce point, parce que, sur les autres points, il était hors d'état non seulement d'attaquer, mais même de se défendre.
Que dit Ludendorff des résultats obtenus ? Un aveu lui échappe : « Stratégiquement, c'est chose fâcheuse que nous n'ayons pu prendre ni Reims, ni la montagne de Reims ».
Aveu plus grave encore. Il oppose, à l'énergie du gouvernement français, la mollesse du gouvernement allemand. « Le chancelier von Kuhlmann, avant de quitter le pouvoir, avait dit au Reichstag : Les armes, à elles seules, sont impuissantes à terminer la guerre ! Au contraire, la France montrait, dans la plus effroyable épreuve, une sublime ténacité. Clemenceau s'était écrié : Nous remporterons la victoire, si les pouvoirs publics sont à la hauteur de leur tâche. Je me bats devant Paris. Je me bats à Paris. Je me bats derrière Paris. »
Et Ludendorff songeait, avec amertume, à ce qu'il aurait fait, s'il avait été soutenu par un tel chef politique.
C'est dans le même esprit que le vieux maréchal de Moltke avait déclaré : « Si l'Allemagne devait un jour connaître les pires épreuves, je lui souhaiterais d'avoir un homme comme Gambetta ».
Tout en faisant ces réflexions poignantes, qu'il ne confessera qu'après la défaite consommée, Ludendorff', conformément à' la tradition allemande de la fanfaronnade à outrance, affirmait très haut : « L'Entente a perdu tout espoir de faire intervenir ses armées de manœuvre. Ces superbes réserves dont parlait le Conseil de guerre de Versailles n'existent plus. »
La ruée autrichienne sur le Piave.
Le i5 juin, à l'heure où le Kronprinz perdait sa bataille, le nouvel empereur d'Autriche, Charles Ier essayait de gagner la sienne.
Le généralissime autrichien, feld-maréchal Boroevic, pouvait, depuis les traités de Brest-Litowsk et de Bucarest, disposer de toutes les forces austrohongroises.
Ses quatre meilleures armées attaquèrent en Italie, sur un front de cent cinquante kilomètres, qui s'étendait depuis les hauteurs d'Asiago jusqu'à la mer, en passant par le val Brenta, le mont Grappa et le Piave.
La première armée, sous les ordres du général Schenchenstuel, avec ses 21 divisions, était disposée dans la montagne et à cheval sur la Brenta. La seconde, sous les ordres de l'archiduc Joseph, avec ses 9 divisions, était derrière le Piave, du côté du Montello. La troisième, sous les ordres de von Wurm, avec ses 18 divisions, était sur le Bas-Piave jusqu'à la mer. La quatrième, dans le Frioul, était en réserve derrière la troisième.
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L'ennemi visait surtout le Montello, rude massif hérissé de roches et de broussailles, devenu la charnière du front italien.
Le plan auquel s'était arrêté l'empereur d'Autriche, d'accord avec le Haut Commandement allemand, consistait à lancer en avant, avec toute la violence possible, l'armée de gauche et l'armée de droite, puis de les ramener l'une et l'autre brusquement sur le centre pour broyer les troupes italiennes. Ainsi, la Vénétie ne pouvait manquer d'être prise comme dans une tenaille, à la condition que Trévise fût enlevée dès le premier jour, et la voie ferrée de Trévise à Mestre, occupée dès le second jour.
Boroevic n'en doutait pas. Sa proclamation où, avec le geste qu'on devine, il montrait àses soldats la plaine italienne, se termine par ces mots : « C'est là que vous attendent la gloire, de bons vivres, un abondant butin de guerre et, au-dessus de tout, la paix finale ». Misérable pastiche de la plus célèbre proclamation de Bonaparte!