LA ROUTE DE SANTI-QUARANTA
(Photo Brangcr.)
Le 16, il ne se livra plus de véritables combats que près du Piave et au Montello.
Cependant, d'énergiques contre-attaques avaient été nécessaires pour défendre le Piave entre Saint-Andréa et Fossalta, pour reprendre les pentes du Montello, pour protéger l'entrée des lagunes, pour barrer la route de Trévise, pour repousser les avant-gardes de von Wurm qui s'infiltraient vers le canal Fossetta.
A partir du 19 au soir, la prétendue ruée autrichienne était brisée, depuis l'Adriatique jusqu'aux cimes de l'Asiago.
Le moment venait pour les Italiens de prendre à leur tour l'offensive. Le 2 3, avant le jour, vers 3 heures, ils commencèrent impétueusement la poursuite. Leur artillerie s'acharnait sur les barques qui traversaient le fleuve et sur les défilés où se pressaient les bataillons ennemis.
Des renforts, transfigurés par la victoire, étaient accourus par toutes les routes delà Vénétie. D'autre part, Boroevic n'avait pas réussi à ravitailler ses régiments qui se trouvaient sur l'autre rive.
1 <)!.(• — LA CUEKRE DU DROIT. q83
Le général Diaz, commandant en chef, put, le 23 au soir, inscrire au communiqué : « Du Montello à la mer, les Autrichiens repassent le Piave en désordre ».
Le lendemain, son infanterie, son artillerie et son aviation ne négligèrent rien pour changer en débâcle la retraite autrichienne. Le fleuve lui-même semblait conspirer contre l'envahisseur. Des torrents, produits par la fonte des neiges et par des orages continuels, déchaînèrent une crue qui balaya les radeaux surchargés de soldats et les ponts encombrés d'équipages.
Le 2b, sur la rive orientale du Piave, il ne restait plus un seul ennemi vivant et en armes. En revanche, les cadavres et le butin s'y accumulaient. Au pied du Grappa et du Montello, piliers de la plaine la plus ravissante, les Autrichiens, par milliers, avaient trouvé, à défaut de la gloire et du butin que leur promettait le généralissime, « la paix finale » dont il parlait dans un tout autre sens.
Pour élargir leur victoire, les Italiens entreprirent de brillantes actions locales au mont Val Bella, au col del Rosso, au mont Grappa et en plusieurs endroits du bas Piave. Le nombre de leurs prisonniers s'élevait a 25ooo, dont 5oo officiers.
Fiers surtout d'avoir reconquis tout le matériel de guerre abandonné par eux dans les premiers jours, ils répondaient aux forlanteries de l'empereur Charles Ier: « Le Piave, c'est la Marne de l'Italie ».
De l'autre côté de l'Adriatique, leurs succès n'étaient pas moins significatifs.
En Albanie, ils avaient engagé l'affaire sur un front d'une centaine de kilomètres et ils rejetaient l'ennemi vers le nord
Bientôt, les Alliés réussirent à mettre Vallona et ses environs à l'abri de tout danger.
Dans ces opérations si utiles, le général Guillaumat améliorait fortement son front. Deux d'entre elles eurent de brillants résultats : celle du 16 mai 1918 où. de concert avec les troupes italiennes, il gagna vingt kilomètres dans la région de Koritsa; celle du 3o mai où, de concert avec les Grecs, au sud de Huma, il fit prisonniers 1 45o hommes et 40 officiers.
Les troupes austro-hongroises étaient battues sur tous les fronts. Le Parlement hongrois ne dissimula pas son désir d'abandonner la partie. L'Autriche tout entière reconnaissait qu'elle se trouvait désormais hors d'état de prendre une part active à la lutte.
Ludendorff, au nom du Haut Commandement allemand, profita de cette situation pour réclamer l'envoi sur le front français des divisions autrichiennes encore en état de combattre. Deux, puis quatre, puis huit des divisions ainsi réclamées lui permirent de mettre au repos autant de divisions allemandes.
Il préparait, pour juillet, une ruée qui devait couronner les grands efforts allemands du 21 mars et du 27 mai.
Les agents qu'il entretenait en France lui avaient répété que la France, sous un coup nouveau, ne pourrait que plier les genoux, en se rendant à merci.
Quatrième ruée allemande. — Seconde bataille de la Marne. Comment finit " l'assaut de la paix ".
Les Alliés redoublaient d'activité pour consolider leurs positions sur tout le front franco-britannique. Entre l'Oise et la Marne, les Américains aidaient vaillamment les Français à rabattre des saillants dangereux.
Jusque dans les nuages les plus sombres, accumulés à l'orient de l'Europe, apparaissaient des lueurs d'espoir. Des forces britanniques et françaises débarquaient à l'ouest d'Arkhangel. Les prisonniers tchéco-slovaques, ayant pu se procurer des armes, donnaient la main à des groupements russes opposés à l'anarchie et s'emparaient d'une partie du chemin de fer transsibérien. Enfin, une armée japonaise semblait prête à agir efficacement à Vladivostok.
Ces bonnes nouvelles étaient grossies par l'enthousiasme patriotique qu'elles suscitaient. Quoi qu'il en fût, il y avait, en réalité, pour l'Allemagne, des embarras imprévus dont le bon sens français se rendait compte. L'Allemagne était obligée de ramener en Russie quelques-unes des troupes dont elle avait si grand besoin sur le front franco-britannique, et la Russie ne lui apportait pas les ressources qu'elle en espérait. Au contraire, en France, les camps américains augmentaient sans cesse leurs magnifiques approvisionnements et les soldats américains, de plus en plus nombreux, se préparaient de mieux en mieux au combat.
Au 14 juillet 1 91 S, la France célébra sa Fête nationale en lui donnant le caractère d'un hommage à ses Alliés.
En vain, l'ennemi annonçait-il que sa prochaine offensive allait porter le coup mortel à la France; en vain, tenait-il Paris sous le feu de ses avions énormes et de ses monstrueux canons. Paris acclama, parmi les élégants ombrages du Bois de Boulogne, le défilé de nos frères d'armes.
Mer de Cabrières, évêque de Montpellier, une des plus hautes figures de l'épiscopat français, écrivait : « Cardinaux, évèques, prêtres et religieux, protestants même, sur le sol américain, penseront à nous et prieront pour nous dans leurs églises et dans leurs temples, le 14 juillet 1918 ». Ainsi, le grand évêque cévenol, dans sa foi patriotique, bénissait en son cœur les prières catholiques et les prières protestantes unies pour la France.
Beaucoup de ces Américains que la France accueillait avec une si profonde tendresse avaient une conception presque mystique de leur rôle dans la Guerre du Droit. Un jour que nous avions rappelé devant eux le torpillage de la Lusitania et les intrigues allemandes au Mexique, un de leurs officiers nous dit : — Pourquoi insister là-dessus? L'Amérique, en prenant les armes, n'a nullement été guidée par son intérêt. Elle combat pour la justice, la justice seule. On l'offenserait en cherchant un autre mobile à son intervention.
Au premier rang de nos Alliés se trouvaient des Polonais. L'Aigle blanc était ressuscité. Quatre des plus héroïques villes de France : Paris, Nancy, Belfort, Verdun, villes si éprouvées, villes si confiantes, avaient offert des drapeaux aux troupes polonaises qui combattaient sur le front français. Le président de la République, en remettant aux régiments polonais ces drapeaux ornés de l'Aigle blanc, leur avait dit : « Ce n'est plus sous les enseignes de l'étranger que désormais les fils de la Pologne iront au combat. Ils auront leurs propres couleurs et formeront une armée distincte qui luttera aux côtés des Alliés non plus seulement pour l'idéal
LA GUEPRE DU DFOIT.
commun, mais pour un idéal national ». La voix du Lorrain qui parlait ainsi au nom de la France devait retentir au cœur de la Pologne tout entière.
Le soir même du 14 juillet 1918, sur le bleu pâlissant du ciel parisien, passèrent, quatre par quatre, de superbes avions français. Ils se dirigeaient vers l'est. Sans nul doute, ils allaient se trouver bientôt en pleine bataille. Tous les Français clairvoyants, qui avaient étudié à fond l'Allemagne, savaient bien que sa nouvelle attaque, la plus furieuse de toutes, devenait imminente et que la date du 14 juillet était pour elle singulièrement tentante.
La nuit du 14 au i5 juillet n'avait pas encore pris fin que le bombardement faisait trembler les fenêtres de la banlieue parisienne. — Mais, je n'entends rien 1