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PLACARD AFFICHE DANS LES LIEUX PUBLICS

Clichc Mourisse

Gouraud le remplaçait, Lyautey trouva au ministère 1 la plus complexe. On comptait sur sa puissance d d'écrivain, son autorité et son tact.

M. Briand venait de faire à la Chambre, une déclaration qui avait obtenu le suffrage de presque tous les députés (421 voix contre 26 en demandèrent l'affichage), et qui avait touché profondément le cœur de la France, parce qu'elle en exprimait les sentiments les plus intimes :

Général NIVELLE

I9I4- — LA GUERRE DU DROIT. %Zç)

« La nation tout entière, unie dans la volonté de vaincre, donne sans compter son oretson sang. Cette guerre qu'elle fait avec tant décourage, elle ne Tapas voulue. Elle la continuera jusqu'au bout parce que, si elle capitulait, elle se livrerait, pieds et poings liés, à l'Allemagne qui la dépècerait et la ruinerait à jamais. Certes, la France souhaite la fin de la guerre, mais elle sait que, pour la finir vite, elle doit mettre tout en œuvre, ressources matérielles et ressources morales, munitions et énergies. La Justice victorieuse fera seule tomber de nos mains les armes que nous a fait prendre la Justice menacée et violée. »

Au même moment, le chancelier Bethmann-Holhveg prononçait au Reichstag un discours d'une inspiration singulièrement différente. Tout d'abord, il couvrait de boue l'Italie et la Roumanie qui avaient osé déclarer la guerre à l'Allemagne. » Ce sont, dit-il, des Judas latins. » Puis, il se tournait vers l'Angleterre, et une sorte de vocifération féroce lui montait aux lèvres : « Ah 1 s'écriait-il, peut-on imaginer un homme d'Etat allemand qui hésiterait à employer contre l'Angleterre n'importe quelle arme, n'importe quel moyen !... » Après ce cri de bandit, lequel lut applaudi par tout le Reichstag, vint un soupir de pleutre : « Contre nous l'Angleterre combat avec un total de forces sans exemple dans l'histoire. » Voilà comment s'exprimait un des fanfarons qui, en 1914, s'épuisaient en sarcasmes sur la « méprisable petite armée anglaise ». En concluant, le chancelier laissa échapper ces mots : « Contre nous s'est constituée une alliance des peuples de toute la terre. Les combats vont se poursuivre, mais nous tiendrons. »

Tenir avait été la devise de la France, au moment où l'Allemagne, avec la plus prodigieuse puissance militaire, se précipitait sur un adversaire presque désarmé. Les rôles étaient-ils renversés à ce point î

Le discours du chancelier allemand rappela, une fois de plus, à nos alliés, la nécessité de se défendre, non seulement au dehors, mais chez eux. Les débats parlementaires de nos alliés révélaient, par exemple, que, dans toute la Grande- Bretagne, continuaient à résider des Allemands, et que les affaires avec l'Allemagne n'y étaient pas interrompues.

La Deutsche Bank n'avait même pas été fermée à Londres. Cette banque devait vingt millions de livres à la Grande-Bretagne, aux Alliés et aux neutres. On répondait : « Ne fallait-il pas solder à découvert? » Étrange imprudence! La Deutsche Bank de Londres rendait à l'Allemagne toutes sortes de services, lui envoyant des renseignements, favorisant les attaques des sous-marins et des zeppelins, prolongeant la guerre. Or, la guerre coûtait à la Grande-Bretagne trois milliards par mois. L'économie du demi-milliard de la Deutsche Bank coûtait donc terriblement cher.

Bientôt la destruction du bateau grec, VAnghelik, torpillé par un sous-marin allemand grâce aux signaux lumineux que lui faisaient des gens à la solde de l'Allemagne, vint « illustrer » d'une image saisissante cette démonstration un peu aride.

Les grandes firmes de navigation allemande, comme la Hamburg America, et les grandes banques allemandes, comme la Deutsche Bank, fournissaient des chefs à l'immense armée d'espions allemands opérant en Grande-Bretagne, en France, en Belgique, en Russie, en Grèce, aux Etats-Unis.

Le général Joffre, remplacé par le général Nivelle, reçoit le titre de maréchal.

Tout de suite, notre nouveau ministre de la Guerre eut à relever le général Joffre de son. poste de généralissime.

Cette décision, qui surprit douloureusement la nation, résultait des débats, d'ailleurs si confus, qui avaient eu lieu, en comité secret, à la Chambre des députés, sur la conduite de la guerre et les effectifs.

Ce qu'une telle décision avait de dur, le général Lvautey sut l'atténuer par la grâce respectueuse avec laquelle il fit remettre le bâton de maréchal au vainqueur de la Marne.

Dans les discussions qui précédèrent la mise à la retraite, comme dans les séances secrètes de la Chambre, plus d'une fois la gloire de Joffre, le vainqueur delà Marne, avait été contestée. Mais, chaque fois, le bon sens français répondait par cette simple question : « Si la bataille de la Marne avait tourné contre la France, qui donc aurait été le vaincu de la Marner »

Le commandement suprême des armées françaises fut confié au général Nivelle. Né en 1 856, ancien élève de l'Ecole polytechnique et de l'Ecole supérieure de Guerre, Nivelle, au début de la guerre, était colonel du 5e régiment d'artillerie. On se rappelle les services éclatants qu'il a rendus à la tête de son régiment, en Alsace et sur l'Ourcq. Général de brigade, puis général de division, il avait montré une promptitude de coup d'œil et une vigueur d'exécution également remarquables.

Placé à la tète du troisième corps d'armée devant Verdun, puis du groupe d'armées confié d'abord au général Pétain, il avait préparé les magnifiques attaques du 24 octobre et du 2 novembre, à Douaumont et à Vaux. Avant de quitter l'armée de Verdun, pour prendre la direction de toutes nos armées du Nord et de l'Est, il tint à compléter ces deux victoires. Ses vaillantes troupes enlevèrent la côte du Poivre, Louvemont, Vacherauville, Bezonvaux, les ouvrages des Chambrettes : trois kilomètres de profondeur sur un front de dix ; l'opération, menée de 10 heures du matin à 6 heures du soir, eut pour butin 12000 prisonniers, 23o officiers, des centaines de canons et de mitrailleuses. On rendit pleine justice à la laçon dont il avait tout organisé. Au lieu de laisser nos troupes d'assaut exposées, sur le terrain qu'elles venaient de conquérir, aux retours et aux surprises de l'ennemi, il faisait solidement occuper les lignes que nous pouvions garder, et nettoyer à fond les positions voisines par des détachements dont c'était l'unique besogne. Quelques officiers supérieurs, après avoir participé à ces opérations, disaient de ce qu'il faisait : « C'est du bon Pétain. » Ils ne savaient pas de plus bel éloge.

A vrai dire, les pouvoirs accordés à Nivelle étaient beaucoup plus restreints que ceux dont Joffre avait disposé Au commencement de la guerre, Joffre avait exercé une autorité sans limite sur l'armée et même sur la nation : la censure obéissait pleinement à son Grand Quartier Général. Ensuite, il avait eu, sous son commandement suprême, toutes les armées françaises sans exception. Or, le décret du i3 décembre 1 9 1 6 ne donnait à Nivelle que le commandement en chef des armées du Nord et du Nord-Est.

Ces transformations avaient un mauvais côté, puisque c'étaient des transformations et que tout changement, en pleine guerre, risque de devenir dangereux. Mais on devait leur reconnaître ce mérite de rétablir l'ordre dans les rapports du comman-

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dément en chef et du gouvernement. Cet ordre avait été troublé par certains incidents, tels que l'échange de lettres entre le général Galliéni, ministre de la Guerre, et le général Joflre, généralissime (i).

Désormais, les attributions étaient déterminées assez nettement. Au commandement en chef appartenaient l'initiative, la conception, la préparation et la conduite tes opérations militaires. Le gouvernement se réservait la surveillance, la propagande, le soin de coordonner les efforts, d'indiquer les buts et de diriger la polipique de guerre. C'est ce rôle que le général Lyautey envisagea avec toute son intelligence et assuma avec tout son courage. En arrivant à Paris le 23 décembre 1916, il s'était tracé un programme de travail presque surhumain. Rien n'y était négligé de ce qui pouvait faire concorder les efforts des sous-secrétariats d'Etat chargés d'entretenir l'armée: service de santé, ravitaillement, munitions, aviation, inventions. En toute occasion le général Lyautey faisait sienne une des dernières paroles prononcées, au Parlement, par le général Galliéni: « Au moment où l'Allemagne préparait son agression, toute la France voulait la paix. Aujourd'hui, toute la France veut la suerre. »

La Roumanie succombe, mais la campagne de Roumanie ne finit pas au gré de l'Allemagne.

Le premieracte de von Hindenburg, le nouveau généralissime allemand, fut de remanier le commandement des armées.

Sur le front iranco britannique, le groupe d'armées du Nord fut confié au prince de Wurtemberg; le groupe d'armées du Centre où se trouvait la région de la Somme, au Kronprinz Rupprecht de Bavière; le groupe d'armées du Sud-Est, où se trouvaient la Champagne et Verdun, au Kronprinz de Prusse. Sur le front russe, au nord, de Riga à la Galicie, commanda le prince Léopold de Bavière ; au sud, l'archiduc Charles d'Autriche; dans les régions balkaniques, le maréchal Mackensen. Sur six commandements en chef, cinq étaient donc attribués en hommage à des princes, voire à des princes héritiers.

Ainsi, Guillaume II, en cédant le commandement suprême à Hindenburg, semblait s'immoler au salut des monarchies allemandes.

Tout ayant été ainsi combiné, Hindenburg donna les instructions que l'Allemagne attendait: faire main basse sur les opulentes réserve s de la Roumanie, pactole et grenier d'abondance, où s'unissaient les plus antiques richesses aux ressources les plus modernes : or, blé, maïs, pétrole; occuper cette Roumanie si tentante; puis pousser, d'un côté, par la Valachie et la Bessarabie jusqu'à Odessa, « clef delà situation économique », et de l'autre côté, par les Balkans, jusqu'à Salonique, « clef de la situation militaire ».

Au fond, le plan suggéré à Hindenburg par les convoitises désespérées de l'Allemagne ne lui semblait nullement inexécutable, à la condition que ses troupes pussent se maintenir sur tous les fronts et, de plus, sur le front russe, exécuter des mouvements capables d'y retenir les troupes destinées à secourir la Roumanie.

Pour lui, l'essentiel était de ne pas perdre de temps. Le roi de Grèce Constantin suppliait son beau-frère Guillaume II d'agir au plus vite « pour atteindre Odessa et délivrer Athènes ».

Ludendôrff qui travaillait sous le couvert de Hindenburg, a avoué alors son

(1) Voir La Guerre du Droit, page

mépris pour les Autrichiens, incapables de se défendre. « Ils périraient, si les Allemands ne se sacrifiaient pas pour eux ». A ces sacrifices, Ludendorff consentait, « le cœur déchiré ».

Si, au début de septembre, les Roumains avaient hâté leur marche, ils auraient anéanti les divisions que les piètres voies ferrées de Hongrie n'amenaient que goutte à goutte. « Mais les Roumains, s'écrie Ludendorff, marchaient comme des colimaçons. »

Bientôt, deux armées allemandes se concentraient, l'une, au sud du Danube, formée d'Allemands, de Bulgares, de Turcs, sous les ordres de Mackensen; l'autre,

CARTE

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