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en Transylvanie, formée d'Allemands et d'Autrichiens pris un peu partout, et de neuf divisions entièrement fraîches, sous les ordres de Falkenhayn.
La presse allemande décrivait, avec un enthousiasme qui ne manquait pas de sincérité, « l'entrée en campagne de ces 600000 hommes, avec une artillerie lourde, un matériel de siège, et surtout des équipages de ponts mobiles qui dépassaient tout ce qu'on avait vu jusqu'alors. »
Sans doute, la presse allemande exagérait la force de ces armées, particulièrement de l'armée Mackensen. Ludendorff affirme que cette armée se réduisait à une flottille, opérant sur le Danube, à des groupes de vieux garde-frontières bulgares éparpillés le long du Danube, à une division bulgare près du Danube, à des détachements bulgares sur la voie ferrée de Tirnova à Varna, à une division turque et à des batteries allemandes arrivant à la vitesse de quatre trains par jour. Aussi le
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haut commandement allemand craignait-il que les Roumains ne débouchassent de la Dobroudja et n'enlevassent l'armée bigarrée qu'on formait contre eux.
Lancé le premier en avant, Mackensen, dès le 1 5 septembre, enlevait Turtukaï et la Silistrie ; s'enfonçait dans la Dobroudja; bousculait les troupes roumaines et russes jusqu'à la voie ferrée de Cernavoda à Constanza, puis jusqu'aux bouches du Danube; enfin se repliait habilement pour machiner dans l'ombre le passage du Danube.
Le 21 septembre, ce fut au tour de Falkenhayn. Il se ruait, en Transylvanie, sur l'aile gauche des Roumains, la culbutait à Hermannstadt, l'achevait à Kronstadt et en rejetait les débris hors de la Transylvanie, par ces cols où la Roumanie avait planté si fièrement son drapeau. Les Roumains avaient la supériorité du nombre. Mais ils ne savaient pas se battre contre de vieilles troupes exercées par deux ans d'une rude guerre. D'ailleurs, ils étaient toujours si inquiets pour leurs arrières!
Pour sauver la Roumanie, les Alliés firent tout ce qui dépendait d'eux. La France lui envoya le général Berthelot, avec d'excellents officiers à la fois jeunes et expérimentés; la Grande-Bretagne, une excellente artillerie lourde, avec des munitions enénormes quantités; la Russie, des troupes en Dobroudja, en Valachie, et par les Carpathes, jusqu'au sud de la Dornavatra. A vrai dire, les troupes russes arrivèrent très lentement et d'une façon très irrégulière.
Falkenhayn usa tout d'abord d'une feinte. Il fit mine d'attaquer furieusement verslesmonts delafrontière moldave. Mais, brusquement, parune conversion del'Est au Sud, il se glissa dans les cols de la Valachie. En somme, il cherchait les chemins directs vers Bucarest.
La résistance roumaine fut particulièrement courageuse près de Prédéal et de Campolungo. Elle eut même, dans la vallée de Jiu, une journée victorieuse où elle fit bon nombre de prisonniers bavarois.
Mais la vallée de Jiu était le chemin que Falkenhayn avait choisi pour son principal mouvement d'invasion. Il accumula de ce côté des forces suffisantes pour venir à bout de l'adversaire. En quelques jours, du 17 au 27 novembre, il gagna la bataille de Tirgu-Jiu, entra à Graïova et occupa la Valachie où il recueillit le plus riche butin.
Les Roumains reportaient en hâte leurs lignes en arrière, près de Bucarest. Ils étaient désormais sans liaisonavec leurs troupes d'Orsova. Une partie de ces troupes roumaines échappa au filet tendu par l'envahisseur. Le reste essaya de tenir dans la montagne, mais fut enveloppé et pris sur l'Oit.
Alors, Falkenhayn se tourna de nouveau vers l'Est, traversa l'Oit, presque sans coup férir, et, par son aile droite, rejoignit l'armée de Mackensen. Cette armée avait traversé le Danube en plusieurs endroits, à la faveur d'un épais brouillard, du côté de Zimnitca.
A ce moment, le commandement des deux armées fut confié à Mackensen. Il était appuyé, au Nord, par une armée composée d'Allemands et d'Autrichiens qui s'avançaient vers les Carpathes boisées et le front moldave.
En décembre, les troupes roumaines et russes, qui tenaient encore au sud de Bucarest et tentaient de résister à l'armée du Danube, furent forcées d'abandonner la lutte. Le plus fort contingent de l'armée roumaine, qui faisait face à Falkenhayn, eut le même sort, après un combat sur l'Argès.
Restaient les troupes roumaines et russes qui, en Valachie, se repliaient vers l'Est. L'ennemi qui les suivait dessinait déjà sa classique manœuvre d'enveloppement, et la presse allemande annonçait « un Sedan ». Mais le haut commandement russe fut assez heureux pour ramener les troupes russes et roumaines vers ses posi-
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tions du Sereth. Il n'y eut pas pour l'Allemagne de nouveau Sedan, même en Roumanie.
En revanche, les Allemands purent entrer à Bucarest, ville ouverte où les amis de M. Marghiloman les reçurent.
Guillaume II télégraphia au monde entier une victoire décisive et fit sonner les cloches dans toute l'Allemagne. Le pillage inouï auquel ses troupes se livraient ne justifiait que trop son allégresse.
Cependant, les troupes roumaines, accrochées dans l'est de la Valachie, continuèrentà combattre. L'ennemidut,à l'ouestdu Sereth, depuis les Carpathes boisées jusqu'aux environsdeBraïla, livrer des combats qui lui coûtèrent beaucoup de sang.
En décembre i o 1 6 , il réussit à s'emparer de Rimnicu-Sarat. Mais, au commencement de janvier 1917, il fut encore en butte à de sanglantes contre-attaques dans la Dobroudja, à Braïla et à Focsani. Il sentait bien qu'il approchaitde la ligne que les Russes et les Roumains avaient convenablement fortifiée, depuis les monts Moldaves jusqu'au Sereth et aux bouches du Danube. Arrivé là, il ne put pas faire un pas de plus.
Ainsi, même cette campagne de Roumanie où il avait fait tant de sacrifices, pour joindre à une entreprise d'exploitation une apparence de triomphe, finissait à sa honte. L'armée russe allongeait son front jusqu'aux bouches du Danube, et se renforçait de plus de 400 000 soldats roumains.
Guillaume II renonce à marcher vers Salonique. Le roi Constantin est mis à la raison.
En Grèce, depuis la première avance retentissante de Mackensen vers Bucarest, les partisans de l'Allemagne, qui formaient l'armée royale de Constantin en Thessalie, avaient attendu avec impatience l'arrivée du drapeau allemand, pour attaquer les troupes françaises par derrière.
Le gouvernement grec ne cessait pas de ravitailler les Bulgares. De plus, il leur livrait les forts construits par la Grèce pour se défendre contre eux. Les Bulgares avaient occupé les forts grecs près de la Strouma, franchi la Mesta et lancé des patrouilles vers Cavalla. Dans la région de Monastir, Bulgares et Allemands s'emparaient des villages de Banica, à l'est de Florina, et de Biklista, au sud du lac de Prespa, près de l'Albanie.
M. Skouloudis expliqua a la Chambre grecque comment le fort de Roupel avait pu être livré. « Les Bulgares se sont avancés. Ils ont tiré une salve de coups de canon quin'a tué personne. Alors, un officier allemand nommé von Thient a déclaré '■ « Nous occuperons le fort par la force. » Le gouvernement a donné l'ordre d'éviter un conflit armé qui aurait fait sortir la Grèce de sa neutralité. Les troupes grecques se retirèrent. »
On a pu croire que la Grèce officielle allait s'émouvoir. Quelle erreur! Certains Grecs étaient si dégénérés que, lorsqu'un d'eux demandait de la poudre et des balles, c'était pour faire de la contrebande de guerre. La Grèce est toute pleine de la cendre des dieux. Cette cendre sacrée, si la Grèce avait laissé faire l'Allemagne, serait devenue de la boue.
Les bulletins allemands annoncèrent que les Bulgares avaient été attaqués au nord-ouest et au nord de Vodena, « en territoire avancé bulgare ». En réalité, on s'est battu en territoire grec, près de Sborsko. C'étaient les Serbes qui attaquaient, appuyés par l'armée franco-britannique. Mais, du communiqué allemand, il faut
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retenir ce fait que déjà les Allemands annexaient à la Bulgarie un territoire apparten ant à la Grèce.
La situation, pour la Grèce, se de'gageait avec une précision claire qui aurait vivement frappé l'esprit logique des Grecs d'autrefois. Les Bulgares avaient occupé les parties de la Macédoine qu'ils convoitaient depuis si longtemps, particulièrement Cavalla. Or, l'Allemagne ne voulait pas et d'ailleurs ne pouvait pas forcer les Bulgares à restituer aux Grecs ces terres macédoniennes. La Grèce, en perdant la Macédoine, perdait son unité. Le roi de Grèce était donc placé dans l'alternative de renoncer à la couronne ou de s"unir aux ennemis de l'Allemagne.
La reddition de Cavalla, avec un matériel de guerre estimé 120 millions, fut la
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VENIZELOS SOULÈVE L'EN! HOUSIAS.ME DE LA FOULE DANS LLS RUES DE SALONIQUE.
(Photo Mcurisse.)
suprême provocation qui épuisa la patience des Alliés. Ils envo\èrent devant le Pirée une quarantaine de bateaux de guerre. Le roi de Grèce devait cesser d'agir en beau-frère de Guillaume IL Les Alliés allaient mettre fin à une situation intolérable pour leur dignité ! La Grèce ne pouvait pas rester plus longtemps le quartier général du pangermanisme dans les Balkans.
Le renvoi du chef d'état-major Dragoumis, la dissolution de la Chambre, la destitution des lonctionnaires trop compromis par leur dévouement à l'Allemagne, ne suffisaient pas. Le roi était toujours entouré des plus actifs agents allemands, qui correspondaient sans cesse avec Sofia, Vienne et Berlin, signalaient tous les mouvements de nos troupes et de nos vaisseaux, ravitaillaient les sous-marins allemands et leur assuraient des abris! La population de Macédoine s'exaspérait en voyant le gouvernement grec s'effacer devant l'invasion bulgare. Elle applaudissait Venizelos qui s'écriait : « L'intervention de la Roumanie dicte à la Grèce son devoir. 0
846 1 Q M • — LA GUEKRK DU DftOlf.
Un Comité que présidait le colonel Zymbrakakis s'était formé sous le titre de « Commission de la défense nationale ». Comme le gouvernement ne voulut pas l'entendre, il agit. Des volontaires vinrent à lui. Une partie de la IIe division et plusieurs garnisons épirotes lui offrirent leur concours. Avec lui, était la gendarmerie de Salonique, composée en grande partie de Cretois venizelistes.
Mais en Grèce les démonstrations guerrières avaient plus de surface que de profondeur. Au début, Constantin, en disant : « Le peuple grec ne veut pas la guerre », avait menti. Plus tard, en répétant cette assertion, il disait vrai. Une mobilisation si longue, si coûteuse, si inutile, brisait tout ce que la Grèce avait pu
LE GÉNÉRAL ZYMBRAKAKIS HARANGUANT LES VOLONTAIRES PARTANT POUR LE FRONT.
(Photo Mcurisse).
avoir d'enthousiasme. D'autre part, la propagande allemande achevait son œuvre néfaste.
Le général Sarrail réprima diverses manifestations pangermanistes. Il fit arrêter des officiers grecs qui avaient donné l'assaut à un journal dévoué à M. Venizelos.
Maison ne peut par la force changer les âmes. Le roi redoublait de mauvaise foi à l'égard des Alliés. La Chambre que les Alliés lui demandaient de dissoudre, parce qu'elle avait été élue dans des conditions anormales, il se contentait de la proroger. Son état-major créait des associations militaires dévoués à la cause allemande, avec ce mot d'ordre : « Venizelos, c'est la guerre. » Les soldats, qui venaient de passer sous les drapeaux les mois les plus pénibles et les plus humiliants, obéissaient à ce mot d'ordre que leur donnaient leurs chefs.
L'entrée du drapeau allemand à Bucarest surexcita follement les partisans de Constantin.
Un jour vint où 'a confiance dans la victoire finale de Guillaume II et la colère
contre Venizelos, qui formait, à Salonique, une armée grecque vraiment nationale leur firent perdre la raison.
Le ier décembre, les marins français qui allaient prendre possession d'une partie de l'artillerie grecque, en échange du matériel que la Grèce avait livré à l'Allemagne' furent traîtreusement assaillis. Cent cinquante d'entre eux moururent assassinés.
Un des marins, témoin de lattentat (il débarquait de l'Edgar Quinet), nous disait :
« Au moment où, avec mes camarades, je montais vers Athènes, je vis,çàet là de la terre soulevée. Les Grecs, sous prétexte de réparerdes conduitesd'eau, avaient creusé des tranchées. Tout à coup, leurs mitrailleuses crépitèrent et leurs réservistes, armés de fusils Gras, firent feu sur nous. C'est une balle française qui m'a cassé l'épaule. Aux premières détonations, l'amiral Dartige du Fournet monta en automobile pour parler au roi.
Dans le même moment, le ministre français, M. Guillemin, venait se joindre à nous. »
Le roi se sentait protégé par la majesté même de l'incomparable ville, où sa dynastie s'était implantée. Jamais la France, héritière pieuse de l'antique civilisation, n'oserait tirer sur Athènes I Enfin un coup de canon partit du Pirée et un obus produisit, sur l'esprit du roi, l'effet moral nécessaire, sans pourtant causer le moindre dégât matériel.
Le gouvernement grec déclara que l'attentat contre nos marins étaic un incident fortuit. Cependant il laissa les assassins achever nos blessés et assommer dans les rues les partisans de Venizelos ; il rappela au pouvoir deux germanophiles, le général Dousmanis et le colonel Metaxas; il écarta des postes, des télégraphes et des chemins de fer, les employés français, anglais et russes; il rétablit les communications avec Constantinople et Berlin.
■ C'était un crime que Constantin avait commis, en abandonnant aux Allemands et aux Bulgares les forteresses macédoniennes: Sérès, Drama, Cavalla ; un crime qu'il avait commis, en leur livrant un corps d'armée; un crime qu'il avait commis, en laissant massacrer tant des nôtres avec tant de ses propres sujets. Il n'avait plus désormais pour le soutenir que des gens aux gages ou à la dévotion de l'Allemagne. Néanmoins, il persistait secrètement à servir l'Allemagne avec cette opiniâtreté aveugle qui faisait le fond de son caractère. Quand il était jeune, ni son père, le roi George, si traîtreusement assassiné àSalonique, ni sa mère, la reine Olga, ne pouvaient
lui faire quitter une idée fausse à laquelle il se butait.
Les vrais Grecs rappelaient alors tout haut l'histoire édifiante du prédécesseur de son père. Ce roi, Othon, d'origine purement allemande, régnait à Athènes en s'appuyant sur une garde composée de soldats bavarois, et sur un groupe de conseillers venus de tous les points de l'Allemagne, les Maurer, les Keidek, les Armansperg. lui
LES FUSILIERS MARINS VONT DÊB\RQUER Alt PIRÉE.
iPhoto Meurisse)
g.g 1914- LA GUERRE DU DKUll'.
A la fin, la Grèce, irritée par les persécutions et la misère, se souleva. Canaris, un des héros de la Guerre d'Indépendance, constitua un gouvernement provisoire. Quant à Othon, honteusement chassé, il s'enluit sur un bateau qui le ramena en cette Allemagne que son cœur ni son esprit n'avaient jamais quittée!
En décembre 1917, les Alliés commencèrent le blocus delà Grèce et mirent l'embargo sur les navires grecs. Après avoir donné à l'armée royale de Thessalie l'ordre de partir pour le Péloponèse, ils exigèi ent de légitimes réparations et, le 14 décembre, adressé; ent un ultimatum au roi.
Le roi s'empressa de répondre (17 décembre) qu'il professait pour les Alliés une sincère amitié, et que, par conséquent, il demandait la suppression du blocus.
Le gouvernement de Berlin lui avait conseillé de s'incliner devant l'Entente, afin de gagner du temps. La presse allemande répétait: « Athènes ne donnera pas à l'Entente le prétexte d'une intervention militaire immédiate. » Il fallait, en effet, que les Allemands en eussent fini avec les Roumains et avec les Russes, pour donner librement la main au roi de Grèce.
De là, les lenteurs calculées et la mauvaise foi flagrante de Constantin . Il ne fit d'excuses iormelles que le jour où Guillaume II fut forcé de renoncera tout effort ■vers Salonique.
L'Allemagne veut mobiliser la Pologne.
Un dictateur du travail à Berlin.
Cette guerre que l'Allemagne faisait, avec toutes les armes, sur les champs de bataille, elle la faisait, par tous les moyens, dans tous les domaines de l'activité Diplomatie, économie politique, finances, industrie, commerce, propagande de presse ou de parole, elle employait tout à la fois pour parvenir plus vite a son but.
Un jour, elle publia, dans l'univers entier, qu'elle allait réorganiser le royaume de Pologne, de la Sainte Pologne, conformément aux droits héréditaires violés par la Russie.
Le roi du nouvel Etat, qui comptait 22 millions d'habitants, fut Léopold de Bavière.
En réalité, cette réorganisation, à laquelle travaillèrent da conserve les deux Empires de proie, n'avait qu'un but : lever, instruire et mobiliser des troupes polonaises capables de renforcer l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie.
Alors que rien encore n'était déterminé ni pour la constitution du nouveau royaume, ni pour ses libertés locales, ni pour le statut de ses habitants, ni même pour ses frontières, Guillaume II et François-Joseph réglèrent l'enrôlement de ses troupes.
A cette nouvelle, les Polonais de France se réunirent à l'église de l'Assomption de Pans, pour rendre un fervent hommage à leurs frères qui combattaient, à noscôtés, contre l'Allemagne. Sur l'autel, ils avaient placé, à côté du drapeau français, un drapeau polonais, sauvé des flammes à Louvain. Après la communion, ils étendirent la main et, d'une seule voix, jurèrent « de mettre l'Allemagne, ennemie du genre humain, hors d'état de nuire. »
Le gouvernement allemand prenait toutes les mesures pour pallier à la pénurie d'hommes et « assurer un meilleur rendement du travail ». Le général Grœner fut nommé dictateur de la fabrication des canons et des munitions. Sous ses ordres étaient réunis les services institués pour la fabrication du matériel de guerre et l'acquisition des matières premières ; la direction des ateliers ; le contrôle de la production ; le recrutement et la discipline des ouvriers militarisés ; l'office du ravitai!-
lement civil et militaire; l'office des exportations et importations. Devenu le grand chef de tous les travailleurs allemands, il assignait leur tâche aux femmes comme aux hommes. Les femmes allemandes, trois ans avant la guerre, n'avaient-elles pas ellesmêmes réclamé le service féminin obligatoire dans les ateliers, les administrations, les hôpitaux?
Par une augmentation inouïe du matériel de guerre, l'Allemagne rêvait d'annihiler les efforts des Alliés et de s'opposer à l'entrée en campagne de la nouvelle armée anglaise. Le Dictateur allemand de la fabrication fit revenir du front les hommes nécessaires aux usines et renforça puissamment « l'armée Krupp ». 11 employait les prisonniers français, anglais, belges ou russes, au mépris des conventions internationales; réquisitionnait les populations du nord de la France et de 1 Alsace-Lorraine; enrôlait de force les ouvriers de Belgique et de Pologne.
Ce général Grœner s'était fait connaître en organisant les transports militaires en chemin de fer. On l'appelait l'homme des rails, comme on avait appelé Hindenburg l'homme des lacs.
Par la nomination de Grcener ainsi que par celle de Helfferich, « le financier en vedette », au poste de vice-chancelier et celle de Walther Rathenau, « le magnat de l'industrie électrique », à l'office des achats de guerre, le gouvernement allemand prouvait sa volonté de remplacer, dans les administrations, les fonctionnaires dz carrière par des hommes d'initiative.
Mort de François-Joseph.
La politique allemande à Vienne.
Au cours de la guerre, à mainte reprise le bruit courut que Guillaume II était très malade, qu'il était agonisant, qu'il était mort. Ce bruit trouvait toujours quelque créance, parce qu'on n'ajoutait pas : « mort au champ d'honneur ».