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COLONEL HOUSE

iPholo Manuel.

IM5 t9I4- — LA GUHRRE DU DROIT.

— Monsieur le maréchal, pouvons-nous vous demander si, au point de vue militaire, et toute autre considération étant mise à part, vous aimeriez mieux voir l'ennemi rejeter ou accepter cet armistice dont nous rédigeons le texte ?

Le maréchal Foch, avec tout son bon sens et toute sa bonne foi, sans chercher ses mots, sans même paraître apercevoir ce qu'il y avait de tragique dans une telle question, répondit de sa voix brève et pénétrante :

— On ne fait la guerre que pour ses résultats, rien que pour ses résultats. Les Allemands vont connaître les conditions générales de l'armistice. S'ils les signent, nous aurons obtenu les résultats en vue desquels nous faisons la guerre. Le but étant atteint, personne d'entre nous n'a le droit de faire couler une goutte de sang, de plus.

Quand le maréchal Foch eut terminé cette admirable déclaration, il baissa la tête. On sentait qu'un nuage passait dans son esprit. Il se disait : « Nos conditions, les- Allemands les accepteront-ils? Au fond la question est là ! »

Brusquement, il releva le front et conclut :

— Nos conditions étant acceptées, pas d'hésitation possible : conclure, arrêter net la guerre.

Comme le général américain Bliss et M Lloyd George persistaient à réclamer certaines additions, et que leurs réclamations trouvaient des échos dans le Conseil suprême, le maréchal répliqua :

— En ce moment, ce que nous faisons, c'est la chose du monde la plus facile. Proposer, même. imposer sur le papier. Mais nous devons, avant tout, nous mettre en face des réalités. Réclamer le désarmement de l'armée allemande en campagne? C'est simple. C'est légitime. Mais comment vérifier une telle opération ?Traverserezvous cette armée, de part en part, pour vous poster, avant elle, aux points de passage, et la surveiller ? On a prononcé le mot de démobilisation. Ah ! je veux bien qu'on la démobilise. Mais, encore une fois, comment? Est-ce que vous comptez occuper l'Allemagne entière? Or, si nous n'occupons pas l'Allemagne entière, par quel moyen aurons-nous jamais la certitude que la démobilisation ne soit pas un leurre ? Passons maintenant à la flotte allemande de surface. Je ne vois pas clairement ce que vous pouvez en redouter. A peine si, durant cinquante-deux mois de guerre, quelques-uns de ses bâtiments se sont aventurés hors de leurs trous. La livraison de tous ces bàtiments-là sera une manifestation qui fera plaisir au public. Mais ce ne sera rien de plus. A quoi bon alourdir de ces additions un armistice qui n'a qu'un objet, un seul objet : mettre l'Allemagne hors d'état de nuire ? Et puis, dites-moi ce que vous ferez si les Allemands, après avoir accepté les conditions sévères mais suffisantes que je propose, refusent de souscrire aux conditions humiliantes que vous suggérez ? Pour maintenir ces conditions nouvelles, allez-vous risquer la reprise des hostilités et le sacrifice de plusieurs milliers d'existences en pure perte?

Ce langage du maréchal Foch avait fortement frappé M. Clemenceau. Il frappa de même M. Lloyd George et le colonel Honse. Une dernière question fut posée :

— Si des clauses plus dures n'étaient pas acceptées tout de suite, dites-nous, monsieur le Maréchal, combien de temps la guerre serait-elle prolongée et quels seraient les risques de cette prolongation?

Le maréchal se récria d'abord:

— Une prévision exacte, en cette matière ! Je ne suis pas en mesure, personne n'est en mesure de vous la fournir. Trois mois, quatie mois, cinq mois. Qui sait ce que cela peut durer!

Enfin il ajouta, d'une voix très calme:

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