VOYAOE DE MM CLEMENCEAU ET MILLERAND A STRASBOURO
(Photo Rol.i
d'un humble mobilier. Ce sont ceux des paysans alsaciens, expulsés par l'ennemi de l'autre côté du Rhin qui reviennent, épuisés, mais rayonnants d'espoir. Saluons ce retour. Voici que commencent la revanche et la réparation de l'Exode.
Les Alsaciens et les Lorrains nous disent, en voyant nos soldats si beaux et si bons: « Tout éloge qu'on pourra faire des vainqueurs de la Marne, de l'Yser, de la Somme, de Verdun, est au-dessous de la vérité. » Et nous, en voyant l'Alsace et la Lorraine déborder d'une si pure allégresse, nous disons: « Au-dessous de la vérité sera aussi tout éloge qu'on pourra faire de ces provinces qui ont donné l'adorable spectacle de fidélité et qui, à tout prix, gardent leur cœur à la France. »
Après un long voyage en chemin de fer, on croit entendre interminablement le bruit des wagons. Après un voyage en Lorra ne et en Alsace, si court qu'il eût été, on croyait toujours entendre le cri de : « Vive la France! » Ce cri où les vieillards et les enfants mêlaient leur souffle ; ce cri, c'était toute la vie et toute la pensée de nos deux provinces. Jusqu'à la mort, nous l'entendrons à nos oreilles et à notre cœur.
Il y a des villages alsaciens ou lorrains où on ne parlait plus français. L'ennemi, depuis tant d'années, punissait si durement nos compatriotes pour le moindre mot de notre langue! Quatre mois de prison à une mère pour avoir dit « bonjour », ou « bonsoir » ou « ferme ton parapluie ». Ces villages entiers savent dire : « Vive la France ! » Or, c'est le fond de la langue française. C'est le fond de leur âme. Quand, à un petit garçon qui s'égosille à crier : « Vive la France ! », un de nos soldats demande : « Comment t'appelles-tu? », le petit garçon répond : « Vive la France ! » Et, en vérité, c'était aussi son nom. C'était même son vrai nom. Nous voudrions ne pas en avoir d'autre.
Sur notre automobile militaire que rien ne recouvre, les enfants, coiffés de cocardes et armés de drapeaux, s'élancent, se cramponnent et se pressent avec une opiniâtreté surhumaine. En vain, l'automobiliste essaye de les écaiter. Ilsreparaissent toujours plus nombreux et en criant toujours plus haut. « Rien à faire, conclut l'automobiliste en riant. J'aurai toujours mes mille kilos de gosses. » Les tout petits, qui n'ont pas encore la force de crier, tendent leurs mains pour que la main d un soldat français les touche. Une mère nous dit : « Ma fille a cinq ans. Depuis qu'elle sait que les Français vont venir, elle tremble de joie. » Les hommes, les femmes, les enfants des villages voisins arrivent à la ville. Quelques uns, partis dès la veille, ont fait à pied plus de vingt kilomètres. D'autres se serrent dans les grandes voitures des jours de fiançailles. De toutes les antiques armoires, de toutes les récentes cachettes, on a extrait les costumes qui, jadis, heureux temps français! faisaient le bonheur des ancêtres. Le temps français est revenu. De toutes parts se déploient les jupes rouges, les tabliers bleus, les corsages de velours, les châles verts, les bonnets précieux encadrés par le large ruban de faille noire, rouge, blanche ou bleue. Depuis cinquante ans, la France ne connaissait plus que le grand nœud noir où "Alsace arborait tout son deuil, c'est-à-dire tout son cœur. Maintenant, l'Alsace étale toute sa gaieté si pittoresque et si drue, laquelle ne sera pas moins fidèle que son deuil.
Au début de ces transports d'enthousiasme, les statues équestres de Guillaume Ier, le vieux Guillaume, le fondateur de l'Empire allemand, celui que Guillaume II appelait « l'inoubliable grand-père » ont été renversées. Rien de plus grotesque et de plus lamentable que les quatre fers en 1 air des lourds chevaux de bronze. Image exacte de l'effondrement impérial. A Strasbourg, la tête de Guillaume Ier fut déposée aux pieds de Ktéber. Le coup s'était fait pendant la nuit. Une corde en fils de fer avait été attachée à la statue, et des gens de bonne volonté accouraient pour la tirer. Tout le monde aurait voulu être de l'affaire. On donna des numéros. « Trente centimes, pour tirer la corde de l'empereur » L'argent ainsi
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recueilli fut consacré à l'achat de fleurs pour les soldats français. Remarquons la façon d'indiquer le prix : Trente centimes, et non vingt-cinq pfennigs. Pour la première lois, on comptait en français. Cela aussi est une fleur.
Lorrains et Alsaciens ne cessaient pas d'admirer nos soldats. Viril enchantement, auquel, sans doute, se mêlait une surprise qui le rendait encore plus cher : « Comme ces soldats français sont bien portants, bien équipés, bien vêtus ! Quelle souplesse et quel rythme dans leurs mouvements ! Quelle intelligence, que le énergie, quel entrain et quelle bonté sur leurs visages! L'ennemi avait voulu nous faire croire que l'armée française n'était plus qu'un troupeau sans discipline, sans cohé-