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METZ. — STATUE DE FRFDÉRIC-CH AP LES RENVERSÉE PAR LA POPULATION

(Section photographique de l'Armée.

la mitrailleuse, cinq marks. Dix mitrailleuses pour un litre de kirsch. Laloi de l'offre et de la demande n'est jamais abolie, même aux jours d'anarchie. Le maire socialiste de Strasbourg, M. Peirotes, ancien typographe, ancien rédacteur de la Presse libre, vieil Alsacien à la voix très nette, aux yeux noirs très pénétrants, nous disait, en nous serrant la main : « Président du parti socialiste alsacien, j'ai déclaré, le 8 novembre 1 9 18 : Les Alsaciens-Lorrains ont bien compris la théorie du président Wilson sur la nécessité de réparer l'injustice commise en 1871 à l'égard de la France. Ils entendent par le mot injustice, le rapt de deux provinces françaises, et, par le mot réparation, le retour pur et simple à la France. Ainsi se résout la question de l'Alsace-Lorraine. Quant à la révolution allemande, elle est toute militaire: elle n'aura pas de lendemain. Chez nous, l'échauffourée a été extrêmement rapide. Le Comitédesoldats et d'ouvriers s'est emparé de tous les services, mais bientôt les soldats ont repassé le Rhin. Quant aux ouvriers, ils ont compris la nécessité de rester en paix. Tous ceux d'entre eux qui sont de vrais Alsaciens crient comme moi : Vive la France ! » M. Peirotes nous parlait ainsi avec un singulier accent de sincérité. Cependant, il paraissait très ému, parce que nous étions le premier officier français arrivant en armes à l'Hôtel de Ville de Strasbourg.

Aucun nuage d'aucune sorte n'a jeté d'ombre sur ces jours de fête. L'avenir nous souriait autant que le présent. Le passé lui-même s'associait à ce sourire. Sur les tombes des vieux Lorrains et des vieux Alsaciens, morts sans avoir vu la délivrance, leurs fils ou leurs filles ont apporté quelque chose de mieux que des fleurs : des cocardes. Dans beaucoup de villages, les morts eux-mêmes étaient aux fenêtres, représentés par leurs poitraits.

Metz, Strasbourg, Mulhouse, Colmar, surtout Strasbourg, enregistrent dans leur histoire des fêtes illustres. Ces fêtes, au vieux temps français, ont été de grandes œuvres d'art. Leur image se perpétue en des gravures que recherchent les amateurs. Avec les mouvements de la foule et l'illumination des monuments, les organisateurs de ces fêtes composaient une architecture vivante. En vérité, nos fêtes de novembre 1918 sont infiniment plus animées, plus resplendissantes, plus belles. L'art n'y est pour rien. Elles resteront le chef-d'œuvre spontané d'un peuple entier. Dans toute l'Alsace et dans toute la Lorraine, le peuple, en état de grâce, dès l'apparition de l'armée française, a été son propre organisateur, son propre inspirateur, son propre transformateur inspiré. Il s'est enveloppé d'une beauté parfaite. La joie surhumaine le pénétrait, le sublimisait, le transportait Un même cri était dans toutes les poitrines ; un même acte de foi, sur toutes les lèvres; un même acte d'amour, dans tous les cœurs. Les témoins en demeurent tous d'accord. Ceux qui connaissent l'Alsace et la Lorraine disent : « Jamais on n'a vu de si belles fêtes en Alsace et en Lorraine. » Ceux qui connaissent la France entière, depuis la mer du Nord jusqu'à la Méditerranée et depuis les Pyrénées jusqu'au Rhin, disent : « Jamais on n'a vu si belles têtes en France. » Ceux qui connaissent l'histoire de l'humanité disent tous : « Jamais, sous le ciel, on n'a vu si belles fêtes. Nous le jurons. » Le plébiscite, l'Alsace et la Lorraine l'ont eu mille fois pour une : plébiscite des acclamations, plébiscite des fleurs, plébiscite des larmes, plébiscite des drapeaux.

Sur le Rhin.

Les Alliés avaient franchi la frontière allemande de 1S71. Ils allaient franchir la frontière de 181 5.

L'armée britannique était, le 28 novembre, à Stavelot, jo ie petite ville belge, construite en amphithéâtre sur la rive droite de l'Amblève, à six kilomètres de la ville de Malmédy, qui, avec son territoire, avait été annexée à la Prusse par le traité de Vienne, contrairement à tous les droits.

Le Ier décembre commença l'occupation du territoire allemand. Le maréchal Foch déclara : « L'autorité militaire alliée prend le commandement du pays. Elle exige de tous la plus stricte obéissance. La présente proclamation, en consacrant l'occupation, marque à tous le devoir qui est d'aider à la reprise de la vie locale, dans le travail, le calme et la discipline. Que tous s'y emploient ! »

Le roi Albert Ier, qui venait de faire son entrée à Liège, envoya son avant-garde

vers Aix-la-Chapelle. A l'appel pressant de l'autorité allemande qu'inquiétait l'agitation révolutionnaire, les troupes belges occupèrent Aixla-Chapelle, au matin du ier décembre. Quelques jours après, nos troupes les y rejoignirent. Le général Dégoutte fit présenter les armes au tombeau de Charlemagne.

Nos troupes étaient arrivées à Sarrelouis. Comment avaient-elles été reçues dans la Sarre? Suivons nos soldats. C'étaient ceux de la Vile armée, commandée par le général Humbert. Partis de Vézelise, ils allèrent jusqu'à Crévéchamps, puis entrèrent dans la Lorraine annexée depuis 1 87 1 . Sous une pluie de lieuis, dans un concertd'acclamations, ils traversèrent les villages de Vionville et de Gravelotte. Ils firent halte à Urville, où l'empereur Guillaume II possédait une manière de château. Le château de Guillaume II se pavoisait à la française. Le village de Falck leur avait réservé un accueil enthousiaste, sous un arc de triomphe. Les voici ensuite dans la Lorraine annexée depuis 181 5 Là, ils ne virent plus de drapeaux, n'entendirent plus de cris. L'accueil était bienveillant, mais sans manifestation d'aucune sorte. Les gens, derrière leurs vitres, regardaient et attendaient. Qu'attendaient les gens ? A cette question, un officier qui, en 19 14, était entré en Lorraine annexée depuis 1871, et qui de nouveau y entrait, en 1918, répondait lort justement : « Les villes qui nous ont acclamés, en 191S, nous avaient regardés sans rien dire en 1914. Elles se demandaient avec anxiété, en 1914., si vraiment l'ennemi était parti pour toujours. Aujourd'hui la question ne se pose plus pour elles. »

Sarrelouis, la vieille forteresse, construite par Vauban dans une boucle de la Sarre, et à laquelle le grand constructeur donna le nom du Grand Roi, savait encore un peu la langue française et la parlait avec beaucoup de fierté. Les noms les plus françaisdu mondeselisentsurbon nombred'enseignes. Cité essentiellement militaire,

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