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R LA. POPULATION

(Section photographique de l'Armée.)

sion, sans ressources. En toute occa-ion, il faisait fonctionner devant nous l'énorme machine de guerre qu'il appelait son invincible armée. Machine prodigieuse assurément, machine écrasante, mais machine sans âme, et que l'âme française a rompue, désarticulée, dispersée. Le monde assiste à un spectacle sans précédent : l'arméeallemande, qui compte encore deux millions d'hommes, capitulant et se rendant en rase campagne. Si le colossal est l'idéal de l'ennemi, l'ennemi est servi à souhait. Et les grands chefs français! Quel abîme entre eux et les grands chefs allemands ! L'ennemi prétendait dominer le monde par la morgue et la dureté. Ses chefs affectaient une inhumaine raideur. Au contraire, regardez les yeux de Joffre, de Foch, de Pétain, de Castelnau, de Gouraud ! A vrai dire, 1 armée française, en Alsace et en Lorraine, s'est surpassée eHe-même. Les soldats les plus fatigués cambraient la taille et relevaient le pas, pour ne rien laisser soupçonner de ce qu'ils avaient enduré pendant nosquatre ans.

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I g I 4. — LA GUERRE DU DROIT.

Libération morale et matérielle de l'Alsace et de la Lorraine I A chaque pas, nous avions la preuve que nos deux provinces venaient de subir les plus cruelles privations. Le pain, mesuré si parcimonieusement, i5o grammes par jour! est noir, visqueux, malodorant. Par semaine et par tête, -b grammes de viande. Tout aliment, tout objet de première nécessité, hors de prix. Ln vêtement modeste. 600 marks; une oie, 70 marks; un litre de kirsch, 5o marks. Comme plat de résistance, une marmelade de betteraves, de choux-raves et de navets. Pour hors-d'œuvre et dessert, une marmelade sucrées la saccharine. La confiserie, la pâtisserie, les liqueurs, exposées aux vitres des magasins étaient d'immondes sophistications. Les cigares, de belle forme et de belle couleur, qui abondaient en des boîtes aux images bariolées, ne contenaient pas une leuille Je tabac. Ici, la première lois que nos soldats ont préparé leur café, l'arôme ddicieux qui sV.vhalait des grains broyés a attiré les bonnes gens.

Du café, du véritable café! Et chacun de comparer ce fin breuvage authentique à la sombre boisson sans nom que les Allemands cuisinent avec des glands.

Pas un seul de nos soldats, malgré l'entraînement de fêtes merveilleuses, n'a été pris de boisson. Comment oublier ce dialogue entre le général Couraud et notre ami Fritz Kieffer, prési dent du Comité de réception : — Nous voudrions, mongénéial, distribuer à nos soldats quinze cents litres de kirsch. — Pas un seul litre, répondit Gouraud. — Mais vous nous permettrez bien de leuroflrir quelques gouttes de cette eau de cerises qui fleure le parfum printanier des Vosges? — Pas une seule goutte. Nos soldats ne doivent pas boire d'alcool. — Alors, nos pauvres quinze cents litres... — Je les accepte pour nos hôpitaux. — Merci, mon général!

Entre la fuite de l'Allemagne et l'entrée des troupes françaises, l'Alsace-Lorraine avait assisté à une espèce de petite révolution à la russe. Le drapeau français qui flotte pour toujours sur la flèche de la cathédrale, remplaçait non pas le drapeau allemand, mais le drapeau rouge. Strasbourg a subi pendant un peu plus d'une semaine le régime du Soviet. Sur les bâtiments officiels, foisonnaient des placards apposés par le Comité des ouvriers et des soldats. Jamais les Alsaciens n'oublieront les scènes où le régime de transition a joué son rôle. Des rebelles faisaient arrêter voitures et tramways ; enlevaient les officiers : leur arrachaient cocardes, épaulettes et décorations; brisaient leur sabre. Aucun de ces officiers n'esquissa un geste d'indignation. Ils reçurent l'outrage des soldats aussi docilement que naguère ces soldats recevaient l'outrage de leurs chefs. Mêmes scènes à Colmar, mêmes scènes à Sélestrat, mêmes scènes à Mulhouse. A Metz, trois marins suffirent à faire la révolution militaire. Partout, les soldats vendaient leurs armes. Le fusil,' un mark;

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