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RAPATRIEMENT DES PRISONNIERS FRANÇAIS PRÈS DE FORBACH

(Section photographique de l'Armée.)

sur leurs territoires respectifs et satisferont aux demandes de rapatriement des restes de leurs soldats.

Réparations (articles 23 1-243). — L'Allemagne, qui reconnaît sa responsabilité pour toutes les pertes et tous dommages subis par les Alliés, s'oblige à les réparer et à rembourser les pensions et les allocations, ainsi que les avances faites par les Alliés à la Belgique

Sanctions (articles 244-248) — Guillaume II et les autres personnalités responsables de la guerre et des crimes commis pendant cette guerre comparaîtront devant un tribunal spécial. L'Allemagne devra les livrer, avec les documents utiles pour les juger.

Clauses financières et économiques (articles 248-312). — Pour couvrir les frais d'occupation, les réparations ettoutes les charges résultant du traité, les biens et les ressources de l'Allemagne sont grevés d'un privilège de premier rang. L'Allemagne transfèreaux Alliés ses créances et biens en Russie, en Chine, en Autriche-Hongrie, en Bulgarie, en Turquie. Elle renonce aux bénéfices des traités de Brest- Liiovsk et de Bucarest.

IQI4- — t-A GUERRE DU BROtT. ngq

D.ins cette partie du Traité, les articles 254 et 256 sont d'une haute portée. Par exception, en ce qui concerne l'Alsace-Lorraine, «la France est exemptée de tout paiement à l'Allemagne pour la valeur des biens appartenant à l'Allemagne et de toute reprise de la dette allemande en raison des conditions dans lesquelles l'Alsace- Lorraine a été cédée, en 1 87 1 ».

Une Commission interalliée fera connaître à l'Allemagne le montant des réparations et fixera les modalités du paiement. Tous les revenus de l'Allemagne seront affectés par privilège aux réparations. Le contribuable allemand supportera un fardeau au moins égal à celui du contribuable le plus imposé. Les animaux et objets de valeur enlevés par l'Allemagne seront restitués. L'Allemagne paiera une provision de 20 milliards de marks en or, avant le ier mai 192 1. Elle remettra, en outre, un acompte de 100 milliards de marks en or et en bons. Une partie en sera remboursée par un paiement pouvant être effectué par ces moyens : navires marchands, animaux, machines, matières chimiques, câbles sous-marins, charbons, benzol, goudron de houille, sulfate d'ammoniaque.

Le régime de la nation la plus favorisée est accordée aux Alliés en Allemagne. Franchise est assurée en Allemagne, pendant cinq ans,, aux produits alsaciens; pendant cinq ans, aux produits luxembourgeois ; pendant trois ans, aux produitspolonais. Le droit de survol et d'atterrissage sur le territoire allemand est reconnu aux Alliés. Le libre transit, exempt de droits de douane et de taxes spéciales, est assuré aux Alliés à travers l'Allemagne, ainsi que le régime le plus favorable à leur commerce. L'Elbe, l'Oder, le Niémen, le Danube sont placés sous un contrôle international. Le Rhin et la Moselle seront régis par une commission dont la France désignera le président.

Travail (articles 387-427). — Pour assurer le bien-être physique, moral et intellectuel des travailleurs, « un organisme est associé à la Société des Nations ». La Paix ne pouvant être fondée que sur la justice sociale, le Traité de Paix règle le droit d'association, le salaire, égal sans distinction de sexe, les heures de travail, le temps de repos hebdomadaire, l'emploi des femmes, l'âge d'admission au travail, l'enseignement professionnel, etc. Le paragraphe 4 de l'article 427 place, « parmi les principes d'une importance particulière et urgente, l'adoption delà journée de huit heures ou de la semaine de quarante-huit heures ».

Garanties d'exéculion (articles 428-433). — Les Alliés, pendant quinze ans, à dater de la signature, occuperont la rive gauche et les têtes de pont sur la rive droite. Si l'Allemagne exécute fidèlement les clauses, une évacuation est prévue : i° au bout de cinq ans, pour la tête de pont de Cologne et une partie de la rive gauche; 20 au bout de dix ans, pour la tête de pont de Coblentz et une autre partie de la rive gauche ; 3° au bout de quinze ans, pour les têtes de pont de Mayence et de Kehl et le reste de la rive gauche. Si, au bout de quinze ans, les garanties ne semblent pas suffisantes aux Alliés, l'évacuation pourra être retardée. Si, après quinze ans, l'Allemagne cesse d'exécuter fidèlement ses engagements, tout ou partie des zones ci-dessus pourra être réoccupé.

L'Allemagne, pour signer le Traité, « avait jusqu'au 24 juin, 7 heures du matin » Passé cette heure, l'armistice était dénoncé.

Erreurs et lacunes du Traité.

La France n'était pas seule à faire ce Traité. De là, en ce qui concerne la France, des erreursetsurtout des lacunes. Ni Sarrelouisni Landau, qui nous appartenaient, ne nous étaient restitués. Pourtant l'annexion de Landau et de Sarrelouis

it-o i (j i 4- — la guerre du droit.

ne se justifie pas plus que l'annexion de Wissembourg et de Forbach. La frontière que nous rend le traité de 1918 est celle de 1 8 1 5, c'est-à-dire celle qui avait été faite contre la France.

Mais le plus grand mal venait, peut-être, de l'armistice. En novembre 1918, les Alliés auraient pu exiger que l'armée allemande déposât fusils, canons, mitrailleuses, aéroplanes. Ils l'auraient dû. L'Allemagne a vu rentrer ses soldats avec armes et bagages. De plus, dans le premier armistice ou tout au moins dans le second ou le troisième, les Alliés auraient dû inscrire le désarmement complet de l'Allemagne, la livraison des coupables, la restitution des biens volés, la reconstitution de nos pays martyrs, le paiement de plusieurs milliards. Sur l'heure, l'Allemagne y eût consenti (1).

Le mal venait aussi de ce que l'armistice n'avait pas été suivi, sans retard, des préliminaires de paix déterminant, en traits essentiels, les indemnités, les garanties, les frontières.

Le mal venait enfin des retards apportés aux premiers grands travaux de la Conférence de la Paix. 11 a fallu deux mois pourque M. Wilson, chef d'Etat, traversât l'Océan, et pour que M. Lloyd George, chef de gouvernement, procédât au renouvellement du Parlement britannique. Or, deux mois, dansla succession désordonnée des événements, suffisent à refroidir les convictions les plus ardentes et à obscurcir les questions les plus claires.

Le 7 avril 19 19, au Conseil des Ministres, le maréchal Foch avait lu une note où il disait: « Pour la sécurité de la France, il est nécessaire d'avoir le Rhin comme frontière militaire. Pour les réparations de la France, il est nécessaire d'occuper la rive gauche jusqu'à l'exécution intégrale du traité. » Seul, M. Poincaré soutint le maréchal. En sortant de cette réunion, Foch dit à M. Jules Cambon : « La France ne comprendra jamais que, de la victoire, on ait fait sortir la faillite. ■>

Le b mai, à la réunion plénière de la Conférence de la Paix, Foch tenta une nouvelle démarche. On ne lui répondit rien. Après la séance, il insista auprès de Clemenceau pour avoir une réponse. Alors Clemenceau alla trouver Wilson et Lloyd George, discuta longtemps avec animation, puis revint en disant: « La réponse, c'est qu'il n'y a pas de réponse. — En ce cas, déclara Foch, ce traité, je le répudie. » Le lendemain, le maréchal, se trouvant, à Versailles, près de M. Klotz, ministre des Finances, lui disait : « Avec un pareil traité, présentez-vous aux guichets de l'Empire allemand, vous serez payé en monnaie de singe. — Ce n'est pas mon habitude, répondit M. Klotz. — Vous vous y ferez », répliqua le maréchal. A propos de. l'ensemble du Traité, Foch s'écria : « Et pourtant j'avais dit à tous ceux qui représentaient la France : Faites la paix que vous voudrez, je me charge de l'imposer à l'Allemagne ! »

M. Clemenceau, qui demandait « non seulement la garde permanente du Rhin, mais cinquante milliards versés tout de suite et 3ooooo prisonniers allemands pendant trois ans pour la reconstruction de nos pays martyrs », n'avait eu satisfaction sur aucun de ces points. En ce qui concernait les clauses financières, les chiffres que donnait M. Klotz, ministre des Finances, surexcitaient l'opinion sans l'éclairer. D'après lui, les frais de la guerre se répartissent ainsi: « Pour la France, 14b milliards; pour la Grande-Bretagne, 180; pour les États-Unis, 114; pour la Russie, 92 ; pour l'Italie, 58 ; pour la Belgique, la Roumanie, la Serbie, 42 ; pour

(1) Ajoutons que l'armistice du 11 novembre, signé prématurément, eut pour effet de bloquer notre armée de Salonique aux portes de Budapest, de sauver la Bavière et de préserver ainsi l'unité allemande, au sud comme à l'ouest.

l'Allemagne, 23 ! ; pour l'Autriche-Hongrie, 100. » Avec les intérêts, pendant une centaine d'années, le total s'élève à 4500 milliards. Somme que l'imagination humaine ne peut pas se figurer et que l'Allemagne est absolument incapable de payer avant si longtemps! Pour une dette, l'énormité tiendrait-elle lieu de quittance? En réponse, le ministre des Finances rappelait ces précisions : « L'Allemagne doit verser le montant en espèces (marchandises, navires, charbons, etc.) des dommages, des pensions militaires et des allocations. En même temps, elle doit remettre un titre de reconnaissance de 40 milliards de marks en or. Allocations aux familles des mobilisés, i3 milliards. Pensions militaires, 60. Assistance et pécule, 2. Dommages, environ 200 milliards. Pendant trente-six ans, l'Allemagne doit à la France, pour la réparation des dommages, une annuité de treize milliards six cent vingt millions ».

D'autre part, le déficit en charbon est comblé par les mines de la Sarre et les fournitures exigées de l'Allemagne. La Lorraine double notre production de mineiai et notre production de fonte. L'industrie textile d'Alsace représente le tiers de la capacité française en 1914.

L'Allemagne vaincue sera désarmée. L'Autriche ne pourra s'unir à elle que si la Société des Nations l'y autorise. Pour quinze ans, les Alliés occupent, sur le Rhin, les têtes de pont, avec le territoire qui couvre les front ères luxembourgeoises, belges et françaises.

Enfin, le Président des États-Unis et le Premier ministre de la Grande-Bretagne s'engagaient à présenter à leurs Parlements un traité d'alliance défensive avec la France.

Pour la frontière de la civilisation.

Au Traité de Versailles, on retrouve le même défaut qu'aux traités de Westphalie et de Vienne : le problème du Rhin n'y est pas résolu.

Le Rhin peut servir à la fois de route et de barrière. Il unit et il sépare. Coupez les ponts, ce chemin qui marche est une barrière qui reste. En dépit des invasions, c'est-à-dire des inondations humaines plus ou moins prolongées, la population de la rive droite et celle de la rive gauche sont essentiellement différentes. Sur la rive droite, des Germains. Sur la rive gauche, des Gaulois, à qui se sont mêlés des Romains et des Francs vite gallicisés. Sans cesse les Germains ont levé de passer sur l'autre rive pour piller, rien que pour piller. Leurs grands chefs, les empereurs, n'étaient, en réalité, que des chefs de bandes. L'idée de conquête n'apparut, en Allemagne, que le jour où les divers États allemands se lurent soudés, sous le marteau de Bismarck, dans l'armature prussienne des Hohenzollern.

L'Allemagne pangermaniste, possédant le Rhin, tenait les routes de l'Occident et de la mer.

Vers la fin de la guerre du Droit, les Alliés ont compris que le Rhin constitue la frontière même de la civilisation occidentale. Vainqueurs, ils ont poussé jusqu'au Rhin et en ont pris la garde. Toute la rive gauche cesse d'être une place d'armes accordée à l'Allemagne pour concentrer des armées et les précipiter à la conquête du monde.

Sans doute, la garde du Rhin que nous confie le Traité de paix est limitée. Mais la limite, dans le temps comme dans l'espace, reste subordonnée à la bonne volonté de l'Allemagne en l'application du Traité de paix. Jusqu'à présent (février 192 1), l'Allemagne a tout fait pour reculer cette limite.

La question de la Pologne.

La question, de la Pologne était de celles que le Traité ne résolvait pas à fond. C'est pourtant une des plus importantes pour la paix du monde.

La France, pendant les premières années de la guerre, n'avait pas permis aux volontaires polonais d'arborer leur drapeau: elle ne voulait pas Iroisser le Tsar. Quand s'effondra le front russe, le drapeau polonais se déploya sur notre front. M. Poincaré, président de la République, l'avait remis lui-même à nos fidèles alliés, en célébrant, avec la résurrection de l'aigle blanche, l'avenir de la Pologne libérée et unie.

De toutes les nations européennes, la Pologne est celle dont la population s'accroît le plus. Malgré ce que lui ont enlevé les déportations, les condamnations, les émigrations, elle a quadruplé le nombre de ses habitants, tandis que l'Allemagne, au comble de la prospérité, restait très loin d'un tel résultat. Le chiffre de sa population s'élève aujourd'hui à 24 millions. Elle peut subvenir aux besoins d'une population beaucoup plus nombreuse, à la seule condition que, dans l'indépendance et la paix, elle exploite convenablement la fertilité de son sol et les richesses de son sous-sol. La race polonaise est illustre par le courage, la constance, la loyauté. Au xvue siècle, sous les ordres de Sobieski, elle a arrêté la barbarie, devant Vienne, comme la France avait arrêté la barbarie, au vin6 siècle, devant Poitiers. Le partage de la Pologne, au xvme siècle, fut un crime contre la civilisation et contre le droit. Le roi de Prusse, Frédéric II, avait décidé, sans grande peine, la tsarine, Catherine II, et l'impératrice d'Autriche, Marie-Thérèse, à s'associer à lui pour ce dépècement. Il leur disait : « La France doit ». Louis XV laissa faire. Et pourtant la reine de France, Marie Leszcinska était la fille de l'ancien roi de Pologne.

Aujourd'hui, la France est réveillée. Elle saisit enfin le mot de Bismarck: « Une Pologne forte, c'est une armée française sur la Vistule. » En ce qui concerne la Pologne, tous les grands Français ont été d'accord, La Fayette, Michelet, Montalembert, Victor Hugo. Colbert disait à Louis XIV : « Un repas inutile de trois mille livres m'a fait une peine incroyable. Mais quand, pour la Pologne, il est question de millions d'or, je vendrais tout mon bien et j'engagerais celui de ma femme et de mes enfants pour fournir à cet emprunt. » Napoléon 1er, à Sainte-Hélène, déclarait : « L'Europe reconnaîtra que j'ai adopté la politique la plus saine, en cherchant à rétablir la Pologne. » Mais, trop souvent, les plus belles paroles n'étaient que des paroles. Napoléon Ier avait créé le duché indépendant de Varsovie, mais il n'avait pas rétabli la Pologne dans ses frontières de 1772. En allant jusqu'au bout de son propos, il aurait fait du Tsar un simple grand-duc de Moscovie et aurait mis l'Allemagne hors d'état de nuire.

La victoire du Droit, en 1 9 1 8, fut le signal de la résurrection nécessaire. Pourtant l'œuvre du Traité reste incomplète. Le crime de Frédéric II n'a pas été entièrement réparé. L'Ukraine est abandonnée aux manœuvres bolchevistes ; la Lithuanie, aux manœuvres allemandes; la Haute-Silésie au hasard d'un plébiscite pour lequel les Allemands ont organisé d'impudentes intrigues. Comme il fallait que la Pologne respirâtdu côté de la mer, on lui a accordé quelques kilomètres de côtes, mais on lui a refusé son débouché naturel : Dantzig. Le salut de la paix exige que le vaillant pays, qu'on a surnommé la France du Noid, se dresse et se fortifie entre l'Allemagne et la Russie. La fiontière de la Vistule est aussi indispensable à la civilisation que la frontière du Rhin.

Notre ravitaillement et notre armement, principes de victoire et gages de paix.

Chaque fois que l'Allemagne voulait douter de sa défaite, elle était rappelée à la réalité par la présence, sur le Rhin, de nos troupes si bien disciplinées, si bien exercées, si bien ravitaillées, si bien armées, si bien pourvues de tous les plus modernes instruments de victoire.

Certes, leur courage merveilleux et l'habileté de leurs chefs méritent avant tout la reconnaissance de la France et de la civilisation. Mais comment ne pas payer aussi un tribut de gratitude aux organisateurs du prodigieux effort industriel, technique et scientifique mis au service de notre armement et de notre ravitaillement?

Depuis tant d'années, l'Allemagne s'était persuadée qu'elle avait le monopole de 1 organisation et que la France, par sa nature même, était condamnée au désordre perpétuel ! A vrai dire, beaucoup de Français n'auraient pas cru la France capable de ravitailler des millions d'hommes hors de leurs foyers, au milieu des plus terribles difficultés, pendant cinquante-deux mois (i). Un grand et spirituelsoldat, le général de Galliffet, qui fut ministre de la Guerre, n'avait-il pas dit : « Une armée de plusieurs millions d'hommes, jamais on ne pourrait la commander, encore moins la nourrir. »

Or, quand nos soldats sont entrés en Allemagne, la presse allemande a répété : «Ce pain qu'ils ont aujourd'hui, c'est du gâteau qu'on leur donne pour nous jeter de la- poudre aux yeux! » En réalité, c'était leur pain de tous les jours.

Pendant toute la guerre, ils ont eu en abondance un pain d'excellente qualité. Cette

partie essentielle du ravitaillement fait grand honneur au génie et au patriotisme de la France. Il y eut, surtout en i g i S , des mois où, à l'intérieur de la France, le pain était médiocre, voire tout à fait mauvais. Quelle surprise, pour les soldats en permission, que de trouver, chez leurs parents, à la place du pain parisien, si blanc, si savoureux, si léger, et qui passe, à bon droit, pour le plus exquis du monde, une pâte lourde et revêche, désagréable au goût comme au regard et au toucher! Or, la France, à proprement parler, ne se nourrit que de pain. On devine ses souffrances. Jamais on ne saura le nombre des Françaises qui y ont perdu la santé et même la vie. Cependant, aux soldats qui les plaignaient, toutes ont répondu : « Ah! pauvres enfants, si vous avez de bon pain, nous n'en demandons pas davantage!» L'Allemagne ne peut se rendre compte d'une pareille épreuve. Elle mange si peu

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CLEMENTEL.

(Photo Manuel.)

(i) La Conférence économique des Gouvernements alliés, tenue à Paris, en juin 1916, sous la présidence de M. Clémentel, ministre du Commerce et de l'Industrie, a étudié les moyens d'interdire le commerce avec l'ennemi, d'assurer la solidarité des Alliés pour la reconstitution économique et de faciliter entre eux les échanges pour l'avenir.

de pain et distingue si mal la qualité du pain qu'on lui donne ! Elle appelle les Français: « mangeurs de pain ». Ce titre lui paraissait leur arrêt de mort.

Les provisions abondaient pour nos canons comme pour nos hommes, et nos canons se perfectionnaient sans cesse.

Evolution merveilleuse de l'industrie française, depuis la première bataille de la Marne! Le 21 septembre 1914, notre armée, chargée de refouler l'ennemi, avait dû s'arrêter, faute de munitions d'artillerie. M. Millerand, ministre de la Guerre, réunit les grands industriels et leur dit : « Improvisez, dans les plus courts délais, cette fabrication dont dépend le salut national. »

Alors commença le labeur surhumain. Nos usines firent d'abord des obus, des douilles, des gaines, des fusées. Pour la fabrication des munitions, M. Millerand divisa la France en groupements industriels, ayant chacun pour centre une usine importante. Bientôt, les projectiles de tout calibre arrivèrent au front par centaines de mille.

Mais, bientôt aussi, il fallut des canons nouveaux.

Nous manquions d'artillerie lourde. Notre industrie en créa. Après les 3o5 vinrent les 340 et les 400, tous montés sur trucks. Puis ce furent los canons de 1 55 et de 75 qui rirent défaut. On connut l'usure résultant du nombre inouï des coups tirés. On connut les destructions provenant du feu de l'ennemi. On connut surtout les éclatements, que causaient, dans l'âme des canons, les obus fabriqués avec des aciers étrangers de qualité médiocre ou par des moyens insuffisants d'outil'age.

En 191 7 apparurent les chars d'assaut. Nous avons salué, en ce livre, la fabrication des premiers tanks, dans les usines du Çreusot. Restait à perfectionner ces véhicules roulant sur chenilles, qui, seuls, pouvaient passer les tranchées et détruire les obstacles du champ de bataille.

L'usine de Saint Chamond fabriqua vite quatre cents chars d'assaut lourds, puissamment blindés, armés du canon de 7b réglementaire et de nombreuses mitrailleuses. Depuis la prise de la Malmaison, où ils se sont illustrés, ils ont, dans toutes les attaques, complété le travail des superbes petits Renault, qui avaient mis à profit l'expérience de leurs aînés et dont nous avons pu citer les coups d'essai comme autant de coups de maîtres. Une particularité des grands chars, c'est une transmission électrique entre le moteur à essence et les roues dentées qui commandent aux chenilles. De là toutes sortes d'avantages : souplesse, facilité de conduite, puissance de démarrage et de franchissement.

Certaines inventions venues au début de la victoire, en ont élargi les effets parce que 1 ennemi n'ignorait pas ce que la France produisait contre lui, avec tant de génie et de continuité.

Les obus se perfectionnaient encore plus que les canons. On sait que, en dehors des obus à gaz, classés à part, les obus agissent par leur puissance d'explosion et par leurs éclats. Les obus explosifs ont une grosse charge d'explosion brisante avec de minces parois : d'ordinaire, ils éclatent en touchant le sol ou en y pénétrant; leurs nombreux éclats, très irréguliers, proviennent de la rupture de lenveloppe. Les shrapnells contiennent un grand nombre de balles en plomb, avec une faible charge de poudre noire. Ils sont munis de fusées à temps, qui fonctionnent après une durée de parcours dans l'air, déterminée parle réglage de la fusée. L'éclatement libère leurs balles qui doivent arroser l'objectif. Tandis que les obus explosifs lancent dans toutes les directions leurs éclats irréguliers, les shrapnells lancent leurs balles dans le sens de la trajectoire, suivant une gerbe conique. Malgré les qualités qu'on leur reconnaissait avant la guerre, les shrapnells furent à peu

H) 14- — LA GUERRE Dl' DROIT. I I "3

près abandonnés L'obus radiant qu'on leur a préféré est un obus explosif, possédant leurs principaux avantages. Formé par un empilage de couronnes d'acier perforées pour contenir des balles en acier, couronnes serrées les unes contre les autres entre l'ogive et le culot, vissées sur un tube intérieur fortement chargé, cet obus donne six fois plus d'éclats qu'un explosif ordinaire du même poids. Les balles des couronnes et les éclats réguliers se répartissant régulièrement, conservent au loin toute leur action meurtrière. De telles qualités, utiles à tous les genres de tir, rendent l'obus radiant indispensable pour le tir contre les objectifs aériens, essentiellement fugitifs et pour lesquels il faut avoir des nappes d'éclats très denses, sous peine de gaspiller des projectiles dont les éclats s'éparpillent sans résultats.

Les obus radiants contre avions sont munis de fusées mécaniques. Les fusées à temps ont leur fonctionnement réglé parla combustion d'un tube fusant qui s'allume au départ du coup et bt ùle plus ou moins régulièrement, jusqu'à ce qu'il mette le feu à la charge d'éclatement. Mais, dans le tir aux grandes altitudes, l'air s'étant raréfié, le tube lusant brûle très irrégulièrement ou s'éteint. L'obus n'éclate pas au point voulu ou n'éclate pas du tout. La fusée mécan que, au lieu d'un tube, contient un système d'horlogerie, dont le fonctionnement ne varie ni avec l'altitude, ni avec l'état hygrométrique de l'air. On peut prolonger ce fonctionnement tant qu'on veut, sans être obligé, comme lorsqu'on emploie une fusée à temps, d'augmenter démesurément la longueur du tube fusant, par conséquent le volume et le poids de la fusée. La violence du choc que le mouvement d'horlogerie reçoit au départ du coup rendait très difficile l'établissement de la fusée mécanique. On a réussi à l'établir.

Depuis les premiers jours de novembre 1918, les obus radiants ont été livrés en grand nombre.

On a continué à en livrer après l'armistice. Sans doute, ils coûtent beaucoup plus cher que les autres. Mais, si l'on considère qu'ils ne constituent qu'un élément partiel de la valeur totale d'un coup de canon, et que, avec les munitions ordinaires, il faut plusieurs milliers de coups de canon pour toucher un objectif aérien, on conclut que la dépense totale nécessaire pour abattre un avion est infiniment moindre avec ces m -initions perfectionnées. Sans compter l'avantage militaire d'obtenir, contre les objectifs aériens, des effets beaucoup plus significatifs!

En même temps que des obus perfectionnés, on livrait à l'armée du matérielchenille pour l'artillerie de tout calibre.

Perfectionnement d'une prodigieuse efficacité ! Tous les soldats qui avaient vu les chars d'assaut s'avancer sur le terrain bouleversé, à travers les obstacles du combat, souhaitaient ardemment à l'artillerie la même mobilité.

Pour mettre en batterie ou remettre en route les grosses pièces, les opérations toujours étaient si pénibles et si lentes, impossibles même parfois quand la pluie avait détrempé le sol. L'artillerie, s'étant accrochée au sol pour tirer, avec ses munitions dans des magasins enterrés, ne bougeait plus. On l'abritait et on la camou fiait, mais sans l'empêcher d'être repérée et contrebattue.

Conclusion : la placer sur caterpillars. Rien de plus simple en apparence. Mais, ne craignait-on pas, en la rendant plus vulnérable, de rendre encore plus difficiles les opérations de mise en batterie et hors de batterie? On a résolu le problème en prenant, comme affût, la plateforme à chenilles. Les opérations de mise en batterie et hors de batterie étaient supprimées. Nos pièces pouvaient tirer dès qu'elles étaient arrêtées et reprendre leur marche après leur dernier coup de canon.

Le premier matériel-chenille de 220, expérimenté autour de Verdun, dans les terrains les plus chaotiques, par exemple au Ravin des Vignes, où les 75 eux-mêmes

n'auraient pu se mouvoir, exécuta contre les positions allemandes des tirs sans précédent.

Tout de suite furent commandés en grand nombre des matériels de ce genre. C'était une combinaison de qualités opposées, puissance et mobilité, poids énorme et grande facilité de service, qui n'avaient jusque-là jamais été réalisées ni même entrevues.

Chaque matériel comprend deux voitures automobiles à transmission électrique, pesant de 20 à 3o tonnes chacune, y compris les 8 tonnes de munitions que porte chaque matériel et dont le transport nécessiterait trois camions. Cet ensemble, si lourd en apparence, étonnamment léger en réalité, franchit les obstacles les plus dangereux pour l'artillerie sur roues, mares, ruisseaux, trous d'obus, tranchées, réseaux de fils de fer barbelés; traverse les bois; renverse les arbres; escalade les troncs ; déploie la même irrésistible souplesse qu'un char d'assaut irréprochable.

A peine la pièce est-elle arrêtée qu'elle peut tirer dans toutes les directions. Ses munitions sont à coté d'elle. Nulle manœuvre spéciale. Nulle préparation du terrain, même en pleine boue.

Latransmission électrique permet de n'avoirle moteur à essence que sur l'avanttrain. Si l'on se trouve dans une zone battue méthodiquement par l'ennemi, on renvoie à l'arrière les avant-trains, comme on ferait des chevaux dans une batterie de campagne. La vulnérabilité des matériels se réduit donc au minimum.

Si l'ennemi, soit par une reconnaissance aérienne, soit par le son, repère la batterie-chenille, elle peut se déplacer en quelques minutes, sans abandonner un obus et sans interrompre sensiblement son tir. Toutes les dispositions de l'ennemi sont déjouées par elle.

Comme le poids de ses projectiles varie de 90 a 270 kilogrammes, et sa portée de 10 à 20 kilomètres, elle constitue une très puissante artillerie de bombardement, tout en possédantlesqualités les plus rares, comme artillerie d'accompagnement et de rupture.

Aujourd'hui, près du Rhin, en examinant les plus récents appareils de cetteextraordinaire artillerie, nous nous mettons tantôt à la place du tireur, tantôt à la place du pointeur, tantôt à la place du conducteur. Cette artillerie est admirablement faite pour suivre, avec toutes ses ressources, l'élan de notre infanterie, en dépit des obstacles sans nombre où nos tanks se frayent leur chemin de gloire.

Artillerie merveilleuse, si la France t'avait eue en 1914, combien sa victoire eût été prompte et que de sang français épargné ! Mais à quoi bon des hypothèses rétrospectives?L'évidente vérité est que si, avant 1914, la France t'avait eueavec quelques autres bonnes armes dignes de toi, les Allemands ne l'auraient pas attaquée. Et ce n'est pas sans un serrement de cœur que, présentement, assis à la place du tireur, nous songeons à ce conseil que nous donnait, vers la fin de sa vie, le vieux socialiste allemand Bebel : « Français, soyez très forts! Ne devenez jamais une tentation pour le grand état-major de Berlin! » Belle artillerie toute neuve, tu étais destinée à prendre large part à l'offensive du i4novembre. Le 11 novembre, l'ennemi s'est jeté à terre. C'est le seul obstacle qu'il ait opposé. Obstacle infranchissable pour les Français. Un Français ne saurait passer sur le dos d'un adversaire à plat ventre.

C'est ton avis, n'est-ce pas? belle artillerie. Mais ta mission n'est pas terminée. En somme, tu continues à combattre pour la paix, par ta présence seule près du Rhin. Il y a des victoires qui se gagnent sans un coup de canon, sans une goutte de sang. Et ce ne sont pas les moins fécondes.

Nous arrivons aux obus « classés à part » : les obus à gaz.

Si nous voulions publier l'histoire complète des inventions, particulièrement en

ce qui touche à la « guerre des gaz », nous ajouterions tout un volume à la Guerre du Droit.

On se rappelle que, parles Actes de la Haye, datés du 29 juillet 1^99, les nations européennes s'étaient interdit « l'emploi de projectiles ayant pour unique objet de répandre des gaz asphyxiants ou délétères ». Or, le 22 avril 191 5, à dix-sept heures, les Français et les Canadiens qui occupaient le secteur d'Ypres, entre Bixschoote etLangemark, aperçurent, au-de susdestranchées allemandes, une épaisse nuée que poussait le vent du Sud. Beaucoup d'entre eux agonisaient dans d'atroces souffrances. Cette attaque qui violait les Actes de la Haye, comme l'invasion allemande avait violé la neutralitéde la Belgique, ne nous a pas surpris personnellement. Depuis plusieurs semaines, les prisonniers allemands que nous interrogions nous la faisaient pressentir et nous avions transmis ce renseignement au Grand Quartier Général. Pour la première attaque, le chlore avait été introduit à l'état liquide dans des cylindies d'acier dont on ledégagait par simple ouverture d'un pointeau. Les cylindres étaient restés enterrés dans la tranchée de première ligne, jusqu'au moment du vent favorable.

Depuis le 22 avril 191 5, la guerre des gaz se développa vite. Le 20 juin 19 1 5, dans le tois de la Gruerie, elle prenait la forme d'une attaquede' large envergure par obus. A vrai dire, l'ennemi avait déjà dirigé contre nos positions des projectilesla rymogènes. Un Allemand nous avoua que le premier obus à gaz avait été tiré, le 27 octobre 1914. Vers la fin de la guerre, c'est-à-dire à partir de juillet iqiS, les obus à gazformaient les huit dixièmes des approvisionnements pour les batteries allemandes.

On dit « gaz » parce que, à la guerre, le premier composé chimique a été un gaz : le chlore. En réalité, l'ennemi a employé non seulement des gaz, mais des liquides et des solides. Il les classait d'après leur action sur l'organisme: i°les toxiques, proprement dits qui agissent sur le système général, particulièrement sur le système nerveux; 20 les suffocants, qui agissent sur les poumons ; 3° les lacrymogènes, qui agissent sur les yeux ; 40 les vésicants, qui agissent sur la peau ; b° les sternutatoires, qui agissent sur la muqueuse nasale. ,

D'ailleurs, ces catégories n'ont rien d'exclusif. Un des plus célèbres gaz de combat, l'ypérite, dont l'action principale est vésicante, exerce aussi une action lacrymogène et une action suffocante. Les vésicants ont été employés pour la première fois, par les Allemands, le r 3 juillet 191 7 ; les sternutatoires, le 20 septembre 1917.

La France, dans son respect religieux pour les Actes delà Haye, n'avait pas songé à de telles attaques. Forcée de parer et de riposter, elle dut créer, d*une part, des appareils de protection; d'autre part, des engins de lutte.

Les appareils de protection sont de deux sortes : appareils d'isolement et appareils filtrants. En général, l'atmosphère du champ de bataille ne contient qu'une faible proportion de gaz : un millième environ. Pour les appareils d'isolement, un réservoir contenant de l'oxygène comprimé, relié à un dispositif qui envoie de l'oxy-

1 Photo Mcu risse )

Il -K I914- — LA GUERRE DU DROIT.

gène sous une très faible pression, soustrait le porteurà l'atmosphère ambiante Mais, double inconvénient, ces appareils ne protègent que pendant un temps très court et ne sont pas commodes à porter ! Leur unique avantage est de pouvoir être utilisés, quelle que soit la concentration de l'air extérieur en gaz nocif. Les inventeurs français cherchèrent surtout à perfectionner les appareils de protection. Ces appareils, où s'applique le principe de la filtration, conviennent assez bien pour les concentrations que l'on rencontre normalement dans la bataille. Il s'agissait de trouver des produits chimiques capables de fixer le gaz nocif, dans l'air aspiré passant sur eux avec la vitesse définie par le système respiratoire. Nous eûmes successivement, en mai i g i 5, le tampon à hyposulfite contre chlore et brome ; en juillet 191 5, le tampon P, contre chlore, brome, bromure de benzyle; en août 191 5, le tampon P2, contre chlore, brome, bromure de benzyle, phosgène, acide cyanhydrique. Le tampon P2, ainsi que le masque T (créé en octobre 191 5), le masque TN (créé en novembre 19 i5) et le masque TM (créé en février 1 9 16), protège contre tous les ■< gaz » employés par l'ennemi. En février 1918, nossoldatsieçurent un nouvel appareil, le meilleur de tous les engins de protection en usage dans les armées belligérantes, l'appareil ARS, qui ne gêne pas le porteur et lui laisse la netteté de la vue. L'appareil Tissot, distribué presque en même temps, rend également les plus grands services.

Comme les savants pouii'invention,lesindustriels rivalisèrent d'ardeuret dezèle pour la fabrication des appareil protecteurs (1). Quelques chiffres sont très éloquents. On donna à l'armée 4500000 tampons Pet P2, 1 000000 de masques T, 6800000 masques TN, 29300000 masques TM, 53ooooo appareils ARS, 720000 appareils TisiOt.

C'était la parade. La riposte, maintenant !

Quand arriva sur nous la première nappe de chlore allemand, la France, en son innocence terrible, ne produisait ni le chlore liquide ni le brome, indispensables pour la fabrication des gaz de combat. Ajoutons que lesquantités d'acide sulfurique alors manufacturées en France étaient à peine suffisantes pour la fabrication des poudres et des explosifs. La fabrication des gaz de combat exigeait de grandes réserves de chlore liquide et de brome. Or,cesproduits, d'oùvenaient-ils àla France? D'Allemagne.

La France dut monter en hâte des usines à chlore et des installations pour produire le brome. Du 1" août au 3o novembre 1 9 14, on avait commencé à construire sept usines électrochimiques : une dans les Pyrénées, six dans les Alpes. La première s'acheva en mars iqid ; la dernière en mars 1 9 1 7. Ces sept usines produisirent 23qio tonnes de chlore, dont 12600 à l'état de chlore liquide, le reste à l'état de chlorure de chaux. Pour le brome, on chercha premièrement à 1 extraire des eaux mères des salines terrestres, des cendres de varech, des marais salants. Peu à peu, on constata que les eaux mères des marais salants étaient seules susceptibles d'exploitation industrielle à sérieux rendement. En décembre 1915, on décida qu'une saline de Tunisie, la Sebka-el-Melah, à 600 kilomètres de Tunis, près de Zarsis, serait utilisée. Une usine y fut construite, en février 1916. Du 18 avril 1916 jusqu'au 11 novembre 1918, elle manufactura 856 tonnes de brome.

Onze composés chimiques avaientété retenus pour le chargement de nos obus à gaz. Rappelons les trois principaux.

i° Le phosgène, le plus important. En 191 5, la France, malgré tous ses

(1) C'est à M. J.-L. Breton, député du Cher, qu'avait été confiée, en décembre 1916, la direction du «Sous-secrétariat d'L\tat des Inventions intéressant la Défense navonale, rattaché au ministère de l'Armement et des fabrications de guerre. »

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cflorts, n'en pouvait fabriquer que i5o kilogrammes par jour. Nous fûmes heureux de l'avoir, le 25 février i g i 6, quand, devant Verdun, les Allemands déclenchèrent leur offensive sans pareille. Les Allemands rendirent hommage à sa valeur. Ils en fabriquèrent tout de suite et nous en envoyèrent de leur façon, pour la première fois, le 6 décembre 1916. Les usines que nous avions montées nous en livrèrent, du i« février 19 16 au 11 novembre, 1 5900 tonnes. 20 La vincennite, mélange à base d'acide cyanhydrique, a été employée pour la première fois, par nous, le 1" juillet 191 6, sur la Somme. Nosusinesenontfabriqué4 1 60 tonnes. 3° Le sulfure d'éthyle dichloré, qu'on a nommé l'ypérite ou le gaz moutarde, a été employé, pour la première fois, le 3 millet 191 7, par les Allemands. Et pourtant ce gaz avait été étudié par la France, depuis janvier 19 16! Cette étude s'acheva, chez nous, le 7 novembre 19 17. En janvier 1918, se fondèrent des usines à ypérite. Deux mois après, elle commencèrent à en produire, par une méthode beaucoup plus simple que la méthode allemande. Au lieu de trois réactions, une seule. Le 3 mars 19 18, nous commencions à nous en servir. Dans un espace de sept mois, la France, devançant ses alliés, en fabriquait 1 968 tonnes.

Pour toutes ces fabrications, nos alliés nous cédèrent des matières premières : la Grande-Bretagne et les États-Unis, du chlore liquide; l'Italie, du soufre. A son tou , la France céda à ses alliés des gaz, des obus à gaz, des appareils protecteurs. Au total, l'industrie française a chargé de gaz i3 millions d'obus de 7? et 4 millions d'obus lourds.

La Direction des Inventions a étudié, avec autant de zèle que de conscience, tout ce qui concerne la portée des projectiles, le recul des pièces, les tourillons, les cros es, l'artillerie de tranchée et d'accompagnement, le tir sans bruit par canons pneumatiques, les fumigènes masquant le paysage en plein jour, les projecteurs révélant les avions en pleine nuit, les «réservoirs increvables» pour les aviateurs, les viseurs (pour la photographie, le tir de la mitrailleuse et le bombardement), les lance-messages reliant l'avion au sol, les lance-grenades, les casques avec une visière protégeant les yeux, les cuirasses individuelles à l'épreuve des balles, les « écouteurs » pour la marine, les signaux de tout genre, le camouflage, etc.

L'effort industriel a donné en France d'incomparables résultats pendant la guerre. De i4tonnesde poudreB qu'on fabriquait en 1 9 14, on s'est élevé, en 1917, à 367 tonnes; de 8 tonnes d'explosifs nitrés ou nitrates, on s'est élevé à 810 tonnes par jour. Et, puisque l'armistice a été signé, puisque la paix est faite ou à peu près, cet effort s'oriente vers les œuvres de paix. Y a-t-il un symbole plus significatif que celui-ci : les produits destinés aux explosifs sont utilisés à la préparation des engrais. La vie sort de ce qu'on préparait pour répandre la mort.

Près du Rhin, nous saluons, en même temps que la variété triomphale des bombes pour avions, notre aviation parvenue à un si complet développement. Depuis la fin de 191 7, elle dépassait tout ce que nous attendions d'elle. Enfin, elle réunit, les vertus qu'elle aurait dû, étant chose de France, avoir dès le début: promptitude, légèreté, puissance.

En parcourant un de nos plus beaux camps d'aviation, dans la Rhénanie, nous écoutions nos camarades aviateurs décrire les éléments de victoire dont ils disposent. Ils chantaient la gloire de l'aviation française, comme les cieux chantent la gloire de l'Éternel!

Ce qui couronne enfin cette gloire, c'est une qualité, d'ordre inférieur en apparence, mais si indispensable au succès dans les conditions actuelles : le nombre!

Indépendamment du courage, de la ténacité, de l'héroïsme intégral, c'est-àdire de ce qui constitue, pour nos hommes, une monnaie courante, nous avons

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enfin le nombre qu'il nous faut pour vaincre. Aux jours les plus rudes, nous avions dû tenter des expéditions avec si peu d'appareils. Quand trois ou quatre tombaient, l'expédition s'abîmait avec eux. Hé! quelle vague d'assaut pourrait bien réussir, si la perte de trois ou quatre assaillants était sa perte! Aujourd'hui nos vagues d'assaut peuvent poursuivre leur route dans la certitude absolue du succès définitif- Les Allemands le savent mieux que personne. Quand une discussion se prolonge et qu'ils hésitent à tenir leurs promesses, il nous suffit, pour les ramener brusquement à l'obéissance, d'accrocher des bombes sous nos ailes. A maintes reprises, l'expérience en a été tentée. Toujours elle a pleinement abouti. Les Allemands le prennent-ils de trop haut ou essayent-ils de tout brouiller par leurs sophismes, notre simple geste est, pour eux, comme un trait de lumière et un signal de raison.

Notes et protestations de l'Allemagne.

Dèsque l'Allemagne fut en possession du Traité de Paix, elle employa le délai qui lui était accordé à submerger de notes le Gouvernement français. Elle protestait surtout « contre les missions des Alliés en territoire allemand et l'esclavage auquel les Alliés voulaient la réduire ».

Cependant, elle se résignait à certains sacrifices partiels : « réduire ses armements à 100000 hommes, si elle était admise dans la Société des Nations ; renoncer à l'Alsace-Lorraine, si un plébiscite le lui ordonnait ; ravitailler la France avec le charbon de la Sarre, jusqu'à ce que les mines de la France soient remises en état; payer 100 milliards de marks en or, dont 20 milliards pour le ier mai 1921 ». Mais sans cesse elle demandait que la Société des Nations lui donnât mandat pour administrer ses colonies, et qu'une juridiction neutre fût créée pour connaître des responsabilités de la guerre.

Les Alliés maintinrent tous les points essentiels du Traité. Pourtant, ils ne se refusèrent pas à faire, dans l'application, maintes concessions de réelle importance. Assurément, rien n'était touché a ce qui concernait l'Alsace-Lorraine, la Belgique, le Luxembourg, la Société des Nations. Les concessions portaient sur le régime politique et financier de la Sarre ; sur la frontière du Danemark ; sur la Pologne, où le plébiscite était admis pour la Haute-Silésie; sur les délais de désarmement; sur plusieurs points des clauseséconomiques. Les Alliés consentaient à limiter le droit d'inspection et à lui « enlever tout caractère vexatoire ». Enfin, ils autorisaient l'Allemagne à suggérer un plan pratique pour les réparations et lui faisaient espérer qu'elle deviendrait « dans un avenir non éloigné, membre de la Société des Nations ».

De l'autre côté du Rhin, des voix innombrables continuaient à jurer que jamais un Allemand digne de ce nom n'apposerait sa signature au bas d'un pareil traité, véritable arrêt de mort pour sa patrie. Mais l'Allemagne vit soudain se briser son suprême espoir: une révolution bolchevique en France I L'Assemblée de Weimar, ayant publié sa résolution de ne pas signer, le ministère Scheidemann donna sa démission, le 20 juin. Ebert forma tout de suite un nouveau ministère avec Bauer et Erzberger. Il écrivait à la France que « l'Allemagne refusait de se reconnaître l'auteur de la guerre et de livrer les hommes désignés par les Alliés comme les responsables ». Mais, le 22, l'Assemblée de Weimar vota la signature. En vain, dans la nuit du 22 au 23, elle réclama un délai de deux jours.

— Pas une heure, répondirent les Alliés.

Le maréchal Foch, qui avait son quartier général à Kreuznach, se préparait à lancer, en toute l'Allemagne, cent divisions françaises, britanniques, américaines et belges.

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Là-dessus, l'Allemagne céda. Il est vrai qu'elle avait deux éléments de consolation. Le 22, ses bateaux de guerre, prisonniers à Scapa Flow (iles Orcades), étaient coulés, par ses propres marins, et le 23, les drapeaux français, enlevés en 1870, et qu'elle devait nous rendre, étaient brûlés devant la statue de Frédéric le Grand, à Berlin, par les officiers de la Garde Impériale. Ce même jour, 23 juin, le monde ayant pu voir comment l'Allemagne entendait tenir ses promesses, le nouveau Président du Conseil allemand, Bauer, déclara :

— Devant l'attitude de l'Entente, le gouvernement allemand est décidé à signer sans conditions.

L'Assemblée, à mains levées, lui accorda tous les pouvoirs nécessaires. La dépêche de Weimar arriva à Versailles à cinq heures et demie du matin. On sait que le délai expirait à sept heures.

L'Allemagne signe.

Le samedi, 28 juin 19 19, la galerie des Glaces au château de Versailles se mettait en fête, pour la première fois depuis quarante-huit ans.

En 1 87 1 , elle avait servi de décor à la cérémonie où la couronne impériale était remise, par les princes allemands, au roi de Prusse, Guillaume I".

Continuellement, l'Allemagne reproduisait cette scène en d'insolentes images. Nous n'avions jamais pu traverser la galerie des Glaces, sans chercher la place où s'élevait l'autel, près duquelun chapelain harangua Guillaume roi de Prusse; la place où le roi de Bavière Louis II, lui tendit la couronne; la place où se dressait Bismarck, en uniforme de cuirassier blanc, les mains appuyées sur son . sabre.

A cet endroit même, devant touslesmembres de la Conférence de la Paix présidée par M. Clemenceau, furent introduits les représentants de l'Allemagne, le socialiste Hermaiin Muller, le « centriste » Bell et trois autres parlementaires, encore plus obscurs. La France ne connaissait que le pre. mier, Hermann Muller, lequel était venu à Paris, à la veille de la déclaration de guerre, le 3o juillet 1914, pour proclamer chez nous l'irréductible pacifisme de son parti.

Quand les représentants de l'Allemagne vaincue se furent assis, M.Clemenceau se leva :

— Sur.les conditions du Traité de Paix entre les puissances alliées et l'Empire allemand, l'accord a été fait. Les signatures vont être données. Elles vaudront un

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