FUNÉRAILLES DE FRANÇOIS-JOSEPH
Assurément la disparition de l'empereur allemand, dont on connaissait la piètre santé physique et morale, n'aurait étonné personne. Au contraire, la disparition de l'empereur d'Autriche, pourtant si âgé, causa une sorte de surprise. En soixante-huit ans de règne, François-Joseph, mauvais souverain, mauvais fils, mauvais mari, mauvais frère, mauvais père, avait traversé impunément tant de drames! On s'était habitué à croire qu'il survivrait au drame sans pareil qui ensanglantait le monde et qui, sans pitié, immortalisera son nom.
Pendant cette guerre, le vaillant prélat alsacien Mgr. Herscher lui avait écrit une lettre ouverte qui commençait ainsi : « Vous, Sire, que j'ai vu, en 1 g 1 3, prier avec tant de ferveur, à genoux dans la chapelle de Schœnbrunn, comment avez-vous pu mettre votre main dans la main sanglante de l'empereur allemand ? »
En un style différent, mais non avec plus de sévérité, M. Clemenceau, peu de
temps avant cette guerre, apprenant que l'empereur d'Autriche avait envoyé à tous les chefs d'État une lettre autographe pour leur annoncer qu'il s'annexait la Bosnie et l'Herzégovine, s'était écrié : « C'est le coup du père François! » L'ultimatum à la Serbie fut un nouveau coup du même genre. A la mort du vieil empereur, M.Clemenceau murmura : « Emportera-t-il dans la tombe le secret de son coup? »
François-Joseph fut remplacé, au trône impérial et royal, par l'archiduc Charles qui venait de commander en chef les armées, sur le front d'Italie, pendant l'offensive du Trentin. Ce nouvel empereur, Charles Ier, marié à une princesse de Bourbon-Parme, prit le titre de « commandant en chef des armées de terre et de mer ».
Ssns nul doute, Charles Ier aurait voulu rejeter, tout de suite, loin de lui, ce que son prédécesseur lui léguait, en héritage, de plus lourd et de plus monstrueux : la guerre. Mais, depuis 1866, des liens de toutes sortes, véritables chaînes de vasselage, attachaient les Habsbourg aux Hohenzollern. Aussi, Charles Ier resta-t-il dans l'ombre. Ce fut son beau-frère Sixte de Bourbon qui tenta d'amorcer des négociations avec l'Entente. L'Autriche comptait encore en France, sinon des amitiés, du moins des sympathies. On recommençait à citer la phrase fameuse : « Si l'Autriche n'existait pas, il faudrait l'inventer. » A quoi l'abbé Wetterlé répondait avec sa clairvoyance et sa vivacité si françaises:
— Cela pouvait être vrai avant 1 866. Cela est faux maintenant. Pour revenir à la bonne tradition historique, il n'y a qu'un moyen : enlever à l'Autriche les nationalités slaves, qu'elle ne consent pas à libérer, et, en compensation, lui rendre sa situation prépondérante dans l'Allemagne du Sud.
Or, dans les négociations du prince Sixte de Bourbon, il ne s'agissait nullement de ce retour à la tradition. Charles I" voulait que l'Autriche continuât à former un damier de nationalités asservies. Quant à lui, resté sur le trône, il serait demeuré l'exécuteur des volontés allemandes. Son empire, pour assurer la domination des Alle-