SUR LE PONT DU RHIN
(Photo Roi.)
Sarrelouis a donné naissance à une légion de grands soldats français : 193 officiers de tous grades, 12 généraux de brigade, le général de division Grenier, le maréchal Ney, le Brave des Braves. La ville, en étendant au loin ses faubourgs de Vaudrevange et de Metz, est devenue une métropole à la fois agricole et industrielle. Au sud, commence la région houillère de Sarrebruck. La vallée se remplit d'aciéries, de faïenceries, de cristalleries, d'usines, à perte de vue. Un réseau de voies ferrées relie la ville à Trêves, à Sarrebruck, à Metz. La Lorraine et l'Alsace véritables sont la Lorraine et l'Alsace du xvm° siècle, avec leurs limites historiques et naturelles. La Lorraine comprend la rive gauche de la Sarre. Sarrelouis commandait la voie de Maycnce à Metz et formait une des mailles de notre cuirasse, avec Landau, Bitche, 'J hionville et Luxembourg. Après nos défaites de 18 14 et de 181 5, la Confédération germanique a pris Sarrelouis, qui devenait pour elle un poste avancé et une porte ouverte à ses futures invasions. En même temps, elle mettait la main sur les deux portes de l'Alsace : Landau et Huningue, démantelait Huningue ot gardait ' Landau, une des dix villes libres de la Décapole alsacienne.
Notre division marocaine occupa Landau. Là, comme à Sarrelouis, nous lisons, sur les enseignes, des noms de pure France. Un Martin et un Cordier font partie de la commission municipale.
Quelle judicieuse idée eut le général, en ouvrant un cours gratuit de langue française! Tout de suite, les élèves s'y pressèrent. Quelques-uns d'entre eux ont des cheveux gris. La population fait bon accueil à nos soldats. Au fond, elle souhaite revenir à la France. Mais ce souhait, elle ne peut pas encore l'exprimer tout haut. L'ennemi, installé ici depuis plus de cent ans, n'en est pas encore expulsé. Que de représailles il exercerait, s'il ressaisissait sa proie ! Le premier désirde tous est de sortir de l'incertitude. Nos soldats l'ont compris. A l'endroit même où leurs aînés, les soldats de Hoche, criaient : « Landau ou la mort I », eux, soldats de Foch, ils ont crié : « Landau et la paix ! »
Les Belges avaient occupé les faubourgs deDusseldorfet, en même temps, étaient entrés à Crefeld, à Clèves, à Urdingen.
Les Américains étaient entrés à Trêves.
Les Britanniques, après avoir occupé Malmédy et le camp d'EIsenborn, qui, pendant toute la guerre, avait rendu tant de services à l'ennemi, s'avançaient vers le Rhin, entre Dusseldorfet Bonn. Chemin faisant, ils reçurent, eux aussi, communication d'une supplique signée des municipalités allemandes. Elles ne comptaient plus que sur les Alliés pour empêcher les pires désordres. La cavalerie britannique, avec des auto-mitrailleuses, pénétra donc à Cologne, le 7 décembre, vers 2 heures du matin.
Après les cinq années du conflit qui a bouleversé notre sol, martyrisé nos
RUCHSHOFFtiN.