‹ 1914Chapitre 190 sur 215 · SOLDATS FRANÇAIS ESCORTÉS DE JEUNKS LORRAINES · texte numérisé non relu

SOLDATS FRANÇAIS ESCORTÉS DE JEUNKS LORRAINES

(Section photographique de l'Armée.)

ii$8

troupes britanniques faisaient leur entrée à Charleroi. Près de Marchiennes, nos alliés avaient recueilli 570 wagons et 18 locomotives laissés sur place par le vaincu. Au même moment, la Belgique acclamait nos troupes à Bertrix; elle les acclamait, le surlendemain, à Neufchâteau : régions tragiques où notre sang avait coulé à flots en 1914.

C'est dans ce jour du 17 novembre, vers six heures du matin, que nous furent dites, à nous, officier français, les paroles les plus émouvantes que nous eussions entendues de notre vie, paroles qui pourtant sont les plus simples du monde : a A demain, midi, devant le portail de la cathédrale de Metz. »

Dans la banlieue de Metz, nos soldats, illuminés de gloire, couverts de fleurs, traversaient les endroits où leurs pères, en 1870, avaient subi les plus humiliantes

VISITE PRESIDENTIELLE, HEMISE DE DECORATIONS,

épreuves. Tci s'était enlisée dans la boue l'admirable armée française de Bazaine. Les Messins avaient vu alors, avec des pleurs de rage, nos drapeaux, entassés à coups de pied dans des caissons, partir pour l'Allemagne. Aujourd'hui, tout se réparait splendidement. Metz attendait ses libérateurs.

Le général Mangin, qui devait entrer à Metz, le 19, avec le général Pétain, chef des armées françaises, lut victime d'un accident de cheval. Les généraux Fayolle, Buat, Lecomte, Maud'huy, entrèrent avec Pétain qui, la veille au soir, avait été nommé maréchal. Sur l'Esplanade, Pétain, à cheval, prit place aux pieds de la statue de Ney. Devant lui, défilèrent l'infanterie de la 37e division, commandée par le général Pougin; la 3e division de cavalerie, commandée par le général de Boissieu-, le Ier corps de cavalerie, commandé par le général Féraud; la division marocaine. Parmi les officiers français massés sur l'Esplanade, Mgr de Loblet, évêque de

igi4- — LA GUERRE DU DROIT, ! I 3g

Gap, coiffé du casqut, portait la croix de guerre à côté de sa croix épiscopale. Les trompettes résonnèrent avec un accent superbe. Les yeux et les cœurs se tournèrent vers le drapeau, symbole de la patrie toujours renaissante, grâce à tous les sacrifices de ses enfants. Près de nous, le général de Maud'huy, né à Metz, serrait la main de ses amis retrouvés. Après tant de deuils et d'efforts, il revenait à sa ville bien-aimée comme gouverneur militaire. Près de la place d'armes, nous saluons la maison où La Fayette, un soir de 1777, entendit, pour la première fois, parler des insurgents d'Amérique. Tout de suite, il admira leur courage et approuva leur dessein. « Mon cœur s'engage », déclara-t-il. Dans la nuit même, il prépara son départ. Il avait vingt ans. Marié depuis trois ans, il quitta son foyer et sa jeune femme, pour mettre son épée au service de la justice. Quand les Américains sont venus au secours de la justice, ils ont dit : « La Fayette, nous voici ».

Le préfet allemand de Metz, von Gemmingen, était resté à la préfecture. De même, dans le grand salon, restait le portrait de l'empereur. L'un et l'autre furent écartés, comme il convenait. Les magasins de la ville exposaient à leurs vitrines les portraits de Gambetta et de Thiers. Tout à coup, \aMule sonna. La vieille cloche messine qui est là a pour crier justice» criait victoire.

Le 20 novembre, les troupes françaises, en arrivant à Givet, y trouvaient de l'artillerie et des tanks. Le même jour, en Lorraine, elles arrivaient à Forbach.

De la merd'Écosse à la Suisse, la journée du 2 1 fut remplie d'opérations également triomphales. A 3 h. 55, moment fixé par les vainqueurs, toute la flotte de guerre allemande se rendit. Spectacle sans pareil ! Le bateau britannique chargé de prendre livraison de cette flotte s'appelait le Verdun. Autour du Verdun, se tenaient quelques-unes des plus belles unités britanniques, françaises, américaines. Les soixante-dix grands vaisseaux de guerre allemands, arborant le pavillon noir et bleu choisi par le roi de Prusse, s'avançaient à perte de vue, l'un derrière l'autre, comme s'ils étaient tirés par le même fil. Sur l'ordre du vainqueur, ils se dirigeaient vers la base de Rosyth, au Firth of Forth. A l'heure dite, le principal cuirassé allemand, Friedrich-der-Grosse (Frédéric-le-Grand) amena son pavillon. Tous les autres vaisseaux allemands l'imitèrent. Pas une détonation Pas un cri. Dans le silence de l'exécution, l'ambition de l'Allemagne, qui avait prétendu être la reine des mers, coulait à fond.

Au même moment, l'armée belge entrait à Louvain, l'armée britannique occupait le sud de Namur, l'armée américaine entrais à Luxembourg.

Page 1