PBINCE SIXTE DE BOURBON
(Photo Meur
mands de Vienne, aurait, comme par le passé, eu recours à l'appui de la Prusse.
Du premier coup d'oeil, le gouvernement français et le gouvernementbritannique comprirent que, s'ils s'engageaient dans de tels pourparlers, ils rompraient avec l'Italie et les États-Unis.
Sans doute, à la France, Charles Ier faisait promettre la restitution de l'Alsace- Lorraine. Mais que valait sa promesse en pareille matière? En revanche, il exigeait que l'intégrité de son territoire lui fût formellement garantie, par une trahison à l'égard des Italiens, des Roumains, des Polonais, des Croates.
Tandis qu'il insistait pour que le secret fût gardé sur les conversations en cours, son ministre, le comte Czernin, révélait, jour par jour, au gouvernement de Berlin, ce qu'il savait de Vienne et de Paris. Il avait d'abord conseillé la restitution de l'Alsace- Lorraine, en échange de l'annexion de la Pologne. Mais Ludendorff lui avait durement répondu :
« Tous les Allemands, y compris les socialistes, vous déclarent par ma voix qu'ils repoussent ceprojet avec indignation. » Et Czernin s'en était allé, la tête basse.
Au fond, les pourparlers autrichiens étaient un prélude à la
traditionnelle manœuvre prussienne de l'armistice. L'Allemagne espérait que Paris prêterait l'oieille aux propos de Vienne. Tout de suite, elle serait brutalement intervenue dans la conversation.
L'abbé Wetterlé, après avoir étudié, avec toute son expérience et toute sa conscience, les documents accumulés à ce sujet, conclut ainsi: « Charles Ier était-il de bonne foi? Cela n'est pas impossible. En tout cas, il restait l'instrument dont jouaient à leur gré Czernin et Guillaume II On pouvait lui permettre de dire un peu de mal des Allemands, parce qu'on était sûr de le rattraper et de le paralyser quand bon semblerait. »
La soumission de Charles Ier à l'Allemagne apparut lamentablement, le jour où furent révélés les pourparlers autrichiens au sujet de l'Alsace-Lorraine. Charles Ier envoya un télégramme à Guillaume II pour jurer qu'il avait toujours considéré l'Alsace Lorraine» comme un territoire allemand et destiné à rester allemand ».
CHARLES Ier A PRZfMÏSL.
'Photo Chusscau-Flaviens.)
g^j l9l4' — LA GUERRE DU DROIT.
Mobilisation civile de l'Allemagne et "Carte de guerre".
L'Allemagne, qui voyait diminuer ses efiectifs et s'épuiser ses ressources, frémissait à la pensée des efforts industriels et des sacrifices militaires que lui imposait la coatinuation de la guerre.
A la Diète prussienne, le député socialiste Strobel osa dire :
« La misère où la guerre a conduit la classe ouvrière allemande dépasse toute expression. La grande masse du peuple est à la veille de succomber aux privations. Sept Allemands sur dix ont faim quand ils se mettent au lit. Il y a des milliers de fonctionnaires d'Etat trop pauvres pour acheter leur ration de pain. Des milliers d'enfants arrivent à l'âge adulte dans le plus déplorable état, faute d'avoir reçu une nourriture suffisante à l'époque de leur croissance. Le peuple qui endure ces soufrances ne saurait entendre sans indignation les clameurs de guerre. Il maudit Hindenburg et tout le militarisme. »
LAllemagne, pour ne pas s'effondrer, eut recours aux moyens suprêmes. Le gouvernement allemand obtint du Reichstag le droit de disposer du travail civil, comme il disposait du travail militaire. Cette décision ne fit que sanctionner des mesures qui, depuis quelque temps, étaient mises en pratique.
Voici un exemple de ces procédés. Dans un des plus riches quartiers de Berlin, à une dame qui dirigeait un des plus importants ateliers de couture, le Gouvernement faisait dire :
— Le manque des matières premières et le système des cartes de vêtements tuent votre industrie. Que comptez-vous faire de vos ouvrières?
— En congédier la moitié, ou leur donner demi-salaire.
— Mauvaise solution. Nous vous en proposons une meilleure. L'Etat reprend votre atelier. Votre personnel, au lieu de coudre des robes pour les femmes, coudra des uniformes pour les soldats. Quant à vous, vous surveillerez les travaux à titre de directrice. Vous consentez, n'est-ce pas?
Désormais, l'Etat n'avait plus à demander ce consentement que, d'ailleurs, personne ne savait lui refuser. Il déclarait inutiles les industries de luxe qui ne pouvaient pas être transformées en industries de guerre et il employait ailleurs leurs ouvriers.
Depuis longtemps, l'administration allemande avait dressé les listes de toutes les industries sans exception, en réglant d'avance le sort de chaque industriel. Celuici devait devenir contremaître chez celui-là. Celui-là devait « se sacrifier » complètementjusqu'àla fin de la guerre. Tous les ouvriers demeuraient assurés de gagner leur vie. Et les fonctionnaires disaient aux socialistes convaincus : « L'étatisme, même en armes, n'est-ce pas ce qui se rapproche le plus de votre idéal ? »
Quand fut décrétée la levée civile, l'Allemagne eut un nouveau mouvement d'anxiété. Alors, les groupements d'intellectuels et les grandes Ligues, Limite pangermaniste, Ligue militaire, Ligue navale, travaillèrent à la maintenir debout en gravant dans son esprit cette formule : « La paix fondée sur la carte de guerre. »
La campagne de Roumanie ayant abouti à une nouvelle déception, Guillaume II comprenait la nécessité de changer brusquement de rôle. A toutes les cérémonies, à toutes les manifestations, à tous les anniversaires, il se répandait en sermons. Devant qui prêchait-il? Surtout devant des aumôniers militaires. N'était-il pas l'aumônier des aumôniers? Dans ses homélies, il pressait l'Allemagne d'apprendre « à se vaincre elle-même, au nom de l'Eternel, unique préoccupation de la vie éphémère ».
Le « Seigneur de la Guerre » devenait l'Apôtre de la paix. Agenouillé au seuil des cimenères militaires allemands, sous le souffle de défaite qui passait sur son pays, il répétait : « Je n'ai pas voulu ce a. » 11 tâchait de faire croire que ce n'était pas lui qui avait voulu la guerre. S'il avait été sincère, il aurait dit : « Ce n'était pas cela que je voulais. »
La paix qu'il voulait alors, et qu'il aurait appelée de n'importe quel nom, il la voulait allemande. Il en fit parler chez les neutres, dès la fin de 1916* La Suisse, la Suède, les Etats-Unis acceptèrent tour à tour cette mission étrangement difficile : suggérer à l'Entente l'idée « d'ouvrir une conversation avec l'Allemagne ».
En même temps, les agents que l'Allemagne entretenait en Italie, en Grande- Bretagne, en France, commencèrent une campagne fort bien organisée et surtout fort bien payée.
L'Allemagne cherchait à mettre la main sur tel grand journal français des plus répandus. Elle réussissait à glisser des notes en telle petite feuille méprisée. Dans les lieux publics, dans les wagons, dans les tramways, elle faisait prononcer le mot de « paix blanche ».
Les vrais Français parèrent le coup. Cette camp igné, entreprise par l'Allemagne, prouvait trop bien que l'Allemagne se sentait perdue et que la France, en menant énergiquement la guerre, ne tarderait pas à imposer la paix qui lui convenait.
Une vérité si évidente inspirala réponse des gouvernements alliés auxouvertures indirectes de l'ennemi.
L'Allemagne fit alors un suprême effort sur tous les terrains. Pour renforcer ses armées, elle arracha au foyer maternel les jeunes gens de dix-huit, voire de dixsept ans, rendit plus rigoureuse la mobilisation civile, et réussit, par des mesures impitoyables, à constituer de nouvelles divisions. Grâce aux ressources de son territoire et de sa science, elle multiplia les canons, les avions, les sous-marins, ips projectiles, les gaz asphyxiants.
C'étaient là ses convulsions suprêmes et qui semblaient devoir rester impuissantes. N'était-elle pas, dans son ensemble, une vaste forteresse étroitement cernée, capable encore de sorties sanglantes, mais condamnée à la chute? Les Alliés, pour avoir raison d'elle, n'avaient plus besoin d'opérations de grande envergure. Des attaques continues et mordantes, sur tous les ironts, devaient suffire avec l'aide du temps.
Mais, en 191 7, le succès que l'Allemagne avait en vain demandé à l'effort militaire, à l'effort économique et à l'effort diplomatique, elle l'obtint, de sa propagande, en Russie.
Organisation du travail national en France.
Pour la cause du Droit, la France et la Grande-Bretagne redoublaient d'activité.
En France, le général Lyautey, ministre de la Guerre, prescrivit aux inspecteurs généraux d'armée, aux gouverneurs militaires de Paris et de Lyon, aux généraux commandant de région, etc. « d'organiser le travail national nécessaire à la victoire complète et définitive de nos soldats ».
— Jusqu'à présent, déclarait en substance le ministre de la Guerre, presque nulle part on n'a eu recours aux services que peuvent rendre les hommes dégagés d'obligations militaires, les mutilés, les jeunes gens non encore liés au service, les étrangers. Aujourd'hui, aucun de ces éléments ne doit être négligé. Que d'écono-
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mies à réaliser en hommes, pour le service auxiliaire comme pour le service arme ! On provoquera donc tous les concours, par tous les modes de propagande. Il n'est pas de collaboration utile qui ne doive être sollicitée ou qui puisse être refusée.
Par son initiative, le général Lyautey rendait plus large et plus pratique la mesure prise par le général Galliéni sur « les engagements spéciaux ». Tel homme de bonne volonté, dégagé des obligations militaires, avait des aptitudes que le tableau relatif aux engagements spéciaux ne prévoyait pas. Dès lors, on retenait sa demande, « soit à titre gracieux, sou contre rémunération, s'il remplissait les conditions de vigueur physique et de capacité professionnelle requises pour l'emploi qu il souhaitait. » Tout de suite, allouèrent les demandes : d'anciens administra-^ teurs s'offraient pour les postes de gestionnaires; d'anciens agents diplomatiques, pour le service des renseignements; des écrivains, pour les travaux de rédaction, d'in:ormation, de correspondance, de statistique. L'emploi de ce personnel rendait disponibles des hommes du service auxiliaire et du service armé. Jusqu'alors, les mutilés n'étaient employés que dans les établissements nrlitaires. On en employa un certain nombre dans les états-majors, dans les dépôts de corps de troupes Ils furent excellents comme gardiens, surveillants, plantons, vaguemestres, gardesmagasins. Pour beaucoup de travaux, les hommes du service auxiliaire purent être remplacés par de jeunes garçons qui firent ainsi une œuvre virile dont la patiie restera reconnaissante. Les postulants devaient être âgés de treize ans au moins (douze, s'ils avaient le certificat d'études primaires avec un certificat d'aptitude physique) et être présentés par leurs parents. Quelle joie ressentirent les orphelins de la guerre, en travaillant tout de suite à venger leurs parents! Un certain nombre
d'étrangers dévoués à la France furent accueillis également. Ainsi se constituait une Légion étrangère du Travail.
A travers la Grande-Bretagne en armes.
On sait que, défendue par son admirable flotte, la Grande-Bretagne n'entretenait, comme armée de tene, que 25oooo soldats, dont 75000 aux Indes. Presque toutes ses possessions d'outre-mer avaient organisé elles-mêmes leur défense, à l'exemple de la Métropole. La guerre éclata. Il fallut des hommes, encore des hommes.
Lord Kitchener conseilla de remplacer le recrutement volontaiie par la conscription. Mais, longtemps, la Grande-Bretagne" persista à demander au recrutement volontaire les effectifs indispensables. Trois millions d'hommes