XLVI
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Le groupe des armées de l'Est, comprenant l'armée Gérard, en Woè'vre ; le détachement de l'armée Déprez, à Nancy; l'armée de Villaret, dans les Vosges, les troupes de Démange, autour de Belton; était placé sous les ordres du général Dubail. Ces lorces de première ligne avaient derrière elles d'excellentes réserves: c'était le vingtième corps, au camp de Mailly ; c'était, près de Beauvais, une armée de quatre corps d'élite qui s'exerçait aux offensives sous !a direction du général Pétain.
Ajoutons que nous possédions une artillerie lourde, déjà en très grand progrès, de bons parcs d'artillerie et d'importants dépôts de munitions.
L'ensemble des forces françaises sur tous les Ironts d'Europe restait entièrement confié au général JoQre, dont le chel dVtat-major général était le général de Castelnau.
A ce moment, les armées russes dont le Tsar avait pris le commandement avec
LE GCNEHAL LANGLÈ DE CARY ET SON ETAT-MAJOP.
(Photo Mcurisse.l
le général Alexeïef comme major-général, pouvaient inspirer grande confiance aux Alliés. Ces armées, ainsi quel'armée du Caucase confiée au grand-duc Nicolas, avaient désormais assez d'artillerie et de munitions pour tirer profit des succès. Avonsnous besoin de rappeler que, d'autre part, les troupes italiennes attendaient le moment de recommencer l'attaque et que l'armée franco-anglaise de Salonique, renforcée par l'armée serbe venant de Corfou, était prête à tous les événements?
Dans l'expression « bataille de Verdun », ie mot « bataille », si on l'entendait à la manière ancienne, serait étrangement impropre. Jusqu'à nos jours, le mot bataille et le mot journée étaient demeurés synonymes. Une bataille classique c'était l'affaire de douze heures, au plus de vingt-quatre. On disait : la journée de Jemmapes, de Marengo, d'Iéna. Une journée! Dans la Guerre du Droit, la Marne a duré plus d'une semaine ; l'Yser, des mois; Verdun, des années.
En réalité, la bataille de Verdun commença avec la guerre. Dès le mois
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d'août 10 14, l'ennemi a lancé des troupes vers la vieille forteresse meuMenne. De nouveau, il l'attaqua, en avril ig 1 5, par la tranchée de Galonné et, en juillet 191a, par l'Argonne. Enfin, en lévrier 1916, il donna le signal d'une action qu'il estimait décisive pour Verdun et pour toute la France.
Devant Verdun, sous le commandement du Kronprinz. espoir des Hohenzollern, étaient concentrés les corps d'armée que, sur l'enclume du camp retranché de Metz, le vieux maréchal von Haeseler avait forgés pour lutter contre nos divisions de 1er. Les nombreuses voies stratégiques dont disposait l'ennemi le long delà frontière, vinrent toutes aboutir à Verdun. Excellent réseau alimenté par plusieurs grandes voies lerrées : voie Cassel-Coblentz-Trèves, que continuaient les voies du Luxembourg et des Ardennes ; voie Mannheim-Sarrebourg-Metz, avec des embranchements traversant la frontière ; voies de Carlsruhe, de Mayence, de Strasbourg. Comme centres de ravitaillement, l'ennemi avait trois grandes villes: Luxembourg, Thionville, Metz. Les deux dernières étaient organisées, depuis longtemps, pour un service de ce genre.
Déjà, l'ennemi investissait à moitié la place. Autour d'elle, depuis qu'il tenait Saint-Mihiel, ses lignes, partant de la forêt de l'Argonne, dessinaient un demicercle. « Verdun, disait-il, c'est le nœud qui unit la France du Centre à la France de l'Est. » En pénétrant à Verdun, il menaçait d'un côté Nancy, qui lui avait échappé en août 1914; de l'autre côté, Chàlons-sur-Marne, dont il avait dû fuir en septembre 19 14.
Tout de suite, il fit tonner une artillerie lourde comme jamais on n'en avait entendu. Devant Verdun étaient montés force canons de 38o, servis par des marins revêtus d'uniformes d'artilleurs, et douze gros mortiers de 420 qui lançaient un obus toutes les cinq minutes. Les troupes de choc avaient été promenées au milieu des batteries et des dépôts d'obus. Elles étaient soumises à un régime de suralimentation. « Chaque soldat, à en croire les journaux de Berlin, recevait par jour plusieurs livres de viande et plusieurs litres de café très fort. »
Dans la préparation de son offensive, l'ennemi tirait parti de la rude leçon que nous lui avions infligée en Champagne. Il combina tout pour que ses communications avec l'arrière restassent assurées. Ses rails furent prolongés jusqu'à la ligne de feu. Ses usines alimentèrent directement ses canons.
Les pièces les plus lourdes arrivaient à leur poste sur des wagons plats. Grâce à ce mode de transport et à l'emploi des. tracteurs automobiles, sa grosse artillerie remplaça presque entièrement son artillerie de campagne: ses i5o, ses 280, ses 3o5, ses 38o, transformèrent vite nos travaux de défense en un chaos sans nom.
Un commandant nous disait alors : « J'étais dans cet abri depuis cinq mois. Le vaste paysage qui s'étendait devant moi n'avait pas un accident de terrain qui ne me lût lamilier. Or, après une seule nuit de ce bombardement, le jour s'étant levé, j'ai failli m'écrier: « Où suis-je? » Je ne reconnaissais plus rien du terrain bouleversé sous un hérissement de troncs arrachés et de branches rompues. »
L'ennemi avait miné et machiné le sol : pas un endroit qui ne montrât des fils de fer barbelés et ne cachât des mitrailleuses. A la préparation matérielle, il ajoutait la préparation morale. Tous les matins, on rappelait aux soldats allemands que l'Allemagne venait de s'emparer de toute la Pologne, de toute la Serbie, et que Berlin, en relations directes avec Constantinople, étendait sa domination sur tout "Orient.
Restait un unique effort à accomplir au front occidental: la prise de Verdun. Aussi, le Kronprinz répétait-il :
— Verdun est la principale forteresse de l'ennemi principal. Verdun, c'est le
cœur de la France. Nous allons prendre Verdun. Dans quelques jours, je vous passerai en revue sur la place d'armes de Verdun. Et ce sera la paix !
Les soldats allemands des sept corps d'armée concentrés pour l'attaque, regardaient vers la ville désignée à leurs coups et, déjà, croyaient voir, au-dessus de ses maisons en feu, se dessiner l'image irrésistible de la Germania triomphante.
Verdun
De Saint-Mihicl à Verdun, l'horizon s'élargit doucement. Les coteaux reculent en abaissant leurs harmonieuses ondulations.
Çà et là, des étangs. L'un d'eux, presque au sortir de Saint-Mihiel, offre une singulière grâce de miroir vert. Le long de la Meuse, les magnifiques prairies se