S LES RÉGIONS DÉVASTÉS
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L'agitation en Allemagne.
La victoire du Droit, en 1918, a été la plus grande victoire de l'histoire universelle. L'armée la plus puissante que le monde eût jamais vue, et qui se préparait depuis un siècle, avait été forcée de capituler. Cependant, peu à peu, les vaincus commençaient à contester, voire à nier leur défaite. Nous avions occupé le Rhin, mais l'arme sur l'épaule et non la baïonnette en avant. D'autre part, l'Allemagne était intacte et échappait a l'invasion. Aussi, pour les troupes allemandes qui revenaient, les villes d'outre-Rhin arborèrent des drapeaux et même élevèrent des arcs de triomphe.
D'ailleurs, l'unité allemande triomphait de tout ce qui tendait à la rompre. Une lutte violente s'était engagée entre Ebert, chancelier de la République allemande, et Kurt Eisner, dictateursocialiste de la Bavière. Ebert l'emporta.
Le parti « Spartacus », qui représentait l'extrême gauche du marxisme, c'est-à-dire se rapprochait du bolchevisme jusqu'à se confondre avec lui, parvint, le 5 décembre, à s'emparer de plusieurs communes importantes dans la banlieue de Berlin. Le lendemain, il organisa un interminable cortège, avec bannières et écriteaux, pareil à ces cortèges qui, en Russie, avaient été les irrésistibles vagues d'assaut du bolchevisme. Mais, à Berlin, ce cortège fut brisé et dispersé par l'armée régulière. Plus d'un millier d'hommes tombèrent frappés à mort. Ebert, avec son Directoire, composé de six membres, organisa dans la Wilhehnslrasse, devant la Chancellerie de l'Empire (Reichskan^leî), une manifestation de soldats et de marins qui le proclama président de la République allemande et réclama furieusement une Constituante.
De son côté, Karl Liebknecht,aidé par l'ardente agitât rice socialiste, Rosa Luxembourg, redoubla d'activité. Chaque jour, il réunissait un meeting et prononçait un discours. Il espérait que le chômage, en s'étendant, lui fournirait assez d'hommes pour imposer la grève générale. Pour parer le coup, Ebert commanda, le 10 décembre, un défilé de la Garde impériale qui rentrait. La foule retrouva son enthousiasme d'avant la guerre en acclamant les troupes d'élite auxquelles elle avait voué tant de confiance.
Quelques jours après, le Congrès des « Comités d'ouvriers et de soldats de l'Empire », composé de 440 membres, commença à délibérer. Les amis de Liebknecht et de Rosa Luxembourg s'efforcèrent de diriger ces délibérations. Ils ne réussirent pas à empêcher un vote qui conférait le pouvoir exécutif au Directoire d'Ebert. Le Congrès exigea « la journée de huit heures et la socialisation des mines », puis, dans sa séance de clôture, nomma un Conseil central de 27 membres.
Une espérance restait au parti « Spartacus » : la campagne électorale. Mais, d'abord, il lui fallait mettre la main sur le gouvernement. Une division navale où se groupaient beaucoup de mutins, ayant été installée au Château royal (Kcenigliches Schloss), fit flotter le drapeau rouge de l'Internationale, sur le côté nord de l'édifice, à la place où un étendard de pourpre signalait la présence de Guillaume II en ses appartements. Cette division navale, excitée par Liebknecht et Ledebour, engagea, dans les rues, le 24 décembre, un combat contre une division de cavalerie, fidèle au gouvernement d'Ebert, puis, le lendemain, enleva d'assaut les locaux du journal socialiste, le Vomwrts. devenu le journal officiel. Alors, Ebert fit donner la Garde. Le Directoire, d'où Haase, Dittmann, Barth, appartenant à la minorité du Conseil central, étaient écartés, s'ouvrit à Wissel et à Noske. Dès le premier jour, Noske inspira une confiance absolue à tous les Allemands qui rêvaient la résurrection de leur
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prépondérance militaire! Le gouvernement, composé de Scheidemann, de Noske, de Landsberg,deNissel, remplaça, au ministère des Affairesétrangères,Solf tropindécis, parle prompt et hautain Brockdorff-Rantzau. Aussi, Karl Liebknecht, le 5 janvier, tenta-t-il un effort suprême. Il avait gagné à sa cause Eichhorn, préfet de police. Tout de suite, il remit la main sur' le Vorwœrls, puis occupa les bureaux et les imprimeries de plusieurs grands journaux. Le lendemain, les spartacistes, appuyés par leurs mitrailleuses, envahirent la Direction générale des Cheminsde fer et l'Hôtel des Télégraphes. Mais Noske fit appel aux troupes les plus sûres, particulièrement aux chasseurs de Potsdam, à la cavalerie de la Garde et aux marins de Kiel. La victoire lui appartint. Liebknecht et Rosa Luxembourg furent arrêtés, puis assassinés, le 16 janvier.
Le 19, les élections se firent dans un calme admirable que rendaient encore plus profond, à Berlin, les canons et les mitrailleuses de huit divisions.
La Constituante se réunit à Weimar, le 6 février 1 91 9. Le ministre Preuss avait été chargé de préparer un projet de constitution Fehrenbach, ancien président du Reichstag, fut élu président de l'Assemblée. Ebert, élu président de « l'Empire allemand », choisit Scheidemann commi président du Conseil. Le programme du ministère composé de Scheidemann, Brockdorff-Rantzau, Noske, Erzberger, etc., se résumait ainsi : « Un pouvoir central très fort ; la paix conforme aux propositions de Wilson, le rétablissement de l'empire colonial, le rapatriement immédiat des Allemands prisonniers de guerre, l'admission de l'Allemagne dans la Société des Nations, le désarmement réciproque ».
Çà et là, l'opposition révolutionnaire essayade prendre sa revanche. Le gouvernement d'Ebert fut même un moment prisonnier à Weimar. Mais partout ces tentatives étaient aisément réprimées. Le dictateur socialiste de la Bavière, Kurt Eisner, périt assassiné, le 21 février.
Etrange révolution qui ne tue que des révolutionnaires! Kurt Eisner après Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht ; Haase après Kurt Eisner. Quand l'Angleterre, en 1648, quand la France, en 1792, ont fait leur révolution véritable; elles ont abattu chacunela tète de leur roi. L'Allemagne, en 1918, avait une vingtaine de souverains. Pas un seul ne fut même inquiété. La plupart d'entre eux, installés à quelques pas de leur palais royal, attendent paisiblement l'heure d'une restauration.
Événements d'Orient, renouvellement de l'armistice et réunions préparatoires de la Conférence de la Paix.
Pendant le mois de décembre 19 18, Paris acclama, tour à tour, le roi d'Angleterre George V, le roi des Belges Albert Ier, le président Wilson, le roi d'Italie Victor-Emmanuel III. Cependant, les clauses de l'armistice s'exécutaient insulfisamment. Sans doute, les 32o millions d'or, versés à l'Allemagne par le gouvernementbolcheviste à Brest- Litowsk, avaient été remis à la Banque de France, en dépôt pour les Alliés. Mais, à la fin de décembre, la France n'avait encore reçu que 2 000 wagons sur les iboooo qui lui étaient dus.
D'autre part, la question d'Orient allait se poser de nouveau plus impérieusement que jamais, sous une autre forme.
Les flottes alliées avaient occupé les Dardanelles et la mer Noire. Le général Franchet d'Esperey avait fait son entrée à Constantinople (22 novembre 1918). Les élus des Yougo-Slaves, Serbes, Croates et Slovènes proclamaient roi le prince
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Alexandre de Serbie. Les troupes françaises, commandées par le général Chrétien, occupaient laBulgarie.
Des troupes françaises et roumaines tenaient la Hongrie et la Transylvanie. Les Tchéco-Slovaques avaient appelé des troupes françaises à Prague. Les troupes polonaises avaient lait leur entrée à Cracovie. L'armée allemande de 80 000 hommes, commandée par Mackensen, ne s'était pas retirée en Allemagne, suivant la convention, signée à Belgrade, le i3 novembre. Aussi Mackensen fut-il fait prisonnier, le 3 1 décembre, près de Budapest, par la division du général Jouinot-Gambetta.
Les Bolchevistes dont on n'avait deviné ni le nombre ni la force, descendaient en masse vers lesud de la Russie.
Les troupes françaises, commandées par le général Anselme, qui occupaient Odessa et la Crimée, étaient en butte aux obsessions de la propagande anarchiste. Une feuille, imprimée en français, leur répétait : « Camarades, vous êtes victimes des capitalistes qui, la guerre finie, vous éloignent encore de vos femmes et de vos mères. Hé! bien, si vous recevez l'ordre de marcher contre nous, Camarades, nous ne chercherons pas à vous tuer, mais nous ferons disparaître ceux qui vous commandent. » Nos soldats savaient qu'une telle promesse, même si elle eût été sincère, évacuation d'odessa. — l'armée fbançaise détruit son matériel. devait fatalement res-
ter vaine. En pleine action, impossible de choisir les victimes ! Les combats de Nicolaïef de Kherson le leur prouvaient trop. Les troupes françaises durent se retirer, à la fin de mars, après avoir détruit une partie de leur matériel.
L'Allemagne avait demandé le renouvellement de l'armistice. Le i3 décembre 1918, à Trêves, le maréchal Foch le prolongea jusqu'au 17 janvier 1919.
Il mettait, à cette prolongation, les conditions suivantes :
L'Allemagne devait, dans le délai d'un mois, remettre le matériel de chemin de fer exigé d'elle et restituer les œuvres d'art, les archives et les titres dérobés
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en territoire français. Les Alliés lui interdisaient d'aliéner, de concéder, d'hypothéquer ses forêts, ses mines, ses chemins de fer. Ils se réservaient le droit d'occuper une bande de dix kilomètres sur la rive droite du Rhin, dans le bassin de la Ruhr.
Les premières réunions préparatoires de la Conférence de la Faix se tinrent au ministère des Affaires étrangères, du 12 au 1 5 janvier. Les chefs du gouvernement et les présidents du Conseil des puissances alliées choisirent les délégués à la Conférence définitive : pour la France M. M. Clemenceau, Pichon, Klotz, Tardieu et Jules Cambon. Ensuite, ils réglèrent quelques clauses nouvelles de l'armistice. Le matériel industriel volé en territoire français serait restitué. Plusieurs divisions, sous les ordres du général Haller, partiraient pour Dantzig et la Pologne. La réserve en or de la Banque d'Empire serait transférée à Francfort. Les pays limitrophes de l'Allemagne, puis l'Allemagne, seraient ravitaillés à l'aide de la flotte de commerce allemande.
Le 26 janvier, à Trêves, l'armistice fut, une fois déplus, prolongé d'un mois. Les conditions de cette nouvelle prolongation étaient les suivantes : L'Allemagne devait restituertoutes lesmachines industrielleset agricolesqu'elle avait dérobées en France. Elle devait livrer du matériel agricole : 6 5oo charrues, autantde :harrues brabants, de semoirs, de distributeurs d'engrais, 400 groupes de labourage à vapeur, 2 5oo faucheuses, autant de faneuses et de moissonneuses-lieuses. Elle devait remettre tous ses sous-marins et détruire ceux qui étaient en construction, la Commission navale alliée ayant découvert 64 sous-marins achevés et 1 25 en chantier. Elle devait mettre sa flotte marchande à la disposition des Alliés. Enfin, les Alliés se réservaient le droit d'occuper une quatrième tête de pont sur le Rhin.
Le 27 janvier, nos troupes, commandées par le général Hirschauer, entrèrent à Kehl. Les conseillers municipaux, en redingote et en chapeau haut de forme, attendaient. Le général, arrivé devant l'église, près du monument commémorattf de la guerre de 1870-71, se tourna vers eux : « Nous voici, leur dit-il. Vous respecterez les soldats de France. Ils ont été disciplinés dans la bataille. Ils le seront dans la victoire. » Le capitaine Staehling traduisit en allemand les paroles de son chef. A quoi, le chet ajouta : « Entendu, n'est-ce pas ? Plus de soviet ni aucune histoire de ce genre?» Le gouverneur du cercle répondit: « J'ai l'honneur de vous présenter l'hommage de la population et je la recommande à votre générosité . » Puis, le maire déclara : « Nous ferons droit à toutes vos exigences, dans la mesure où celaserapossible à un peuple épuisé jusqu'à la mort. » Le général approuva du menton. Tout était dit. Alors défilèrent allègrement, insensibles à la tourmente de neige, nos chasseurs à cheval, nos zouaves, nos tirailleurs, nos chasseurs à pied. Le pont de Kehl resta gardé par nos zouaves.
Vingt jours après, une troisième prolongation de l'armistice fut signée, à Trêves. Elle ne comportait plus de date d'expiration. Aux clauses précédentes, s'ajoutait une condition concernant la Pologne. Dans la région de Posen, Foch traçait une ligne queles Allemands n'avaient pas le droit de franchir.
A la Conférence de la Paix.
La Conférence de la Paix, définitivement constituée, inaugura ses travaux, le 18 janvier, au ministère des Affaires étrangères, dans le Salon de l'Horloge.
La séance d'inauguration fut ouverte par M. Poincaré qui avait à sa droite M. Wilson et à sa gauche M. Lloyd George. Quand il eut rappelé les crimes de
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l'Allemagne, le fraternel concours des Américains et le devoir de créer pour le monde un ordre nouveau par la Société des Nations, le Président de la République se retira. Sur la proposition de M. Wilson, la Conférence prit comme président M. Clemenceau.
Tout d'abord, la Conférence porta son attention sur les récents événements de Russie. Les troupes bolchevistes comptaient plus de 400000 hommes et remportaient de sérieux avantages sur les armées régulières de Koltchak et de Denikine. Il y avait donc une action à exercer de ce côté, si l'on voulait que les discussions sur la .paix aboutissent au résultat que le monde en attendait.
M. Wilson, soutenu par M. Lloyd George, demanda que tous les Etats qui
SIGNATURE DU PROTOCOLE DE L'ARMISTICE, AU MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES, LE Ier JANVIER IÇIÇ.
(Photo Chusseau-Flaviens.)
continuaient la guerre, en Russie et en Sibérie, fussent invités à se faire représenter à une réunion qui se tiendrait dans l'île de Prinkipo. L'effort, ainsi tenté, pour entrer en pourparlers avec une anarchie systématique, ne pouvait pas réussir. Ce fut un humiliant échec.
La Conférence résolut alors de tracer le plan de la Société des Nations sans tenir compte de la Russie. M. Wilson déclara, le 25 janvier, en séance plénière : « C'est la paix du monde que nous avons le devoir de fonder. Notre but doit être de satisfaire, non pas les gouvernements, mais les peuples. Une telle œuvre est-elle possible aujourd'hui? Oui. Nous lui consacrerons donc toute notre énergie et toute notre expérience ».
Lloyd George, Léon Bourgeois, Orlando s'associèrent sans réserve à cette déclaration. Malheureusement, les nouvelles du dehors brisaient les ailes à peine ouvertes des plus belles espérances. A propos d'un district de la Silésie autri-
chitnne, Tchéco-Slovaques et Polonais entraient en lutte. Dans l'ombre, l'Allemagne groupait ses meilleurs régiments pour forcer les Polonais à lui rendre la Posnanie.
Rien de plus brûlant, de plus lourd, de plus complexe que le programme qui s'imposait alors aux dix hommes qui s'étaient donné mission de iédiger le traité de paix : Clemenceau, Wilson, Lloyd George, Orlando, Hymans, Venizelos, Bratiano, Pachitch, Trumbitch, Mazarick.
En quelques jours, ils durent examiner les rapports des commissions, sur la question des responsabilités de la guerre, sur la question des réparations, sur la législation internationale du travail, projet auquel M. Wilson attachait une si
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MISSIONS MILITAIRES INTERALLIEES.
(Section photographique de l'Armée.)
grande importance! Vinrent ensuite les revendications formulées parles Tchécoslovaques, par les Roumains, par les Serbes, par les Grecs, par les Arabes.
La question des colonies allemandes.
Plusieurs séances de la future Conférence de la Paix furent occupées par une question particulièrement délicate : « l'attribution des colonies allemandes ».
Nous avons dit quels sacrifices de toutes sortes l'Allemagne avait faits pour se créer un empire colonial.
Qu'était-il devenu î
Dès le 22 août 191 4, le Togo s'était rendu à deux colonnes expéditionnaires : l'une commandée par le lieutenant-colonel britannique Bryant; l'autre, par le commandant français Maroix. Le même jour, les Britanniques, venus de la Nou-
velle-Zélande, s'emparaient des îles Samoa, grâce à la protection du croiseur fran çais Mont cal m.
Le 26 septembre 1914, les Australiens, après quelques combats, avaient mis la main sur la Nouvelle-Guinée allemande. En octobre 19 14, les Japonais enlevaient les petits archipels d'Australie que possédait l'Allemagne.
Dans l'Afrique australe, les Allemands travaillaient à susciter chez les Boers une révolte contre les Britanniques, afin d'entraver toute tentative contre le Sud- Ouest africain allemand. Ils parvinrent à entraîner le colonel Moritz, le général Beyers et même Christian de Wet. Mais le général Botha, resté fidèle à la Grande- Bretagne qui représentait le Droit, mit les rebelles à la raison, par sa victoire du i3 novembre à Winburg.
La plus ancienne colonie allemande, le Congo-Cameroun, résista davantage. Dès la déclaration de guerre, un détachement français enleva le poste de Bouga. Le colonel Hutin fut vainqueur à Nola; le général Aymerich, à Ouesso. En même temps, le colonel Largeau, pénétrant au Cameroun, s'emparait de Kousseri et, en liaison avec les Britanniques, attaquait Dikoa.
En novembre 19 14, nous avions repris tout ce que la France avait cédé aux Allemands, après le coup d'Agadir, en 191 1. D'autre part, les Français et les Britanniques, attaquant la colonie allemande par le littoral, occupaient Douila, Victoria, Jabassi, Edea. Les troupes allemandes, dont le nombre avait été fort réduit par les combats, les maladies et la désertion des indigènes, résistaient mal. En 191 5, nous tenions le centre de la région, N'Gaonndéré. Bientôt la capitale, Jaunde, fut prise. Abong, M'Bang, Monti succombèrent successivement.
On sait comment les Japonais s'emparèrent de Kiao-Tcheoule 7 novembre 1914, après un siège de deux mois et demi.
Une seule attaque fut tentée par les Allemands. Le 22 décembre 1 9 14, deux de leurs bateaux de guerre, le Scharnhorst et le Gneisenau, bombardèrent la ville de Papeete, dans l'île de Tahiti. Nos coloniaux et nos marins, pourtant si peu nombreux, les empêchèrent de débarquer. Leurs bateaux s'enfuirent. Le même sort fatal les attendait l'un et l'autre.
La colonie allemande du Sud-Ouest afiicain fut attaquée en février 191 5. En mai, les troupes britanniques, commandées par le général Botha, occupèrent la capitale, Windhoëk. Les troupes allemandes, qui s'étaient réfugiées à Otavi, se rendirent sans conditions.
Tout l'empire colonial de l'Allemagne était tombé aux mains des AHiés. La Conlérence de la Paix estima qu'il devait y rester.
La Société des Nations.
Le Conseil des Dix, après tant de travaux divers, rédigea, en une trentaine d'articles, le pacte de la Société des Nations. Il lui donnait un conseil exécutif, des délégués, un secrétariat international perpétuel, tout ce qui pouvait lui assurer de l'autorité morale. Cependant, il ne lui donnait pas de force militaire, malgré l'insistance de M. Léon Bourgeois, qui mettait cette force « au premier rang des sûretés indispensables ».
Pour siège de la Société des Nations, on avait projosé Bruxelles. C'eût été d'un immortel et salutaire enseignement. M. Wilson préféra Genève, comme « caractéristique de la neutralité ». Le représentant de la Belgique, M. Hymans, dont la souple et puissante éloquence aurait fait valoir tous les titres de son pays
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martyr, prononça seulement quelques mots d'amers regrets et se hâta de déclarer sa confiance dans l'œuvre entreprise.
La Société des Nations fut inaugurée le i5 février 1919, sous la présidence de M. Clemenceau, dans le salon de l'Horloge, au ministère des Affaires étrangères. En une baie voilée de draperies, siégeait Mme Wilson, seule femme de la réunion. M. Wilson, qu'un groupe d'Associations secrètes venait de proclamer « Gouverneur Général de la Planète », expliqua longuement le 'mécanisme de la Société. Il annonça que le secrétariat international perpétuel publierait tous lestraités. Désormais plus d'équivoques entre les peuples ! « Nous sommes mandatés ici, ajouta-t-il, par 1 200 millions d'hommes. Le crime a été vaincu. Nous avons pour tâche d'empêcher la guerre. » Les assistants crurent voir se dresser devant eux l'image surhumaine de cette Société sans précédent, avec ses principes, ses règlements, sa méthode, tout son idéal. Sans doute tous les assistants, M. et Mme Wilson exceptés, songèrent qu'il lui eût fallu aussi une épée et une cuirasse
Et l'Allemagne?
Ce n'était pas de cela qu'il s'agissait d'abord ! La question importante, la question capitale, la question des questions, c'était la question de l'Allemagne.
L'Allemagne avait voulu la guerre. Par elle, le monde était ensanglanté et bouleversé. Qu'est-ce que la Conféience de la Paix allait faire de l'Allemagne? Or, cette question, la Conférence de la Paix la différait sans cesse. La France, avec son clair bon sens, comprenait que, en cette matière, le temps perdu ne se réparerait qu'à très grande peine, s'il se réparait jamais.
Les principaux membres de la Conférence de la Paix étaient des chefs de gouvernement qui, par surcroît, devaient s'occuper des affaires si compliquées de leur pays. Pourtant, leur mission au Conseil des Dix aurait exigé toutes leurs heures et toutes leurs forces I Wilson, Clemenceau, Lloyd George assumaient une tâche dont un Louis XIV ou un Napoléon Ier, au comble de la puissance, n'avaient pas voulu se charger.
Peu à peu, les difficultés s'accroissaient jusqu'à devenir des défis. Dantzig restait fermé aux troupes de Haller. L'Ukraine continuait à assiéger Lemberg. La Roumanie et la Serbie se querellaient pour le Banat. Même hostilité entre les Italiens et les Yougo-Slaves. Et les Bolchevistes continuaient à avancer.
Au Conseil des Dix avait succédé le conseil des Quatre. Clemenceau, Wilson, Lloyd George, Orlando abordèrent enfin la question du bassin houiller de la Sarre et la question de l'occupation du Rhin.
M. Wilson, ayant, pour la première fois, déclaré nettement qu'il ret'usait d'accorder la rive gauche du Rhin et le bassin de la Sarre, M. Clemenceau quitta la salte.Très troublé, M. Wilson convoqua le soir même, tous les membres de la Commission américaine et leur rapporta en détail la scène qui venait de se passer « Messieurs, ajouta-t-il, aidez-moi. M . Clemenceau s'est retiré en me traitant de proallemand. Je ne sais pas si je le reverrai, ni même si la Conférence de la Paix continuera. Tâchons de trouver ensemble la solution du problème. Je désire ne rien faire qui soit injuste ou arbitraire à l'égard de l'Allemagne. En même temps, je ne veux pas déplaire à M. Clemenceau, c'est-à-dire à la France qui a sauvé la civilisation. » C'étaient de nobles paroles. Cependant la France n'eut pas toujours à se louer des actes qui les suivirent.
La question de Fiume faillit également tout brouiller. M. Wilson avait promis
aux Yougo-Slaves cette ville que l'Italie revendiquait. M. Orlando partit pour Rome, où il passa quelques jours. Mais il demeura membre du Conseil des Quatre.
De ces discussions ne reste aucune trace écrite. Pendant les quatorze premières séances, le Conseil des Quatre ne chargea personne de prendre aucune note. Il y avait là « un danger » que M. Jules Cambon signala à M. Clemenceau par une lettre.
Le lendemain même, M. Clemenceau vit que M. Jules Cambon avait grand raison. Le secrétaire de Lloyd George lisait aux quatre chefs d'Etat un rapport où ce qu'avaient dit les délégués de la France était entièrement omis. Aussi, à la dixseptième séance, un secrétariat fut- il institué.
Certaines questions avaient été tranchées par de rapides dialogues que l'histoire enregistre ici pour la première fois.
La question des mers, par exemple ! Lloyd George demandait :
— La France reconnaît-elle que, sans la flotte de la Grande-Bretagne, elle n'aurait pas gagné la guerre ?
— Elle le reconnaît, répondit Clemenceau.
— Dans ces conditions, la France est-elle disposée à faire quoi que ce soit pour empêcher la Grande Bretagne de lui rendre le même service?
— Non.
Quand Clemenceau eut, avec M. Wilson, un premier entretien, il lui rapporta ce dialogue, mot pour mot.
— J'approuve pleinement vos deux réponses, déclara M. Wilson.
Dans les discussions générales qui suivirent, M. Wilson fut toujours écouté avec une extrême déférence. Cependant, il rencontra parfois des résistances imprévues. Un jour, debout à sa place, laquelle était la place d'honneur, il prononça de sa voix la plus doctorale et avec son accent le plus sec :
— Je demande l'internationalisation de l'Amazone.
Tous les yeux se tournèrent vers le représentant du Brésil. Quoi! Internationaliser l'immense fleuve, le premier du monde par son débit, qui prend sa source dans les Andes et traverse le Pérou pour devenir la grande artère brésilienne et se jeter dans l'Atlantique, après un cours de 65oo kilomètres ? Qu'est-ce que le représentant du Brésil allait répondre ? On craignait un éclat. Mais le représentant du Brésil n'eut garde d'éclater. Très calme, il se leva, les yeux attachés aux yeux de M. Wilson, et prononça, dans la même langue que M. Wilson, de la même voix doctorale, voire avec le même accent nasillard :
— Soit. Mais, bien entendu, le canal de Panama sera de même internationalisé.
M. Wilson s'était assis. Jamais plus il ne fit allusion à l'Amazone.
A propos des réparations, M. Clemenceau fut forcé de répéter avec violence quelques chiffres tragiques. La France compte, comme pertes, 26 p. 100 de ses mobilisés; 57 p. 100 de ses soldats âgés de moins de 3o ans. Par le fait de la guerre, elle a été privée de 80 p. 100 de sa production de fonte et de 90 p. 100 de sa production de minerai.
A propos des garanties, les discussions recommençaient.
Le maréchal Foch, qui, le 3o novembre 1918, avait demandé « que la rive gauche du Rhin fût annexée à la France, avec obligation pour les habitants de servir dans l'armée française », se contentait de demander « que la rive gauche fût neutralisée, mais avec occupation permanente ».
Le 27 février, M. Clemenceau présentait, à la Conférence de la Paix, une note qui se résumait ainsi : « L'occupation perpétuelle de la rive gauche est, pour la France,
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la suprême garantie. La France n'a nullement pour but une annexion. La Conférence de la Paix choisira le régime politique à établir dans cette région. Mais la frontière occidentale de l'Allemagne doit être fixée au Rhin. La rive gauche, avec les ponts, doit être occupée par des troupes interalliées, pendant un temps qu'on ne saurait limiter. »
A cette note, M. Wilson et M. Lloyd George répondirent : « Une séparation exige une consultation des habitants. Une occupation demeurera une cause perpétuelle de conflits. » Cependant l'un et l'autre reconnaissaient la nécessité d'une garantie pour la France. Au problème ainsi posé, ils proposèrent, le 14 mars, la solution suivante : « La Grande-Bretagne et les Etats-Unis s'engageraient solidairement à soutenir la France en cas d'agression de l'Allemagne ».
Sans doute cet engagement assurait à la France la victoire en cas d'attaque. Mais il ne lui assurait pas, les Alliés étant si loin, le respect de son territoire. Aussi, sans nullement refuser l'offre des Alliés, M. Clemenceau demandait « une sécurité plus positive ». M. Wilson présenta une nouvelle formule du traité, laquelle fut définitivement arrêtée, le i5 avril 1919.
Pour les « sécurités militaires», la Conférence adopta un projet proposé par Clemenceau et soutenu par Lloyd George. Le service obligatoire était supprimé en Allemagne. La force militaire allemande était réduite à 100 000 hommes servant 12 ans, et à 288 canons. Pour la surveillance et le contrôle, le droit d'investigation fut accordé à la France.
Pour l'occupation de la'rive gauche et des ponts, la Conférence adopta le système de l'occupation interalliée pendant quinze ans, « avec droit de réoccupation, si les engagements financiers de l'Allemagne n'étaient pas tenus».
En somme, la France avait eu à choisir entre l'occupation perpétuelle de la rive gauche et l'engagement d'aide immédiate de ses alliés. Les représentants à la Conférence de la Paix se prononcèrent pour l'engagement d'aide immédiate, malgré l'avis exprimé de nouveau, le 25 avril, au Conseil des Ministres, par le maréchal Foch : « Séparation et occupation militaire de la rive gauche. »
Résolution non moins grave ! L'unité de l'Allemagne était maintenue. En vain, des voix autorisées demandèrent que l'Allemagne redevînt une Confédération. En vain, M. Jules Cambon insista pour que la Bavière donnât « sa signature particulière au Traité de Paix. » Les représentants des Alliés obéirent, les uns à un scrupule excessif à l'égard de la liberté des peuples, les autres à la crainte d'attiser, en Allemagne, le désir de la revanche.
De son côté, l'Assemblée nationale allemande, réunie à Weimar, vota une Constitution, qui peut se résumer ainsi : Socialisation apparente, centralisation effective. L'unité de l'Allemagne était cimentée plus fortement par la défaite de 1918 que par la victoire de 1870. Le rêve de Bismarck se réalisait et se couronnait.
Rien de plus significatif, en cette matière, que la phrase du préambule : « Uni dans ses diverses souches (Stammen), le peuple allemand est animé du désir de consolider son empire (Reich) ». Après cette phrase pompeuse, une humble et sèche indication: « L'empire allemand est une République ». C'est la seule fois que le mot République se glisse dans la Constitution allemande. Les Constituants s'en sont débarrassés au plus vite, avec une sorte d'impatience méprisante. Et, pour marquer toujours mieux leur dessein principal, ils opposent, dans 181 articles, le mot de Reich au mot Lœnder désignant les anciens Etats.
Le Président de l'Empire est élu, pour sept ans, par le peuple. Ainsi, le Reich allemand a, comme les Etats-Unis, un régime présidentiel au lieu d'avoir, comme
la France, un régime parlementaire. Cette préférence s'explique aisément : le régime présidentiel est de beaucoup le plus favorable aux ambitions impérialistes. A côté du Reichstag, la Constitution a placé le Reichsrat, Conseil d'Empire. Le Reichsrat remplace l'antique Bundesrat. Il y a là un triomphe de plus pour l'unité allemande. Le Bund, c'est la confédération, c'est-à-dire la pluralité dans la patrie. Le Reich, c'est la patrie une et indivisible. Chose à noter, le mot de Reichsrat est emprunté au régime austro-hongrois, iondé en 1867, lequel a été le plus vexatoire et le plus tyrannique des régimes.
Les délégués allemands en France.
Les délégués allemands furent convoqués à Versailles, le 27 avril 1919, pour recevoir le Traité de Paix à la préparation duquel ils n'avaient pas été admis. Versailles leur rappelait les jours incomparables de la guerre de 1870, qu'ils avaient espéré voir renaître dans la guerre de 1 914.
Dans cette épreuve, ces six Allemands, qui avaient à leur tête Brockdorff- Rantzau ne connurent qu'un seul moment de répit : à l'approche du 1" mai, ils crurent que la France allait être, elle aussi, en proie au bolchevisme. Espoir vite déçu.
Le 7 mai, les Allemands furent introduits devant la Conférence de la Paix. M. Clemenceau, qui présidait, se leva et leur dit : « Messieurs les plénipotentiaires allemands, vousavez devant vous lesplénipotentiairesaccrédités des petiteset grandes puissances, unies pour accepter la guerre la plus dure qui leur a été imposée cruellement. L'heure est venue du lourd règlement de comptes. Vous allez recevoir le livre qui contient nos conditions de paix. Vous aurez toutes facilités pour les examiner, sans parler de la procédure de courtoisie familière à tous les peuples civilisés. Vous nous trouverez empressés à vous seconder dans votre tâche. Mais cette seconde paix de Versailles est trop chèrement achetée pour que nous n'ayons pas le droit d'exiger, par tous les moyens en notre puissance, les légitimes satisfactions qui nous sont dues. »
Brockdorff-Rantzau, après avoir reçu le texte du Traité, lut une longue réponse qui commençait ainsi : « Nous sommes profondément pénétrés de la tâche sublime qui nous a amenés ici pour donner une paix durable au monde. Aucun de nous n'ignore que la puissance des armes allemandes estbrisée. Nous savons aussi ce que les vainqueurs nous feront payer comme vaincus et coupables. » Sa lecture finie, il se retira avec ses cinq compagnons d'infortune. Certes, le grand cœur de la France aurait éprouvé poureux, malgré l'énormité de leurs crimes, un sentiment de pitié si, après cet aveu, ils n'avaient pas tout de suite cherché à prouver qu'ils n'étaient ni coupables ni vaincus.
Dans les pages qu'il venait de lire, Brockdorff-Rantzau glissait que'quesmots qui faisaient pressentir l'attitude que l'Allemagne allait prendre. Il demandait, par exemple, que « toutes les personnalités responsables de la guerre fussent appelées devant une commission neutre », et il accusait les Alliés « d'avoir tué, avec préméditation, plusieurs centaines de milliers de non-combattants par le blocus ».
C'est Brockdorff-Rantzau qui, le premier, a lancé les mots : « Conditions trop dures, traité inexécutable ». A quoi Lloyd George répliqua tout de suite : « Si les conditions n'étaient pas dures, elles ne seraient pas justes ».
La Conférence de la Paix rappela que le gouvernement allemand, en 191 4, avait proposé à la Grande-Bretagne le plus honteux marché : « Laissez-moi atta-
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quer la Fiance; je vous laisserai prendre une colonie française et je ne pénétrerai pas dans la Manche. » Plus encore ! Le gouvernement allemand avait fait à la France cette injure suprême de lui dire officiellement, par la bouche de son ambassadeur, M. de Schcen : « Nous déclarons la guerre à votre alliée, la Russie. Vous devez garder la neutralité. Mais nous n'accepterons votre déclaration de neutralité, que si vous nous livre\ T oui et Verdun. » Or, Toul c'était Nancy; Verdun, c'était Briey.
Et ce que l'Allemagne voulait alors faire de la France, la Conférence de la Paix le rappelait également! C'était le projet da comte BernstorS, alors ambassadeur aux Etats-Unis, et qui, en 1918, était très influent dans les conseils du gouvernement socialiste de Berlin. « La France cédera à l'Allemagne toutes ses colonies. Elle lui cédera en outre le territoire au nord d'une ligne droite tracée sur la carte, depuis Saint-Valéry jusqu'à Lyon. Par un traité de commerce, elle permettra aux marchands allemands d'entrer en France, sans payer de droits, pendant vingt-cinq ans. Elle démolira toutes ses forteresses et livrera trois millions de fusils avec trois mille canons et quarante mille chevaux. » C'était le projet du comte Zeppelin (lettre du i3 avril 1916 au chancelier Bethmann-Hollweg) : « Sans la possession de Brest, l'Allemagne ne peut participer en rien à la liberté des mers qui lui est due. Et cette possession serait elle-même sans valeur, si nous ne prenions pas, en même temps, un minimum de garanties, exigé par notre existence future. Pour éviter que, à l'avenir, un nombre pareil d'aussi puissants ennemis soient à même de nous assaillir, il nous faut placer la France dans une telle dépendance militaire qu'elle ne puisse, en cas d'une guerre future, faire autrement que d'être notre alliée. Il faut, à tout prix, empêcher l'Angleterre, par la possession des côtes belges et d'une partie du littoral français, de pouvoir débarquer des troupes en France. »
Le Traité de Paix.
Les 440 articles du Traité de Paix, rédigés en français et en anglais, forment un fort volume de près de trois cents pages, sous ce double titre : Conditions de paix, Conditions of peace.
En voici le début :
Les États-Unis d'Amérique, l'Emvire britannique, la France, V Italie et le Japon, puissances désignées comme les principales puissances alliées et associées, la Belgique, la Bolivie, le Brésil, la Chine, Cuba, l'Equateur, la Grèce, le Guatemala, Ha'iti, l'Hedja\, le Honduras, le Libéria, le Nicaragua, le Panama, le Pérou, la Pologne, le Portugal, la Roumanie, l'État-serbe-croate-slovène, leSiam, la Tchécoslovaquie et V Uruguay, constituant, avec les principales puissances ci-dessus, les puissances alliées et associées, d'une part ; et V Allemagne, d'autre part ;
Ont convenu des dispositions suivantes : « A dater de la mise en vigueur du présent traité, l'état de guerre prendra fin. Dès ce moment, et sous réserve des dispositions du présent traité, les relations officielles des puissances alliées et associées avec l'Allemagne et l'un ou l'autre des États allemands seront reprises. »
Suit immédiatement la Constitution de la Société des Nations. Son pacte est fondé sur les principes suivants :
Accepter certaines obligations de ne pas recourir à la guerre ; entretenir au grand jour des relations internationales fondées sur la justice et l'honneur ; observer rigoureusement les prescriptions du droit international, reconnues désormais comme règle de conduite effective des gouvernements ;
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faire régner la justice et respecter scrupuleusement toutes les obligations des traités dans les rapports mutuels des peuples organisés.
Sont membres originaires de la Société des Nations les signataires du pacte, ainsi que les Etats qui auront accédé au pacte sans aucune réserve, dans les deux mois de rentrée en vigueur du pacte.
L'Allemagne n'est donc pas « membre originaire » de la Société des Nations. Peut-elle en devenir membre ? Voici la réponse :
Tout Etat qui se gouverne librement peut devenir membre de la Société si son admission est prononcée par les deux tiers de l'Assemblée, pourvu qu'il donne des garanties effectives de son intention sincère d'observer ses engagements internationaux et qu'il accepte le règlement établi parla Société en ce qui concerne ses forces et ses armements militaires, navals et aériens.
Le siège de la Société est à Genève. Son but étant le maintien delà paix, les armements nationaux doivent être réduits au minimum. Ses membres se garantissent mutuellement « le maintien de leur intégrité territoriale et de leur indépendance publique ».
En cas de guerre, la Société des Nations doit prendre toutes les mesures propres à sauvegarder la paix. Si un membre de la Société recourt à la guerre contrairement à ses engagements, il est considéré comme ayant commis un acte de guerre contre tous les membres de la Société. Ceux-ci rompent avec lui toutes les relations commerciales et financières. Tout traité incompatible avec le pacte doit être abrogé (articles 1-26).
Les articles 27-29 déterminent les frontières de l'Allemagne. Du côté de la France, la frontière est rétablie telle qu'elle était avant la guerre de 1 870. L'indépendance de la Tchéco-Slovaquie et de la Pologne y est proclamée.
Clauses politiques européennes (articles 3 1-1 17). — La souveraineté de la Belgique est reconnue sur le territoire de Moresnet, sur les cercles d'Eupen et de Malmédy.
En ce qui concerne le Luxembourg :
L'Allemagne renonce au bénéfice de toutes dispositions inscrites en sa faveur dans les traités antérieurs. Elle reconnaît que le grand-duché de Luxembourg a cessé de faire partie du Zollverein allemand à dater du 1 er janvier 1519, renonce à tous droits sur l'exploitation des chemins de fer, adhère à l'abrogation du régime de neutralité du grand-duché et accepte tous arrangements internationaux conclus par les puissances alliées et associées relativement au grand-duché.
En ce qui concerne la rive gauche du Rhin :
Il est interdit à l'Allemagne de maintenir ou de construire des fortifications, so't sur la rive giuche du Rhin, soit sur la rive droite, à l'ouest d'une ligne tracée à 5o kilomètres à l'est de ce fleuve. Sont interdits, dans la zone définie à l'article 42, l'entretien ou le rassemblement de forces années, soit à titre permanent, soit à titre temporaire, aussi bien que toutes manœuvres militaires de quelque nature qu'elles soient et le maintien de toutes facilités matérielles de mobilisation. Au cas où l'Allemagne contreviendrait, de que'que manière que ce soit, à ces dispositions, elle serait considérée comme commettant un acte hostile vis-à-vis des puissances signataires du présent traité et comme cherchant à troubler la paix du monde.
En ce qui concerne le bassin de la Sarre :
En compensation de la destruction des mines de charbon dans le nord de la France, et à valoir sur le montant de la réparation des dommages de guerre dus par l'Allemagne, celle-ci cède à la France la propriété entière et absolue, franche et quitte de toutes dettes ou charges, avec droit exclusif d'exploitation des mines de charbon situées dans le bassin de la Sarre. A l'expiration d'un délai de quinze ans à compter de la mise en vigueur du présent traité, la population du territoire du bassin de la Sarre sera appe. lée à faire connaître sa volonté comme il suit : Un vote aura lieu par commune ou par district et portera sur les trois alternatives suivantes :a) maintien du régime établi par le présent traité ; b) union à
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la France ; c) union à l'Allemagne. Le droit de voie appaniendra, sans distinction de sexe, à toute personne âgée de plus de vingt ans à la date de la signature du traité.
En ce qui concerne l'Alsace-Lorraine :
Les territoires cédés à l'Allemagne en vertu des préliminaires de paix signés à Versailles, le 26 février 1871, et du traité de Francfort du 10 mai 1871, sont réintégrés dans la souveraineté française à dater de l'armistice du 11 novembre 1918.
Les territoires en question feront retour à la France, francs et quittes de toutes dettes publiques. La France entreraen possession de tous biens et propriétés de l'Kmpire ou des États allemands situés dans les territoires visés, sans avoir à payer ni créditer de ce chef aucun des Etats cédants.
Le Gouvernement allemand remettra sans délai les Alsaciens-Lorrains (personnes physiques et morales et établissements publics) en possession de tous biens, droits et intérêts leur appartenant à la date du 1 1 novembre 1918, en tant qu'ils seront situés sur le territoire allemand. 11 s'engagea supporter la chirge de toutes pensions civiles et militaires acquises en Alsace-Lorraine à la date du 1 1 novembre 1918, et dont le service incombait au budget de l'Empire allemand.
Le port de Strasbourg et le port de K.ehl seront constitués, pour une durée de sept années, en un organisme unique au point de vue de l'exploitation. L'administration de cet organisme unique sera assurée par un directeur nommé par la Commission centrale du Rhin et révocable par elle. Ce directeur devra être de nationalité française.
Le Gouvernement français est subrogé dans tous les droits de l'Empire allemand sur toutes les lignes de chemins de fer gérées par l'Administration des chemins de 1er d'Empire et actuellement en exploitation ou en construction. Il en sera de même en ce qui concerne les droits de l'Empire sur les concessions de chemins de 1er et de tramways situées sur les territoires visés. Cette subrogation ne donnera lieu à la charge de l'État français à aucun paiement.
Fendant une période de cinq années à dater de la mise en vigueur du présent traité, les produits naturels ou fabriqués, originaires et en provenance des territoires visés, seront reçus, à leur entrée sur le territoire douanier allemand, en franchise de tous droits de douane. Le Gouvernement français se réserve de fixer chaque année par décret notifié au Gouvernement allemand, la nature et la quotité des produits qui bénéficieront de celte franchise. Le Gouvernement français se réserve le droit de retenir et liquider tous les biens, droitset intérêts que possédaient, à la date du 11 novembre 1918, les ressortissants allemands ou les sociétés contrôlées par l'Allemagne sur les territoires visés. L'Allemagne indemnisera directement ses ressortissants dépossédés par lesdites liquidations.
De tout le Traité, la partie qui concerne l'Alsace-Lorraine est assurément la plus précise et la plus équitable. Tout y est prévu pour la fourniture de l'énergie électrique par les mines de la rive droite, fourniture qui doit être continuée pendant dix ans, aussi bien que pour le trafic des sels de potasse, trafic dans lequel l'A.lemagne renonce à intervenir. Richesses toutes modernes! Désormais, la France peut mettre à la disposition de ses agriculteurs cette potasse dont l'agriculture allemande tirait tant de profit.
Pourquoi faut-il que, dans une annexe au chapitre sur l'Alsace-Lorraine, un article d'une imprudence inouïe accorde la nationalité française à tout Allemand marié à une Alsacienne ou à une Lorraine? Tel des pires ennemis de la France rentre dans la place, avec les plus grandes facilités pour trahir.
Droits et intérêts allemands hors de l'Allemagne, colonies (articles 1 1 8-1 58). — L'Allemagne renonce à tous les droits et titres sur ses possessions d'outre-mer. Les territoires que la France avait cédés en compensation des droits sur le Maroc, lui sont restitués. La France exerce le mandat de la Société des Nations sur le Togo et le Cameroun; les dominions de la Grande-Bretagne exerceront ce mandat sur le Sud-Ouest africain, l'Afrique orientale, les Samoa, la Nouvelle- Guinée.
Clauses militaires, navales, aériennes (articles 1 59-2 1 3). — L'armée allemande sera démobilisée dans un délai de deux mois et réduite à un maximum de 100000 hommes, officiers et dépôts compris. 11 n'est laissé à l'Allemagne que
288 canons légers. Aucun canon lourd. Le service militaire obligatoire est aboli. L'armée se recruterapar des engagements volontaires de douze ans pour les hommes, de vingt-cinq ans pour les officiers. La flotte est limitée à un nombre de navires d'un type déterminé. Interdiction pour l'Allemagne de posséder aucun sous-marin. L'accès de la Baltique est libre pour toutes les nations. Interdiction de posséder aucune aviation militaire ou navale. Tout le matériel de l'aéronautique militaire et navale sera livré. Des Commissions interalliées opérant en Allemagne assureront le contrôle de l'exécution des clauses. L'Allemagne se prêtera à toute investigation décidée par le Conseil delà Société des Nations.
Prisonniers de guerre et sépulture (articles 214-222). — Les prisonniers alliés seront rapatriés aussi rapidement que possible, aux frais du Gouvernement allemand. Les Alliés et l'Allemagne entretiendront les sépultures des soldats inhumés
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