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ZEPPELIN ABATTU PRÈS DE SAINT-CLÉMENT

Photo Mcurissc.

nisthal, nous voyions les pilotes s'exercer à des vols courts, mais précis, et qui rappelaient les épreuves de dressage. Cet aérodrome a été, de juillet 1 g 1 3 à mai 1914, témoin de 363oo vols. Chaque aviateur exécutait 12 vols par jour en moyenne. Chaque vol durait huit minutes. Les appareils quittaient le sol, après un assez long parcours, et tournaient en cercle à 600 mètres de hauteur. Tout av ateur militaire devait prendre un passager à son bord. Grâce à cette « culture intensive », l'Allemagne, en 1914, comptait au moins un millier de pilotes capables de rendre d'appréciables services. Alors seulement, l'aviation allemande se préoccupa des « records», mais en leur donnant pour objets la hauteur et la durée. Le pilote allemand Linnekogel s'éleva, le ier avril 19 14, à 63oo mètres: record de la hauteur. Le même pilote s'était élevé, le 24 mars 1914, à 5 5oo mètres : record de la hauteur avec un passager. Le pilote Illner s'éleva à 5 on mètres : record de la hauteur avec deux passagers. Le pilote Thelen, le 20 mars 19 14, s'était élevé à 3 700 mètres : record de la hauteur avec trois passagers. L'aviateur Langer, le 3 lévrier 19 14, sur l'aérodrome de Johannisthal, était resté en l'air pendant 14 heures 7 minutes : record de durée en biplan.

S36 I o i 4 ■ — LA GUERRE nu DROIT.

L'aviateur militaire lieutenant Suren, le q avril 1914, vola sans interruption pendant 12 heures 14 minutes : record de durée en monoplan.

On reconnaissait alors les monoplans militaires allemands à un large trait de couleur foncée, traversant dans sa largeur le côté de l'aile qui est tourné sur le sol ; les biplans portaien' cette bande de la même couleur sous le plan inférieur.

A vrai dire, malgré tant de travaux et de succès, l'Allemagne avait beaucoup plus de confiance en ses dirigeables qu'en ses avions, comme elle en avait beaucoup plus dans ses cuirassés que dans ses sous-marins. Pourtant, aux esprits que n'aveuglait aucune superstition, il apparaissait clairement que les monstres aériens étaient étrangement vulnérables. Même au repos, le Zeppelin s*usait. Pour l'employer, si impérieuse que fût la nécessité de son emploi, on devait le gonfler à nouveau: désastreuse perte de temps. Mais l'Allemagne réussissait à oublier jusqu'aux plus sinistres avertissements. Le Zeppelin 1, en 1900, heurtait un poirier qui le mettait en pièces. Et l'Allemagne découpait ce poirier en menus morceaux, pour en faire des reliques. LeZ. //était détruit par la tempête, le 16 janvier 190 5. LeZ. Il', anéanti àEchterdingen, le 4 août 1908. Le Z. V, écrasé, le 25 avril 1910, sur les collines de Weilburg. Le Z VI, déchiré dans les arbres de la forêt de Teutoburg, le 28 juin 1910. Le Z. Vil, surnommé Deutschland, périssait de même. Quelques semaines après, un autre dirigeable encore plus puissant, le Major Gros III, jonchait le sol de ses débris. Après chaque échec, l'Allemagne, avec une confiance inébranlable, retournait au travail.

Les immenses progrès que l'aéronautique française devait faire, pour rattraper le temps perdu, elle les fit lentement, mais elle les fit.

Au commencement de 191 5, elle n'avait encore pour ainsi dire pas d'avions de bombardement. Ses appareils les plus forts ne pouvaient pas transporter plus de six bombes de 90, que l'observateur tenait sur les genoux et qu'il laissait tomber, sans avoir d'instrument pour viser. Peu à peu, on réussit à emporter un plus grand nombre de bombes et à les lancer avec précision. Enfin, on comprit la nécessité absolue d'employer les avions non plus isolément, mais par escadrilles.

D'ailleurs, si, trop longtemps, le matériel de l'aviation française laissa à désirer, l'aviation française compta toujours des héros à qui restera attaché un splendide tribut d'admiration. Dès novembre 1 9 1 6, le lieutenant Guynemer avait déjà remporté vingt-quatre victoires.

L'Allemagne, pour se venger, envoyait ses zeppelins bombarder les villes ouvertes. Mais ils étaient plus vulnérables que meurtriers. Le jour approchait où le. France devait assister à l'effondrement de ces mastodontes volants où le comte Zeppelin avait réalisé le rêve de Guillaume IL En octobre 191 7, toute une escadre de ces dirigeables furent canonnés, dispersés, abattus ou contraints d'atterrir, sans avoir pu causer de dégâts. L'un d'eux tomba en flammes près de Saint-Clément, à 1 o kilomètres de Lunéville; l'autre, pressé par nos avions, descendit intact, avec son équipage, près de Bourbonne-les-Bains.

L'Allemagne finit par remplacer les dirigeables par de très forts avions de bombardement. Mais, la aussi, la France devait l'emporter.

I9'4 — LA GUEKKR 1)0 DROIT.

Guillaume II renonce au commandement en chef et le confie à Hindenburg.

A la Chambre prussienne, en 1916, l'empereur Guillaume II n'avait pas lu le discours du Trône. Manquer à cette cérémonie, ternblesupplice pour un Hohenzollern! Que se passait-il donc? On examina avec attention les photographies de l'empereur Le Lokal-An\eiger venait d'en publier une qui le représentait, accompagné du Kronprinz, passant en revue les troupes de l'Argonne. Les cheveux de l'empereur avaient blanchi, sa démarche s'était alourdie. Cependant, d'une façon générale, il gardait sa physionomie. Un mois et demi après, le même journal publia une autre photographie représentant Guillaume II visitant ses troupes en Galicie. Il y était tout à fait méconnaissable. Ce vieillard aux traits affaissés, aux yeux hagards, au cou enveloppé d'une étoffe épaisse, était-ce l'homme qu'on avait vu, dans l'été de 1914, si superbe, si sûr de vaincre, haranguant impétueusement les foules et, de son poing crispé, défiant l'univers ? L'empereur de la guerre universelle, Weltkrieg, devenait son « propre fantôme ». En même temps que s'éloignait la victoire, s'évanouissait sa popularité, surtout parmi ses troupes.

Le 26 août 1916, dans l'armée allemande se produisit un événement d'une gravité exceptionnelle. Guillaume II renonçait au commandement suprême et le contiait au maréchal von Hindenburg. Il avait eu successivement, sous ses ordres, Moltke qu'il écarta après l'échec de la Marne, et Falkenhayn qu'il écarta après l'échec de Verdun. En ce moment, l'Allemagne lui imposait Hindenburg en qui elle voyait son sauveur.

La foule vénéraitle vieux maréchal jusque dans ses images où, pieusement, elle enfonçait des clous comme font les sauvages dans leurs idoles. Elle aimait en lui ses vulgarités barbares où elle reconnaissait le meilleur d'elle-même. Le trait d'esprit le plus admiré, de l'autre côté du Rhin, était une réponse de Hindenburg à un officier qui lui annonçait que les Russes, en se repliant, avaient arrosé de pétrole des provisions énormes de farine : « Hé ! bien, puisque le pain au pétrole leur plaît tant, je veux qu'on n'en donne pas d'autre à leurs camarades prisonniers. »

A vrai dire, le vieux soudard, sous son épaisse brutalité, cachait un flair de vieux chasseur. Il avait pressenti que « le coup de Verdun ne pourrait rien apporter de bon à l'Allemagne ». Et l'Allemagne savait qu'il s'y était opposé de tout son pouvoir.

D'ailleurs, depuis quelque temps, l'entourage de l'empereur insistait pour que l'Homme des Lacs Mazuriens devînt le chef suprême de l'armée: ainsi, le peuple serait satisfait; ainsi, peut-être, l'armée serait entraînée à la victoire; ainsi, en tout cas, la dynastie des Hohenzollern échapperait à une responsabilité accablante,

LA STATUE Ll HINDENBURG.

(D'après le dessin satirique de Didier-Tourné.)

Sans doute, ces considérations expliquaient la décision de Guillaume II. Mais elles ne lui enlevaient rien de son caractère essentiel d'abdication militaire. En réalité, l'idole aux clous d'or exerçait dès lors la dictature.

Bien entendu, pour l'exercice du commandement, Hindenburg s'en remettait à Ludendorff. En quelques semaines, le premier quartier maître général transforma les prescriptions concernant le combat défensif. Ses règlements sur l'organisation des positions, sur la conduite de la bataille, sur la construction des lignes, sur les engins de combat rapproché, sur le rôle des aviateurs, sur la liaison de l'infanterie par ballon,, sur les minenwerfers, etc., constituèrent toute une bibliothèque technique.

Remaniement du Ministère et du Haut Commandement en Grande-Bretagne et en France.

En Grande-Bretagne, ce fut un homme énergique, un orateur émouvant, un patriote plein de confiance dans la victoire du Droit, le ministre de la Guerre, Lloyd George, que le Parlement mit à la tète du Conseil des Ministres.

L'amiral Jellicoë, nommé premier lord de l'amirauté, c'est-à-dire ministre de la Marine, fut remplacé, au commandement suprême de la flotte britannique, par l'amiral sir David Beatty qui avait remporté la belle et tragique victoire du Jutland. Quant au commandement suprême des armées britanniques, il restait confié au maréchal Douglas Haig.

En France, un remaniement gouvernemental s'accomplit dans la même intention de hâter la victoire. M. Briand conserva la présidence du Conseil. A l'exemple de Lloyd George, il réduisit le nombre des ministères.

Au général Roques, ministre de la Guerre, qui avait montré dans les conflits parlementaires moins de sang-froid et de présence d'esprit que sur les champs de bataille, succéda le général Lyautey. En quittant la résidence générale du Maroc où le général a tâche la plus délicate et organisation, sa séduction

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