TRANCHEE ITALIENNE
(Photo Roi.)
en fuite, ils entraient en chantant à Gorizia. De là, ils gagnaient le plateau du Carso. C'était le chemin de Trieste.
Mais, pour atteindre Trieste, comme pour atteindre Trente, que d'obstacles à surmonter! Jusqu'à la fin de septembre, ils eurent à s'organiser dans le terrain conquis, en repoussant les contre-attaques. Le 3 octobre, ils reprirent leur offensive aux environs de Gorizia etsur le plateau du Carso. Trieste était to jjours leur objectif. Ils s'emparèrent de Korada, puis de Plava.
L'ennemi s'était reformé. Il accepta le combat sur ses nouvelles lignes, à l'est de Gorizia, entre Solar et Vertoïba, et sur le plateau du Carso, entre le Vipacco et Oppachiascella. Battu, ilabandonna aux vainqueurs 7200 prisonniers, parmi lesquels les officiers continuaient à abonder. Mêmes succès pour les Italiens le 1", le 2, le 3 et le 4 novembre, dans la région de Gorizia et sur le plateau du Carso, à l'est deVallona. Résultats: d'excellentes positions conquises, g3oo prisonniers, une trentaine de canons et de mitrailleuses en bon état.
En somme, l'Autriche, depuis le commencement d'août, perdait, sur le front italien, 200000 hommes dont 40000 prisonniers. Pourquoi l'offensive italienne s'interrompit-elle en si beau chemin? Assurément le général Hiver apporta à l'ennemi
son concours prévu. Comment avancer dans la montagne, lorsque les chemins disparaissaient sous six pieds de neige et que le thermomètre descendait à 20 degrés? Mais en Italie, il y eut, pour glacer certaines âmes, un autre élément mille fois plus dangereux, la propagande allemande. Elle se manifestait par les moyens les plusdivers : publications de presse, démarches de diplomates, combinaisons politiques, intrigues religieuses, déclamations sociales, le tout aidé de l'argent allemand venu à flots à travers la Suisse.
Espérant couper court à cette propagande, le gouvernement italien, qui, jusqu'alors, n'avait déclaré la guerre qu'à l'Autriche, déclarait enfin la guerre à l'Aile.
ARTTLIFBtE ITALIENNE DANS LA MONTAGNE.
manne, le 28 août 191 6. On sait que l'Allemagne n'avait pas attendu cette déclaration de guerre, pour renforcer l'Autriche non seulement en matériel de guerre, mais en soldats plus ou moins travestis.
Sar tous les terrains à la fois, l'Allemagne perdait pied. En vain, elle cherchait à prouver, contre toute évidence, qu'elle se trouvait en cas de légitime défense, quand elle avait attaqué la France et la Russie. En vain, à donner le change sur les buts qu'elle se proposait au début de la guerre! En vain, à faire croire qu'elle gardait la supériorité sur les champs de bataille 1
La Roumanie entre en lice. Nouvelles déceptions de l'Allemagne.
La date du 28 août 1916, dans l'histoire de la Guerre du Droit, restera doublement éclatante. Le jour où l'Italie déclarait enfin la guerre à l'Allemagne, la Roumanie déclarait la guerre aux Empires centraux.
I y I 4* LA GUERRE DU DROIT.
Cette décision de la Roumanie était impatiemment attendue en France.
Au commencement de la guerre, le général Pau avait été envoyé par le gouvernement fiançais à Bucarest et dans les principales villes des Balkans. Pas de mission spéciale. Il était simplement un missionnaire de France. Dans tous les pays qu'il traversait il voyait le ministre de la Guerre, le ministre des Affaires étrangères, le président du Conseil, le souverain. A tous, il démontrait que l'intérêt des Etats balkaniques était de se mettre d'accord avec la Triple Entente.
Bucarest lui fit un accueil triomphal. La foule criait : « Vive la France ! Vive l'Alsace-Lorraine ! ». M. Filipesco, ancien ministre de la Guerre, prononça ces mots applaudis : «Voyez ce peuple. Aujourd'hui il est debout. Demain, il sera sous les armes. » Quand les applaudissements frénétiques prirent fin, le général Pilât ajouta, au nom de l'Association latine : « Vous vous trouvez dans un pays éloigné de la France, mais où douze millions de cœurs battent pour elle.»
A propos de ce voyage, le général Pau nous a dit :
« Un grand repas me fut offert, à Bucarest. Après les toasts, au moment où la conservation reprenait, le chef du parti conservateur, M. Marghiloman, s'écria :
— Mon général, il y a deux nations qui sortiront de cette guerre étrangement grandies.
Je devinais de quelles nations il voulait parler. Aussi, pris-je les devants et déclarai-je :
— Certes, le monde reconnaîtra la grandeur héroïque de la Belgique et de la Serbie. »
— Oui, sans doute, reprit M. Marghiloman. La Serbie et la Belgique ont combattu de leur mieux. Mais ce n'est pas d'elles que je veux parler ici. Je veux parler de la France et de l'Allemagne. L'une et l'autre ont prouvé des qualités de premier ordre et montré quelle place elles méritent dans le monde. Elles devront se tendre la main et se partager l'hégémonie.
J'ai laissé M. Marghiloman exposer jusqu'au bout son étrange doctrine. Puis, je lui ai répondu, non pas sur le ton discret de la causerie, mais de ma voix la plus forte et qui devait remplir la salle :
— Ce qu'a révélé l'Allemagne au monde, c'est une barbarie sans pareille, barbarie de dip'omatie et barbarie de guerre. L'Allemagne a déshonoré son épée. Jamais l'humanité n'oubliera tant d'atrocités monstrueuses. D'ailleurs, il ne s'agit pas d'hégémonie. Que serait d'ailleurs une hégémonie partagée î II s'agit de justice et de liberté. Les Alliés ont juré de ne faire la paix qu'après avoir libéré le monde de la tyrannie germanique. Ils tiendront leur serment.
— Qu'a répondu M. Marghiloman?
— Rien. Qu'aurait-il pu dire ? La salle entière, en m'approuvant sans réserve, ne lui permettait plus de placer un mot. Le lendemain, je partaispour la Russie. Il avait été convenu que les propos échangés à mon banquet de Bucarest ne seraient pas publiés. Cependant, les échos s'en répercutèrent dans tout le pays. Quand je repassai en Roumanie, M. Marghiloman me demanda de démentir ces échos. Un tel démenti était impossible. C'eût été un mensonge.
— Et notre alliée, la Russie, mon général, que dit-elle et que fait-elle ?
— La Russie ignore la France et encore plus l'effort français. Elle croit que Paris est en révolution. Qui avions-nous, en Russie, pour faire connaître la France ? D'abord, les professeurs français et les institutrices françaises. Aujourd'hui restent très peu de professeurs français en Russie. Tous ceux qui étaient en âge de porter les armes sont venus combattre sur le frontfrançais. Les Russes leur disaient: « Restez chez nous. Vous combattrez avec nous. » Ils ont préféré défendre la terre de France
en France, et ils sont partis au mépmde tout danger. Les institutrices françaises en Russie ont cruellement souffert. On devine les épreuves subies par celles qui résidaient en Pologne. Forcées de fuir avec les plus pauvres gens, elles sont arrivées sans ressources dans des villes où elles ne connaissaient personne. Tout de suite, elles se sont remises au travail. J'en ai vu venir à moi qui m'apportaient pour nos blessés vingt roubles, trente roubles : presque leur gain du mois.
Le général Pau a une figure de soldat ferme, intelligent et bon. Ses gros sour-
POSTK TÉLÉPHONIQUE ROUMAIN.
(Photo Chusscau-Flaviens.)
cils gris,s'harmonisant avec sa grosse moustache grise, s'abaissent et se relèvent sur ses yeux bleus très clairs, très droits, très fins. Il a une grande autorité, et, ce qui est peut être encore plus efficace, une grande puissance de persuasion. En nous quittant, il ajouta :
— Peut-être prochainement, nous trouverons-nous en présence d'un péril nouveau. L'Allemagne nous fera offrir la paix, en nous proposant la rétrocession de l'Alsace-Lorraine et peut-être une indemnité. Nous devrons refuser. Une paix boiteuse ne serait qu'une trêve vite ensanglantée. C'est ce qu'on doit faire comprendre à la nation. On doit lui faire comprendre aussi qu'il faut se méfier des propositions que peut formuler une de ces nations pour qui les traités sont des chinons de papier. »
Quand la Roumanie entra en lice, l'émotion fut grande chez les Alliés, particulièrement dans la France toujours si chevaleresque et qui se plaisait à considérer la Roumanie comme sa jeune sœur latine.
Les Alliés pensaient : La Roumanie nous apporte l'appoint d'un million de soldats : plus de dooooo hommes d'armée active, plus de 400000 hommes de réserve. Troupes fraîches qui vont se jeter sur un ennemi déjà ébranlé et fatigué. Certes, la
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Roumanie a beaucouptardé à venir combattie à notre côté. Mais, pour tardive qu'elle soit, sa décision est à la fois un gage et un signe de victoire. L'armée roumaine prendra à revers, par le sud, l'ennemi qui combat sur le Dniester et le Pruth. Un tel concoursméiite récompense. On sait ce que souhaite la Roumanie, en invoquant le droit des nationalités que les Alliés reconnaissent, comme ils reconnaissent tous les droits! Elle voudrait reprendre les Roumainsde Bessarabie qu'a donnés à la Russie letraité de Berlin. Œuvre de Bismarck, ce traité a eu des effets désastreux. Il a brouillé la Russie et la Roumanie, les deux Etats qui venaient de battte les Turcs. En ce moment, nos amis de Roumanie déclarent : Il y a entte la Russie et la Roumanie un vieux brandon de discorde. Enterrons-le vite. La civilisation tout entière y gagnera. Cette guêtre, qui est la guerre du Droit, est aussi la guerre de l'Honneur. La Serbie a obéi à l'honneur en refusant de se soumettre à certaines conditions honteuses que l'Autriche-Hongiie, d'accord avec l'Allemagne, prétendait lui imposer. La Russie a obéi à l'honneur en défendant un petit peuple de même race qu'elle, et qui n'espérait qu'en elle. La France a obéi à l'honneur en refusant de se séparer de la Russie, comme l'Allemagne le lui demandait. D'ailleurs, la France se serait déshonorée inutilement. L'Allemagne, qui voulait la gueire à tout prix, aurait tout de suite imaginé quelque nouvelle exigence folle. Ne prétendait-elle pas, pour s'assurer la neutralité française, occuper Toul et Verdun! La Belgique a obéi à l'honneur,
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