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FRONT ROUMAIN. — TRANCHEE AVANCÉE

(Photo Ghusseau-Flavicns.)

en défendant la neutralité de son territoire et en tâchant de barrer la route aux armées allemandes qui se ruaient sur la France. L'Angleterre a obéi à l'honneur, en prenant les armes pour faire respecter un traité sur lequel elle avait apposé sasignature. L'Italie a obéi à l'honneur, en prenant parti pour le Droit dont Rome est l'antique capitale. Seule, dans le monde, l'Allemagne a osé déclarer que, suivant elle,

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l'honneur n'est qu'un mot, et que les pactes où s'inscrit la parole d'honneur ne comptent pas. Tous les peuples d'honneur s'unissent, pour mettre définitivement hors d'état de nuire ce peuple à jamais disqualifié. Déjà l'aube de la victoire fait resplendir les drapeaux des Alliés, au premier rang desquels flotte le drapeau français qui porte dans ses plis le mot d'honneur avant même le mot de patrie.

L'entrée en lice de la Roumanie brouilla tout en Allemagne. L'Allemagne s'y attendait si peu ! Ne tenait-elle pas presque toute la presse roumaine ! Trois mois auparavant, sur les 2b journaux de Bucarest, 17 s'étaient prononcés sans aucune restriction en faveur de l'Alliance allemande « seule capable de réaliser les aspirations roumaines »

La brusque déception que l'Allemagne éprouvait dans les Balkans, lui fit pressentir les plus s.nistres réalités. Aussi bien, la presse officielle d'outre-Rhin avaitelle commis des imprudences encore plus lourdes que de coutume. Jusqu'au dernier moment elle avait affirmé: « Les Roumains sont gens pratiques ; s'ils se décident à marcher, ce sera pour aller rejoindre le vainqueur. »

En France, M. Briand, dès son arrivéeà laprésidence du Conseil, s'était appliqué à faire, de l'Entente, une véritable unité. Tâche fort difficile! Avec des éléments si divers, ressources, tempéraments, revendicationsde chacun, ildevait forgerune arme unique, à la fois souple et solide ! Ce devait être le résultat d'efforts sans cesse renouvelés : entrevue de Londres, entrevue de Rome, entrevue de Paris, réunions d'état-major, conférences de ministres, voyages de généraux. En attendant, le corps expéditionnaire de Salonique empêchait l'Allemagne de dominer les Balkans, de couvrir la Turquie, de menacer l'Egypte, de répandre des sous-marins dans toute la Méditerranée.

Mais notre jeune alliée se préoccupa tout d'abord de ses intérêts immédiats qu'elle jugeait essentiels. Au lieu de faire bloc avec nous contre l'ennemi, elle crut préférable de se lancer dans la Transylvanie, pour tendre la main à ses compatriotes sous le joug, et dans la Dobroudja, au sud du Danube, pour occuper un territoire qu'elle revendiquait.

Par les cols de la Transylvanie, les Roumains reioulèrent l'armée autrichienne vers Brasso, vers Fogaras, vers Hermannstat, et lui firent quelque 7 000 prisonniers. « En continuant ce mouvement, ils auraient enveloppé le groupe d'armées de l'archiduc Charles, menacé Buda-Pesth, coupé les communications de la Bulgarie et de la Turquie, collaboré puissamment à la fin glorieuse de la guerre.

Pour favoriser leur attaque, les Russes s'étaient avancés en force dans les Carpathes. Mais l'effort russe, qui seul pouvait soutenir l'effort roumain, s'épuisait. L'armée de Broussilof s'était arrêtée, sans avoir rien modifié aux conditions stratégiques de la guerre sur le front russe. Les 5ooooo hommes de l'armée roumaine, tiès insuffisamment armés, entraînés et dirigés, étaient obligés de tenir un front de plus de onze cents kilomètres. Dans la Dobroudja, les Russes ne purent prêter qu'un médiocre appui. Pourtant, le danger le plus grave était là.

Le haut commandement allemand, sans que les Alliés s'en doutassent, avait placé les forces turques, bulgares et allemandes, en Bulgarie, sous la direction du maréchal Mackensen. Soutenu par une puissante artillerie, Mackensen occupa promptement Turtukaï et Silistrie sur le Danube; puis, d'un seul mouvement, rejeta les Roumains vers la voie ferrée du Danube à la mer Noire, c'est-à-dire de Cernavoda à Constanza.

En même temps, le haut commandement allemand envoyait en Transylvanie, pour organiser la défense par tous les moyens, le général Falkenhayn. Pangerma-

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niste ardent, ministre de -la Guerre pendant l'affaire de Saverne, célèbre au Reichstag pour la façon dont il frappait le plancher de son sabre, en parlant, connu également pour les conseils belliqueux que, en juillet 1914, il donnait à l'empereur durant l'aflaire de Serbie, il avait remplacé Moltke comme che. du grand État-Alajor, le jour où Moltke lut rendu responsable de l'échec de l'Ourcq et de la Marne, devant Pans. Tout d'abord, il connut toute la laveur impériale. N'éiait-ce pas sur son avis que Mackensen, en 1915, avait organisé l'offensive sur la Dunajec et attaqué à fond le saillant russe? Mais, au commencement de 1916, pour plaire au Kronprinz qui désirait le bâton de maréchal, il organisa l'offensive la plus formidable, celle qui devait tout résoudre en écrasant la France, l'attaquecontre Verdun. Alors, lui aussi, comme Moltke, comme Kluck, comme Bulow, comme le vieil Haeseltr, connut la colère et l'ingratitude de Guillaume 11. Or, voici qu'on lui offrait l'occasion de prendre une revanche. 11 la prit sur l'inexpérience des Roumains qu'il contraignit vite à repasser les défilés des montagnes où ils étaient apparus en libérateurs.

Ainsi allait finir l'offensive roumaine qui, dirigée vers d'autres points, aurait pu produire de si utile* effets.

D'ailleurs, la Roumanie avait commis une erreur capitale, celle de croire à la sincérité des Bulgares qui lui promettaient de ne pas l'attaquer. Après avoir imprudemment engagé ses lorces, elle dut trembler pour sa capitale. Les Allemands, sur la frontière roumaine, visaient Campoloung, afin de prendre pied sur une tête de voie ferrée menant à Bucarest. La Roumanie, en 1916, allait-elle donc avoir le sort de la Serbie en 1913? Le gouvernement roumain remplaça à la tête de ses armées, le général Maresco par le général Christesco, chef d'Etat-Major, et la France envoya à Bucarest, poui réorganiser l'armée roumaine, une mission militairefrançaisesous les ordres du général Berthelot.

Les Alliés

attaquent enfin

devant Salonique.

Le point capital, dans toute la région des Balkans, c'était alors Salonique.

A ne regarder que les chiffres, les armées confiées au général Sarrail étaient plus que suffisantes : 80000 Français, autant d Anglais, 3oo 000 Serbes revenus au combat par la Dalmatie et Corfou, un assez bon nombre de Russes, un assez bon nombre d'Italiens. En somme, plus de booooo hommes, à qui, en principe, on ne marchandait rien de ce qui pouvait leur être utile comme armement, munitions, ravitaillement.

Mais, malgré l'argent qu'on dépensait sans compter, tout arrivait avec lenteur.

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