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VERDUN. — LE PONT DE PIERRE ET LA PORTE CHAUSSEE

(Vcrascopc Richard.)

déploient en lacs d'herbes opulentes où écume la blancheur des saules fouettés par le vent. Dans le voisinage immédiat de Verdun, les plans s'entrecroisent en mêlant collines et vallées. Région faite pourles surprises foudroyantes et les farouches résistances! Soudain, apparaissent les deux tours carrées et trapues de la cathédrale verdunoise.

A leurs pieds, se groupent les casernes aux cent fenêtres, les remparts majestueux aux angles en saillie et aux sombres (ossés, les glacis aux arbres centenaires, ormes ou tilleuls, dont les rudes troncs noueux paraissaient déjà contenir d'antiques mitrailles incrustées.

Le premier obus de la grande bataille tomba au pied de la, Cathédrale, le 21 février 1916, à huit heures du matin. Depuis ce moment, pendant des mois, les projectiles de toutes sortes, percutants, fusants, asphyxiants, incendiaires, se sont succédés sans interruption.

Les quartiers les plus riches étaient les plus visés ; maisons de hauts bourgeois et magasins luxueux devenaient la proie des flammes.

Avant la guerre, en entrant à Verdun, nous aimions à lire sur un éciïtcau :

I 9 ' 4 - — LA GUliRRE DU DROIT. 7Ô3

« Metz, 65 kilomètres » (i). Et c'était justement à Metz que nous pensions.

Si nous avions voulu nous y prêter un peu, nous aurions été dupe d'une illusion chère. Tonalitédisc[ètedelacampagne,côteauxbleuissants, haute et calme Esplanade, tilleuls aux superbes silhouettes, aux cimes séchées, rues étroites aux maisons pointues et penchantes, c'était Metz déjà, et nous te reconnaissions, accent de notre Lorraine qui semblés toujours traîner une ironie en ta lente musique. Metz, l'auguste forteresse mosellane avait transmis à sa voisine de la Meuse sa sublime mission 'de défense française Verdun, pendant la plus formidable des guerres, assuma la charge la plus formidable.

C'est un camp retranché et c'est une citadelle. Ses portes : porte Chaussée et

LA CATHEDl'Al.K AI'l-'l S I.L KOMUAK DEMENT.

(l'hoto Mcurissc.)

porte Chatel, ont gardé, l'une l'àpreté sombre du Moyen âge féodal, l'autre l'élégance meurtrière des créneaux Renaissance. Mais, si guerrier qu'il soit, l'appareil du temps jadis respire une ingénuité innocente, quand on le compare aux travaux militaires d'aujourd'hui, si savants et si froids, si puissants et si dissimulés. Le noble hôtel- de- ville, construit au xvne siècle, avait été ravagé en 1894 par un incendie. Reconstruit avec soin, il connut sous les obus allemands une épreuve plus terrible. Dans la partie ancienne de la ville, se croisaient de vieilles rues, également caractéristiques par leur forme, leur matière et même leur nom. Dans la Rue des Petits- Degrés, les pavés dessinaient des ourlets capricieux qui étaient des marches. Non

(1) A cet endroit s'élève le monument comrnémorâtif du siège de 1S70. Il représente des hommes tirant avec des cordes un gros canon démonté. Effort superbe assurément, mais qui, comparé à ce qu'ont dû accomplir nos hommes de 1914, parait un jeu.

moins pittoresque et encore plus accidentée, surgissait la Rue des Gros-Degrés. Rien qu'à répéter son nom, vous risquiez de vous essouffler. Vous appuyiez-vous à la rampe? Cette rampe de fer, en face d'une Vierge qu'un grillage protégeait (ah! les protections du bon temps!), vous révélait, par une inscription, qu'un certain Prévôt, en l'an de grâce i5g5, avait fait les Irais de ce pieux accessoire. Temps heureux où un honnête homme donnait une rampe à un escalier, un parapet à un pont, aussi spontanément qu'une cloche à un clocher, un grillage à une Vierge.

Au milieu de la ville, la Cathédrale présente à l'ennemi une de ces cibles à l'attrait desquelles il ne sait pas résister. Elle a deux absides et deux autels, comme les cathédrales du Rhin. Ses voûtes gothiques étaient d'une émouvante ampleur.

Nous les relevons, en les débarrassant de quelques vaines décorations, par exemple des piètres arcades modernes qui les séparaient et les déparaient.

L'Esplanade, altière terrasse plantée de tilleuls et de platanes, aujourd'hui glorieusement meurtris ou morts, domine la vallée de la Meuse où les paysages faisaient admirer, dans la paix, une austérité si ravissante.

Quelle était notre situation autour de Verdun, en février 1916? Notre gauche s'appuyait, en première ligne, sur Brabant, Haumont, le bois des Caures ; en seconde ligne, sur Samogneux, la cote 844, la ferme Mormont. Notre centre s'appuyait, en première ligne, sur le bois d^. Ville, l'Herbebois, Ornes; en seconde ligne, sur Wavrille, les Fosses, le Chaume, les Caurières. Notre droite s'appuyait, en première ligne, sur Maucourt, Mogeville, l'étang de Braux, le bois des Hautes-Charrières, Fromezey; en seconde ligne, sur Bezonvaux, le Grand-Chêne, Dieppe.

Derrière ces secteurs de défense, la ligne dite « des forts » s'appuyait sur le village de Bras, Douaumont, Hardaumont, le fort de Vaux, la Laufée, Eix.

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