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L ARMISTICE DANS LES TRANCHEES

(D'après un dessin original de G. de Champ.)

lois que les conseillers militaires jugent un psreil armistice possible du point de vue militaire?

En somme, et beaucoup plus simplement, M. Wilson demandait : « Les généraux en chef jugent-ils l'armistice possible et désirable ? Si oui, qu'ils indiquent les ■conditions militaires d'un armistice capable de protéger, d'une manière absolue, les intérêts des peuples en cause, et d'assurer aux gouvernements alliés le pouvoir sans limite de sauvegarder et d'imposer les détails de la paix à laquelle le gouvernement allemand a consenti. »

C'était donc une véritable expertise militaire que devaient entreprendre les gouvernements associés.

M. Clemenceau, absolument d'accord avec M. Wilson et avec le Conseil suprême des Alliés qu'il présidait, transmit le dossier au maréchal Foch. L'expert militaire ainsi désigné s'acquitta de sa tâche en toute conscience.

Le 25 octobre, le maréchal Foch convoqua, à Senlts, le général Pétain, le maréchal Haig, le général Pershing et le général Gillain, chef d'état major de l'armée beige Seul, le général Gillain, par suite d'un retard involontaire, ne put pas assister à ce Conseil de guerre.

1114 lÇj'4- — LA GU1ÎRRK DU DROIT.

Après avoir donné lecture du dossier, le maréchal Foch inv'ta les memrres du Conseil à exprimer leur opinion.

Le maréchal Haig, qui parla le premier, reproduisit les observations faites par L'oyd George, le 9 octobre, à Paris. Il insista même sur certains points particulièrement graves. Selon lui. les armées franco-britanniques fournissaient des effort ■> épuisants, presque surhumains, et leurs unités avaient besoin d'être reconstituées. L'armée américaine n'avait pas encore pu s'organiser entièrement. D'autre part, l'armée allemande n'était pas rompue. Elle pouvait continuer la lutte.

11 ajoutait :

— Dans les semaines qui viennent de s'écouler, les troupes allemandes se sont retirées, mais non sans combattre et, presque partout, en assez bon ordre. Si on veut réellement que l'armistice soit possible (et il est désirable !), on doit s'en tenir à des clause-* acceptables pour 1 Allemagne : évacuation de la Belgique et des territoires français, y compris l'Alsace-Lorraine ; restitution du matériel roulant enlevé à la France et à la Belgique. Si on réclamait davantage, on risquerait de prolonger la guerre et de surexciter le sentiment national de l'ennemi pour un résultat douteux. Est-ce que l'évacuation des territoires envahis et de l'Alsace-Lorraine n'est pas la parfaite consécration de la victoire ?

La parole fut donnée ensuite au général Pershing.

— Je préférerais, répondit- il, entendre d'abord l'avis du général Pélain.

— Si on conclut un armistice, dit le général Pétain, il faut que ce soit un armistice complet, un armistice qui corresponde intégralement à la définition qu'en donne le président Wilson, dans la note qui nous est communiquée, c'est-à-dire un armistice qui empêche l'ennemi de recommencer la guerre et qui permette aux Alliés de dicter la paix Deux conditions sont donc indispensables. Première condition. 11 faut que l'armée allemande rentre en Allemagne sans un canon, sans un char d'assaut, et n'ayant comme armes que ses armes portatives. Pourcela,nous devons lui fixerdes délais d'évacuation assez courts pour qu il lui soit matériellement impossible d'emmener -c on matériel. Seconde condition. A l'évacuation par l'armée allemande des territoires envahis et de l'Alsace-Lorraine, il faut ajouter l'occupation, par les armées alliées, non seulement de la rive gauche du Rhin, mais encore d'une zone de 5o kilomètres sur la rive droite. En même temps, on exigera la livraison, en quinze jours, de 5 000 locomotives et de 100 000 wagons. Voilà, je le répète, les conditions que je considère comme tout à fait nécessaires. Mais, entre nous, je dois avouer qu'il me semble peu probable que les Allemands les acceptent.

Le général Pershing déclara alors simplement:

— Les conditions formulées par le général Pttain sont celles que je voulais formuler moi-même.

Foch parla le dernier, avec une précision et une logique irrésistibles :

— L'armée allemande est battue partout, matériellement et moralement. En quelques semaines, elle a perdu plus de 270 000 hommes et plus de 4500 canons. Certes, les vainqueurs sont fatigués. Comment ne le seraient-ils pas ? C'est le soir de la grande bataille. Raison de plus pour imposer à l'ennemi des conditions sévères.

Pendant cette discussion, Foch avait sur lui le projet d'offensive en Lorraine qu'il venait de communiquer à M. Clemenceau et que M. Clemenceau avait approuvé avec enthousiasme.

Après la séance, il dit à Pétain :

— Ainsi, pour l'offensive, le front de Lorraine est aussi convenablement équipé que le front d'Alsace ? Tout marche, là-bas?

— A fond, comme vous le vouliez.

I q I 4. l.A GUERRE DU DROIT.

Le lendemain, à Paris, Foch présentait à Clemenceau et à Poincaré le projet Je conditions pour l'armistice. Sa note commençait ainsi :

(c Après avoir consulté les commandants en chef des armées américaine, britannique et française (le chef d'état-major de l'armée belge n'ayant pu arriverencore au Grand Quartier Général), *j'ai l'honneur de vous faire connaître les conditions militaires auxquelles peut être accordé l'armistice capable de protéger, d'une manière absolue, les intérêtsdes peuples intéressés, et d'assurer aux gouvernements associes le pouvoir sans limites de sauvegarder et d'imposer les détails de la paix, à laquelle le gouvernement allemand a consenti. »

Suivaient les conditions que l'on connaît : évacuation immédiate des pays envahis; évacuation, dans un très court délai, de PAlsace-Lorraine; occupation de la rive gauche du Rhin, des têtes de pont sur la rive droite, remise du matériel de guerre, des locomotives, des wagons.

« L'armistice, ajoutait Foch, ne doit être conclu que pour une durée d'un mois. Si un renouvellement est nécessaire, ce renouvellement permettra d'exiger des conditions nouvelles. »

A partir du 24 octobre, tous les chefs des gouvernements alliés étaient arrivés à Paris. Le colonel House, représentant de M Wilson, se joignit a eux.

Le proiet d'armistice, rédigé par le maréchal Foch, (ut soumis au Conseil supérieur de guerre des Alliés, qu'on appelait Conférence de Versailles

Cette Conférence se composait de Clemenceau, Pichon, Klotz, Levgues, maréchal Foch, généraux Belin, Weygand, Mordacq, amiral de Bon, Berthelot, pour la France; de Lloyd George, Bonar Law, Balfour, lord Milner, sir Eric Geddes, maréchal Douglas Haig, amiral Wemys, généraux Sackville, West et Wilson, pour la Grande-Bretagne; du colonel House, de l'amiral Benson, des généraux Pershing et Bliss, pour les Etats- Unis; de Orlando, Smnino, amiral Grassi, général di Robilant, pour l'Italie; de Hymans, pour la Belgique; de Vesnitch, pour la Serbie; de Venizelos pour la Grèce.

A Versailles, les propositions du maréchal Foch furent, à diverses reprises, examinées en sa présence.

Plusieurs voix s'élevèrent d'abord pour leur reprocher de n'ètrepas assez dures.

Le général Bliss, un des représentants des Etats-Unis, s'écriait :

— Je désirerais un texte plus court et surtout plus rigoureux en certains points. Par exemple, ces deux clauses : désarmement total, démobilisation complète.

De son côté, un des représentants de la Grande-Bretagne, l'amiral Wemys, demandait que l'Allemagne fût forcée de livrer, en outre de ses sous- marins, sa Hotte de haute mer.

La discussion prit un caractère singulièrement émouvant, au moment où le colonel House posa au maréchal Foch cette question :

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